Le contexte

Que celui ou celle qui avait prévu une telle ultime affiche se fasse connaître. Si cette personne existe, peut-être vient-elle directement du futur et a en sa possession un almanach avec les résultats de cette édition 2020, pour plagier un classique cinématographique. Mais revenons à la réalité. Avant même le début de la quinzaine parisienne, nous avions relevé le défi de passer en revue les favorites du tournoi. Nous avions choisi dix noms dont faisait certes partie Sofia Kenin, grâce à son statut de championne de l’Open d’Australie, mais l’Américaine figurait bien bas dans notre hiérarchie. Iga Swiatek, elle, avouons-le d’emblée, était passée sous nos radars.

Roland-Garros
Swiatek, une première avec la manière
10/10/2020 À 14:36

Le potentiel de la Polonaise est pourtant connu depuis quelques années. Mais l’intéressée, 54e joueuse mondiale, ne comptait à son actif avant cette épopée à Roland-Garros qu’une seule autre finale sur le circuit WTA dans le modeste tournoi suisse de Lugano, l’an passé. Alors pour l'imaginer à une victoire de décrocher son premier titre en Grand Chelem à Paris, il fallait avoir le goût du risque. A 19 ans, Swiatek a pourtant traversé le tableau comme une tornade, en éjectant d’entrée la finaliste de l’an passé Marketa Vondrousova. Mais le coup d’éclat qui a donné une autre dimension à son parcours a incontestablement été sa démolition méthodique de Simona Halep en huitième de finale.

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Elle n’a ainsi laissé que trois jeux à la tête de série numéro 1 et grande favorite du tournoi, qui l’avait pourtant humiliée en 2019 (6-1, 6-0). Une sacrée revanche. Attendue ensuite au tournant, la jeune Polonaise n’a pas déçu en quart et en demi-finale, poursuivant sa promenade de santé : elle n’a pas perdu le moindre set en 6 recontres. Mais en finale, elle retrouvera le statut d’outsider contre la numéro 6 mondiale, Sofia Kenin. En s’imposant à Melbourne, cette dernière a montré qu’il fallait désormais compter sur elle dans les rendez-vous majeurs. Alors pourquoi sa présence en finale constitue-t-elle aussi une (relative) surprise ?

Déjà parce que la terre battue n’est pas forcément la surface favorite de la native de Moscou (elle n’y a remporté aucun des 5 titres de sa carrière). Ensuite et surtout parce que Kenin ne brillait pas depuis la reprise de la compétition en août. A Rome, elle avait même touché le fond après une fessée reçue de la raquette de Victoria Azarenka (6-0, 6-0). Après une mise en route délicate lors de ses deux premiers tours, elle a trouvé son rythme de croisière et elle n’a jamais paniqué. En huitième de finale, la manière dont elle a retourné la tendance face à Fiona Ferro en haussant le ton a impressionné. Contre Petra Kvitova, elle a définitivement confirmé qu’elle avait retrouvé le niveau qui lui avait permis de rafler la mise en Australie.

Face-à-face

C’est simple, il s’agira d’une grande première entre les deux joueuses sur le circuit. Il n’y aura donc pas d’avantage psychologique notable pour l’une ou l’autre.

A noter toutefois que Sofia Kenin et Iga Swiatek ont croisé le fer à Roland-Garros… chez les juniors en 2016. A l’époque, la Polonaise s’était imposée en deux sets (6-4, 7-5).

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Leurs parcours

Iga Swiatek

  • 1er tour : bat Marketa Vondrousova [15] : 6-1, 6-2
  • 2e tour : bat Su-wei Hsieh : 6-1, 6-4
  • 3e tour : bat Eugénie Bouchard : 6-3, 6-2
  • 1/8e de finale : bat Simona Halep [1] : 6-1, 6-2
  • 1/4 de finale : bat Martina Trevisan : 6-3, 6-1
  • 1/2 finale : bat Nadia Podoroska : 6-2, 6-1

Sofia Kenin

  • 1er tour : bat Liudmila Samsonova : 6-4, 3-6, 6-3
  • 2e tour : bat Ana Bogdan : 3-6, 6-3, 6-2
  • 3e tour : bat Irina Bara : 6-2, 6-0
  • 1/8e de finale : bat Fiona Ferro : 2-6, 6-2, 6-1
  • 1/4 de finale : bat Danielle Collins : 6-4, 4-6, 6-0
  • 1/2 finale : bat Petra Kvitova [7] : 6-4, 7-5

Le facteur X : La gestion émotionnelle d’une première finale pour Swiatek

Sur l’ensemble de la quinzaine, Iga Swiatek a maintenu constamment un très haute qualité de tennis. Première Polonaise à atteindre la finale de Roland-Garros dans l’ère Open, elle n’a laissé que 23 petits jeux dans un parcours immaculé, une performance quasi-nadalienne. C’est dire si elle aborde l’événement dans des dispositions idéales sur le plan physique. L’interrogation réside donc, en ce qui la concerne, dans l’approche mentale de cette finale.

A 19 ans, un match avec un tel enjeu n’est pas ce qu’il y a de plus aisé à appréhender. A moins de ne conserver l’insouciance souvent attachée à la jeunesse qui a permis à Naomi Osaka, Sofia Kenin ou encore Bianca Andreescu de triompher en Grand Chelem dernièrement. Si rien ne remplace l’expérience, Swiatek a toutefois balisé le terrain. Depuis quelques mois, elle travaille avec Daria Abramowicz, une psychologue du sport. De quoi peut-être lui apporter le recul nécessaire et lui permettre de rester dans l’instant présent quand la finale sera lancée.

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Elles ont dit

Iga Swiatek : "Cela semble surréaliste. D'un côté, je sais que je peux jouer un tennis de très bonne qualité et de l'autre cela reste une surprise pour moi. D'habitude, je joue mieux sous pression. Si je ne suis pas submergée par les émotions, tout ira bien. C'est la raison pour laquelle je suis aussi efficace, parce que je reste concentrée et je ne permets pas à mon adversaire de déployer son meilleur tennis."

Sofia Kenin : "Iga joue un excellent tennis, elle a des résultats fantastiques. Mais Petra (Kvitova) n'avait pas perdu un set ici non plus. Ça ne veut rien dire, si je joue bien. Elle a beaucoup de confiance et elle et est sûrement très enthousiaste à l'approche de cette finale. J'espère que mon expérience de Melbourne va m'aider pour samedi."

3 stats à avoir en tête

2007. La dernière fois qu’une joueuse à remporté Roland-Garros sans perdre le moindre set, c’était lors de l’édition 2007 du tournoi. Justine Henin était alors chercher son 4e titre à Paris en écrasant Ana Ivanovic en finale (6-1, 6-2). Iga Swiatek tentera d’imiter la Belge samedi.

17. Cela faisait 17 ans qu’une finale dames n’avait pas opposé deux joueuses de 21 ans ou moins. A l’époque, en 2003, Justine Henin (21 ans), encore elle, faisait face à sa compatriote belge Kim Clijsters (20 ans) et l’avait emporté en deux sets (6-0, 6-4) pour s’offrir son premier Roland-Garros.

214. C’est le temps, en minutes, passé en plus sur le court par Sofia Kenin par rapport à Iga Swiatek. L’Américaine a donc dû batailler 3h34 de plus que la Polonaise, soit l’équivalent de deux matches accrochés supplémentaires. Cette donnée pourrait peser sur la plan athlétique lors de la finale. Il faut dire que Swiatek n’a pas traîné : elle a mis 1h10 pour boucler chacun de ses matches en moyenne.

Notre avis

Nous devons l’avouer : il est difficile d’être catégorique avant une telle finale, pour la bonne et simple et raison que nous manquons de repères pour analyser le rapport de forces entre les deux joueuses. Le fait qu’Iga Swiatek et Sofia Kenin n’aient jamais joué l’une contre l’autre auparavant sur le circuit professionnel féminin n’aide pas. Sur l’impression laissée dans le tournoi, la Polonaise part certes avec une longueur d’avance. Aucune de ses adversaires au cours de la quinzaine n’a pu lui prendre plus de quatre jeux par set. Elle semble presque jouer un tournoi à part.

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Sa puissance naturelle et sa capacité à mettre beaucoup de volume et d’effet lifté dans ses frappes sont des atouts qui distinguent Swiatek sur terre battue. Sa manière de tenir sa ligne de fond et de construire les points en avançant en a impressionné plus d’un, dont notre consultant Mats Wilander, qui la considère comme la jeune joueuse la plus complète qu’il ait vue, malgré ses défauts au filet. Elle a donc tous les atouts pour poursuivre sur sa lancée, mais elle aura fort à faire contre une Sofia Kenin qui monte en puissance.

L’Américaine est très difficile à déborder en fond de court et ses qualités de contreuse la rendent parfois imprévisible à l’échange, avec l’utilisation du contre-pied notamment. Elle a la régularité et la vitesse d’exécution pour sortir Swiatek de sa zone de confiance, surtout dans les conditions humides et lourdes qui donnent moins de prise au lift de la Polonaise. Et elle a surtout l’expérience d’une finale de Grand Chelem derrière elle. Physiquement, Kenin a davantage puisé dans ses réserves, mais elle est très bien préparée et à l'habitude de finir ses matches en boulet de canon. Pour toutes ces raisons, nous lui donnons un très léger avantage.

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