Les derniers espoirs français reposaient donc sur Richard Gasquet. Sans lui faire injure, c'était beaucoup lui demander que d'assurer une présence tricolore en 16es de finale. Surtout avec Rafael Nadal en face. Le Biterrois, logiquement battu en trois sets par le roi de la terre, a donc rejoint au cimetière Gaël Monfils, Fiona Ferro et Kristina Mladenovic, les quatre derniers mousquetaires de la débâcle engagés ce jeudi. Tous et toutes ont perdu. Nous sommes en première semaine, nous sommes jeudi soir et, pour ce qui est du simple, Roland-Garros est terminé pour le tennis français. C'est une catastrophe inédite par son envergure.
Le plus navrant, dans ce qu'il faut bien appeler un fiasco collectif, tient au moins autant dans sa prévisibilité qu'au fiasco en lui-même. Chez les filles, il n'y a plus aucune Française parmi les 50 premières au classement WTA. Chez les hommes, une fois le dégel du classement ATP achevé dans quelques mois, qu'en sera-t-il ?
Personne n'a réellement sous-performé, au regard de son niveau actuel. Certes, Gaël Monfils était tête de série, mais il ne devait ce statut qu'à son classement protégé. Sans rythme, sans fil conducteur, et avec une victoire en 15 mois en arrivant à Paris, il n'y avait pas de miracle à attendre. En grattant un peu le vernis écaillé, on dira que la défaite de Ugo Humbert contre Ricardas Berankis est une vraie contre-performance. Mais là encore, au vu de son récent passé sur terre, il n'y avait pas de quoi tomber de l'armoire.
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Ugo Humbert lors de son match face à Aslan Karatsev au Masters 1000 de Madrid 2021

Crédit: Getty Images

Chacun est donc à peu près sa place et c'est bien cela qui nourrit la plus grande inquiétude pour la suite. La vraie tristesse est là. Pour éviter la noyade, il aurait fallu, soit des exploits, soit des performances invisibles ces dernières semaines, voire ces derniers mois. L'automne dernier, la divine surprise Hugo Gaston et Fiona Ferro avaient sauvé les meubles et égayé la quinzaine française. Mais le mal était déjà là. Si, pour éviter le naufrage, le tennis masculin a besoin de sortir à chaque fois de son chapeau un gamin de 20 ans 240e mondial, l'avenir s'annonce morose. Quant aux filles, rappelons qu'en 2019, déjà, aucune d'entre elles n'avait franchi le cap du 2e tour. Deux fois en trois ans, ce n'est plus une anomalie, c'est un début de norme.
Si la déchéance est aussi profonde, c'est qu'à tous les étages de la fusée, les moteurs sont éteints. La génération "dorée" est sur les rotules, qu'il s'agisse de Tsonga, Gasquet, Monfils ou Simon. Lucas Pouille devait être l'homme qui tombe à pic. Celui qui éviterait le gouffre. Il en avait les moyens et, un joueur qui, à 25 ans, a disputé une demie et deux quarts en Grand Chelem et a goûté, même furtivement, au Top 10, avait l'ampleur d'un arbre cachant la forêt. Malheureusement, son coude l'a lâché. Qui d'autre ? Benoît Paire fait du Benoît Paire. Plus électron libre que leader né, il traverse une période difficile et, à 32 ans, a de toute façon plus de kilomètres derrière lui que devant.
La jeunesse, maintenant. Son élément le plus prometteur, c'est Humbert. En atteignant le Top 30 à 22 ans, il a dévoilé un certain potentiel. Rien ne tourne rond pour lui ces temps-ci, mais il vaut mieux que ça. A-t-il, pour autant, l'étoffe d'une locomotive pour les cinq ou dix prochaines années ? Disons que ce n'est pas impossible mais, qu'à ce stade, il n'a pas montré suffisamment de choses pour que l'on considère la chose probable. La génération d'après (Arthur Cazaux, Harold Mayot ou Clara Burel chez les filles) a ses promesses mais lui demander quoi que ce soit aujourd'hui ne lui rendrait guère service. Il faut la laisser tranquille.

Caroline Garcia lors de son match du 2e tour contre Polona Hercog à Roland-Garros 2021

Crédit: Getty Images

Pour ce qui est du tennis féminin tricolore, Caroline Garcia (ex-Top 5) et Kristina Mladenovic (ex-Top 10) ne parviennent plus à sortir du tunnel dans lequel elles se sont engouffrées voilà maintenant un long moment. Bref, où que l'on regarde, on ne voit que du gris et, sans aller jusqu'à penser que l'absence de tout représentant avant même le premier vendredi d'un Grand Chelem ne devienne une habitude, avoir un Tricolore en huitièmes ou en quarts pourrait bientôt relever de l'exploit.
Longtemps, on a reproché aux Français de ne pas gagner de Grand Chelem. Chez les hommes, en tout cas. Nous n'en sommes plus là. La réalité est douloureuse mais il ne sert à rien de ne pas la regarder en face : le tennis français est retombé là où il était à la fin des années 70, avant l'émergence d'un certain Yannick Noah. Depuis, ce ne fut pas toujours rose, mais il était possible de se rassurer en se comparant même si l'on pouvait parfois rager en se regardant.
Le chantier est immense pour la nouvelle équipe en place à la Fédération française de tennis, avec Gilles Moretton à sa tête et Nicolas Escudé à la Direction technique nationale. Ils héritent d'une situation peu enviable. Et le processus sera long. On ne remet pas à flort un paquebot en deux mois ou en deux ans. A se reposer sur la génération 84-85-86 (Simon, Tsonga, Gasquet, Monfils du plus au moins âgé), qui a assuré une présence enviable au tennis français pendant une décennie et demie, on a oublié de préparer l'après. Nous y voilà. Et ce n'est pas beau à voir.

Jo-Wilfried Tsonga à Roland-Garros en 2021

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