Lorsqu’Enzo Couacaud a remporté dimanche son premier tour à Roland Garros en même temps que sa première victoire sur le circuit principal, j’ai éprouvé une joie véritable. D’une part parce que c’est totalement mérité et trop tardif au vu de son talent. Aussi parce que je l’ai connu gamin, pas encore 18 ans, lors d’un long tournage de quinze jours chez lui, à l’Ile Maurice fin 2012, dans les coulisses de la préparation d’avant-saison de Serena Williams et de la Mouratoglou Academy.
Côtoyer Serena au quotidien, être sur le court à chacun de ses entraînements, l’interviewer longuement sur tout un tas de sujets, c’est un tel privilège pour le fan de tennis que je suis que cela restera, évidemment, gravé pour toujours.

"Voir Venus Williams jouer encore à 40 ans, c'est admirable"

Roland-Garros
Pour Kyrgios, Roland-Garros "devrait être supprimé du calendrier"
15/11/2021 À 18:13
Mais pas seulement ça. Papoter tennis lors des repas avec Martina Hingis (vraie passionnée de son sport comme je les aime), ça n’a pas de prix. Vivre les moments de travail intense de Jérémy Chardy, Yulia Putintseva, Victor Hanescu, Aravane Rezai, lors des séances physiques ou tennis sous le cagnard mauricien, c’est le plaisir de se trouver en plein coeur de sa discipline favorite. Devenir le partenaire de double mixte de Nastia Pavlyuchenkova au tennis de table ou apprendre à se servir de son œil directeur au service grâce à Stéphane Robert lors des moments de détente, en un mot, vivre avec tout ce groupe pendant deux semaines sous la houlette de Patrick Mouratoglou, c’est un rêve éveillé qui donne pendant quelques semaines l’impression d’être un "insider".

Un avenir tennistique intéressant

Au milieu de tout ça, il y a ce gamin attachant, ce blondinet, ce local de l’étape, dont la famille est installée sur l’île depuis des générations. Il tient une vraie place parmi cette pléiade de stars et de professionnels aguerris, son caractère ouvert et son franc-parler en font une sorte de mascotte du groupe.
Son avenir tennistique semble intéressant. Encore junior, il débute tout juste sur le circuit pro et vient de disputer son premier quart de finale dans un tournoi Futures. Doté d’un excellent revers et d’un bon service, il connaît plus de difficultés côté coup droit et il est intéressant de le voir en pleine évolution aux côtés de Sébastien Louis, son coach de l’époque.
Couvé par toute cette marmaille, il l’est encore plus par Herbert, son papa, qui dirige à l’époque plusieurs hôtels de luxe et ne rate aucun des entraînements de son fils. Ce dernier m’invite parfois à ses côtés pendant ces séances. Ainsi nous devisons et sympathisons. Amoreux de son pays, il me raconte l’Histoire de l’Ile Maurice, où Enzo a vu le jour en 1995. Plus tard il me fera visiter la Rhumerie familiale. On comprend que cet homme à poigne a éduqué ses quatre enfants dans des valeurs de respect et de travail. Loin des standards des parents de jeunes tennismen talentueux, il reste très prudent quant à l’avenir du fiston. Il a connu la réussite dans son domaine mais garde la tête sur les épaules, ce qui maintient également celle de sa progéniture.

La question qui fâche : Y aura-t-il une vie après le Big Three ?

Enzo, qui a déjà opté à l’époque pour le drapeau tricolore en compétitions de jeunes, fait partie d’une vraie famille mauricienne et possède d’ailleurs la double nationalité. Il parle le créole avec autant d’aisance que le français mais il sait que l’exil est la seule issue pour poursuivre son apprentissage. Paris – par le biais du CNE - deviendra sa prochaine destination.
La suite sera parsemée d’embûches. De très bons résultats sur les circuits Futures et Challenger mais aussi une succession de blessures, six mois sans jouer en 2017 et deux opérations du coude. On le croira même perdu pour le tennis. A force de volonté, Enzo refait surface, manque à plusieurs reprises d’accrocher le Graal d’une qualif en Grand Chelem mais ne dépasse pas le 164ème rang de la hiérarchie.
Humainement, il est resté le même. Nous ne nous sommes croisés qu’épisodiquement après 2012 mais il m’a toujours salué avec bonhomie et son sourire communicatif. Y compris dimanche d’ailleurs, peu après cette victoire libératrice, sur le chemin de la conférence de presse.
Alors oui, même si un journaliste se doit de rester objectif, il y a parfois de petites exceptions et le lecteur me pardonnera si je l’écris haut et fort : allez Enzo !!!
Roland-Garros
Même Nadal et Tsitsipas n'ont pas tenu : Comment Djokovic a tué physiquement la concurrence
15/06/2021 À 14:11
Roland-Garros
"Voir des Français avec un an d'avance en finale junior de Roland, c'est très bon signe"
15/06/2021 À 14:10