Le contexte

Il était attendu depuis le tirage au sort qui, capricieux, les avait placés dans la même partie de tableau. "Pour une fois, enfin…", avait d’ailleurs commenté Stefanos Tsitsipas, conscient que le chemin vers la finale de cette édition 2021 de Roland-Garros devenait, sur le papier, moins ardu. Après la première demie entre le Grec et Alexander Zverev, le choc entre Novak Djokovic et Rafael Nadal aura donc bien lieu sur le court Philippe-Chatrier vendredi en fin d’après-midi.
Les deux monstres n’ont pas déçu lors de cette quinzaine, confirmant leur montée en puissance au cours de ce printemps terrien. Ils ont finalement suivi des trajectoires similaires : d’abord décevants à Monte-Carlo notamment, ils se sont progressivement rassurés. Ils ont d’ailleurs eu une sorte de déclic commun à Rome avant même de se faire face en finale : Nadal en sauvant une balle de match contre Denis Shapovalov en huitième, Djokovic en renversant Stefanos Tsitsipas en quart dans un duel de haute volée.
Roland-Garros
L'increvable roi
13/06/2021 À 17:24

La question qui fâche : pourquoi Djokovic est-il le "mal aimé" du Big 3 ?

Dans le sillage d’un titre dans sa ville natale de Belgrade, le numéro 1 mondial a débarqué à Roland en confiance et a connu une première semaine sans nuage, avant de se faire une frayeur contre Lorenzo Musetti qui l’a mis au pied du mur en menant deux sets à rien en huitième de finale. Mais le retour de flamme a été violent pour l’Italien et le Djoker est resté sur sa lancée contre Matteo Berrettini même s’il a encore abandonné un tie-break en route.
Quant à Nadal, c’est simple : il n’a perdu qu’une manche sur la route des demi-finales contre Diego Schwartzman en quart de finale. Vraiment chahuté par l’Argentin pendant un set et demi, l’ogre de l’ocre a fini en trombe, s’adjugeant les neuf derniers jeux, comme pour rappeler à l’insolent que le court Philippe-Chatrier, c’était chez lui. Pour la 14e fois de sa carrière dans le dernier carré sur la terre parisienne, il n’y a jamais été battu. De quoi envisager avec sérénité la quête d’un 21e titre du Grand Chelem qui ferait de lui le seul recordman en la matière. Mais Djokovic aime les défis impossibles d’apparence.

Face-à-face

  • Il s’agira du 58e duel entre les deux hommes, ce qui fait de l’affiche Djokovic-Nadal la plus récurrente de l’ère Open et le bilan est (très) équilibré puisque le numéro 1 mondial ne mène que d’une courte tête 29-28.
  • L’Espagnol a d’ailleurs réduit l’écart récemment puisqu’il s’est imposé en finale du Masters 1000 de Rome le mois dernier (7-5, 1-6, 6-3).
  • Sur terre battue, l’avantage est beaucoup plus net en faveur de Nadal qui a gagné 19 de leurs 26 confrontations, dont les 5 dernières. Pour trouver trace d’une victoire de Djokovic sur ocre, il faut remonter à un quart de finale à Rome en 2016 (7-5, 7-6).
  • A Roland-Garros, le Taureau de Manacor n’a trébuché qu’une seule fois en 8 matches face au Djoker. C’était en quart de finale en 2015 (7-5, 6-3, 6-1). Les deux hommes s’étaient retrouvés en finale l’an dernier pour une démonstration de Nadal (6-0, 6-2, 7-5).

"Il n’y a que Djokovic pour battre Nadal à Paris"

Leur parcours

Novak Djokovic
1er tour : bat Tennys Sandgren [E-U] 6-2, 6-4, 6-2
2e tour : bat Pablo Cuevas [URU] 6-3, 6-2, 6-4
3e tour : bat Ricardas Berankis [LIT] 6-1, 6-4, 6-1
1/8e de finale : bat Lorenzo Musetti [ITA] 6-7(7), 6-7(2), 6-1, 6-0, 4-0 ab.
1/4 de finale : bat Matteo Berrettini [ITA/N.9] 6-3, 6-2, 6-7(5), 7-5
Rafael Nadal
1er tour : bat Alexei Popyrin [AUS] 6-3, 6-2, 7-6(3)
2e tour : bat Richard Gasquet [FRA] 6-0, 7-5, 6-2
3e tour : bat Cameron Norrie [GBR] 6-3, 6-3, 6-3
1/8e de finale : bat Jannik Sinner [ITA/N.18] 7-5, 6-3, 6-0
1/4 de finale : bat Diego Schwartzman [ARG/N.10] 6-3, 4-6, 6-4, 6-0

Ils ont dit

Novak Djokovic : "A chaque fois que nous nous affrontons, il y a une tension et des attentes supplémentaires. L’électricité dans l’air est complètement différente quand on rentre ensemble sur le court. La qualité et le niveau de tennis que je joue depuis trois à quatre semaines sur terre battue me donne de bonnes sensations. Je suis confiant. Je crois que je peux gagner, sinon je ne serais pas là."
Rafael Nadal : "Ce que je préfère contre Djokovic ? C’est qu’il faut déjà jouer au meilleur de sa forme. Vous savez ce que vous avez à faire, si vous voulez avoir une chance de l'emporter. C'est un gros défi. Ça, c'est bien parce que, d'une certaine manière, on s'entraîne, on fait ce sport pour vivre ces moments-là. Et puis le côté négatif, c'est que c'est difficile."

"Nadal qui finit par s'imposer, c'est un film qu'on a vu 200 fois !"

Trois stats à retenir

40. Il s’agira de la 40e demi-finale de Novak Djokovic en Grand-Chelem, la 11e à Roland-Garros. Rafael Nadal, de son côté, en est à 35. Le record en la matière est détenu par Roger Federer et ses 46 demi-finales en Majeurs.
3. Novak Djokovic et Rafael Nadal ne sont allés que trois fois au bout des cinq sets l’un face à l’autre sur leurs 16 duels en Grand Chelem. C’est arrivé une fois à Roland-Garros, il y a huit ans, déjà en demi-finale, un match d’anthologie remporté par le Majorquin au bout du suspense (6-4, 3-6, 6-1, 6-7, 9-7) après 4h37 de jeu. Le Serbe est sorti vainqueur des deux autres marathons à l’Open d’Australie 2012 (finale) et Wimbledon 2018 (demi-finale).
17. Rafael Nadal finit ses matches en trombe cette année à Paris. En huitième de finale, il s’est adjugé les 8 derniers jeux face à Jannik Sinner, et en quart, les 9 derniers face à Diego Schwartman. Une fois le rouleau compresseur enclenché, difficile de l’arrêter : l’intéressé a infligé un 17-0 combiné à ses deux précédents adversaires.

Notre avis

Toutes les séries s’arrêtent un jour. Et pourtant, certaines paraissent vouées à se prolonger indéfiniment. Celle de Rafael Nadal à Roland-Garros en fait assurément partie. Non seulement le Majorquin n’a jamais perdu une finale du côté de la Porte d’Auteuil, mais aucun joueur n’est parvenu non plus à l’arrêter en demie. C’est dire l’ampleur de la tâche qui attend Novak Djokovic vendredi, même si le Serbe avait été tout près de casser cette statistique incroyable en 2013 (voir ci-dessus), quand il avait mené d’un break au 5e set de leur dernière demi-finale parisienne commune.
Sur terre battue, et plus particulièrement encore sur le court Philippe-Chatrier, le "Taureau de Manacor" possède un ascendant psychologique certain sur le Serbe. Leur dernier duel sur les mêmes lieux avait d’ailleurs tourné à la démonstration en octobre dernier en finale. Le fait que Nadal se soit imposé également à Rome voici quelques semaines ne peut nuire à sa confiance. Cependant, malgré sa défaite en Italie, Djokovic s’était rassuré quant à sa capacité à rivaliser à nouveau avec le Majorquin sur l’ocre.

"C'est difficile de parier contre Nadal même si c'est Djokovic en face"

Les conditions plus sèches et rapides lors de cette édition 2020 pourraient également aider Djokovic dans la mesure où il aura moins besoin de générer lui-même de la puissance pour contrer l’Espagnol. Le numéro 1 mondial semble plus disposé à accepter le combat du fond cette année, peut-être plus armé physiquement et il aura vraisemblablement retenu ses erreurs tactiques de l’automne dernier, notamment l’utilisation trop systématique de l’amortie. Le fait d’être le dernier joueur à avoir battu Nadal à Roland et qu’il ne s’agisse pas d’une finale peut aussi l’aider mentalement.
Mais entre bousculer l’Espagnol et le faire tomber sur le court Philippe-Chatrier, il y a un monde. Diego Schwartzman a pu encore s'en rendre compte. C’est bel et bien le quadruple tenant du titre qui détient les clés de cette demi-finale : s’il évolue à son plus haut niveau sur terre, il sera intouchable. S’il entrouvre la porte en revanche, comme il l’a souvent fait au service lors de ses matches précédents, la bataille pourrait être somptueuse.
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