Le contexte

Le maître des lieux n’est plus là, mais il aura un digne successeur, c’est certain. Une fois le tirage au sort effectué, cette affiche entre Novak Djokovic et Stefanos Tsitsipas était la plus probable, juste derrière celle qui aurait pu opposer Rafael Nadal au Grec. A Rome, lors du dernier Masters 1000 de préparation avant cette édition 2021 de Roland-Garros, les trois intéressés étaient d’assez loin les plus en vue du plateau. La quinzaine parisienne a plus que confirmé cette dernière impression.
Dans la capitale italienne voici quelques semaines, les numéros 1 et 5 mondiaux avaient livré un sacré combat en quart de finale. Un match référence en termes de qualité de jeu dans ce printemps sur terre battue, et surtout une victoire déclic (4-6, 7-5, 7-5) pour le Djoker alors qu’il semblait dans les cordes, frôlant le double break de retard dans la manche décisive. Tsitsipas, de son côté, aurait pu mal encaisser cette défaite frustrante, mais il a admirablement bien rebondi. Déjà titré à Monte-Carlo et finaliste à Barcelone, il est allé chercher un trophée supplémentaire à Lyon, histoire d’arriver à Paris gonflé à bloc.
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"Djokovic est évidemment favori mais Tsitsipas est peut-être l'homme qui peut le faire douter"

Favori de la partie basse du tableau, celui qui est également numéro 1 à la Race devant Djokovic a pleinement assumé son statut. Mieux : jusqu’en demi-finale, le Grec a même été impérial, n’abandonnant qu’un set sur sa route contre le bombardier John Isner dans une night sesssion à huis clos qui ressemblait pourtant à un traquenard au 3e tour. En mission pour aller chercher cette première finale de Grand Chelem qu’il attendait tant, il a même semblé en mesure de renvoyer très sèchement à ses études Alexander Zverev, avant que ses nerfs et la réaction de l’Allemand ne lui jouent des tours. Retrouver son calme et sa lucidité dans la 5e manche ne fut pas le moindre de ses accomplissements.
Quant à Novak Djokovic, que dire ? Sur une série de 10 victoires (avec son titre à Belgrade) avant cette finale, comme Tsitsipas, le Serbe a réalisé de son propre aveu le plus grand match de sa carrière à Roland au tour précédent. Il n’en fallait pas moins pour déboulonner le quadruple tenant du titre Rafael Nadal. S’il a montré des signes de nervosité lui aussi contre les Italiens Lorenzo Musetti et Matteo Berrettini en huitième et en quart, il a retrouvé son sang-froid et son tout meilleur niveau au moment propice.
Et avec un 19e titre en Grand Chelem dans le viseur, qui lui permettrait de revenir à une longueur du record co-détenu par Nadal et Federer en étant le seul à avoir gagné tous les Majeurs au moins deux fois, le numéro 1 mondial a rendez-vous avec son destin. A moins que ce ne soit l’heure pour Tsitsipas de placer définitivement la Grèce sur la carte du tennis mondial.

Face-à-face

  • Novak Djokovic domine jusqu’à présent sa rivalité avec Stefanos Tsitsipas puisqu’il présente un bilan de 5 victoires pour 2 défaites face au Grec.
  • Le numéro 1 mondial a d’ailleurs remporté les quatre derniers matches entre les deux joueurs. Le dernier succès du Grec remonte à près de deux ans lors d’un quart de finale au Masters 1000 de Shanghaï (3-6, 7-5, 6-3).
  • Djokovic mène 3-0 contre Tsitsipas sur terre battue, avec des victoires en finale de Madrid en 2019, en demi-finale à Roland-Garros en 2020 et en quart à Rome voici quelques semaines.
  • Les deux hommes ont croisé le fer une seule fois précédemment en Grand Chelem lors de cette demi-finale à Roland-Garros justement, voici huit mois. S’il s’était donc incliné, Tsitsipas avait néanmoins poussé Djokovic au bout des cinq sets (6-3, 6-2, 5-7, 4-6, 6-1).

Di Pasquale: "En finale, Tsitsipas aura beaucoup moins à perdre que Djokovic"

Leur parcours

Novak Djokovic
1er tour : bat Tennys Sandgren [E-U] 6-2, 6-4, 6-2
2e tour : bat Pablo Cuevas [URU] 6-3, 6-2, 6-4
3e tour : bat Ricardas Berankis [LIT] 6-1, 6-4, 6-1
1/8e de finale : bat Lorenzo Musetti [ITA] 6-7(7), 6-7(2), 6-1, 6-0, 4-0 ab.
1/4 de finale : bat Matteo Berrettini [ITA/N.9] 6-3, 6-2, 6-7(5), 7-5
1/2 finale : bat Rafael Nadal [ESP/N.3] 3-6, 6-3, 7-6(4), 6-2
Stefanos Tsitsipas
1er tour : bat Jérémy Chardy [FRA] 7-6(6), 6-3, 6-1
2e tour : bat Pedro Martinez [ESP] 6-3, 6-4, 6-3
3e tour : bat John Isner [E-U/N.31] 5-7, 6-3, 7-6(3), 6-1
1/8e de finale : bat Pablo Carreno Busta [ESP/N.12] 6-3, 6-2, 7-5
1/4 de finale : bat Daniil Medvedev [RUS/N.2] 6-3, 7-6(3), 7-5
1/2 finale : bat Alexander Zverev [ALL/N.6] 6-3, 6-3, 4-6, 4-6, 6-3

Ils ont dit

Novak Djokovic : "C’est la première finale de Grand Chelem pour Tsitsipas si je ne me trompe pas. C’est un grand accomplissement, mais je suis sûr qu’il ne veut pas s’arrêter là. Il est en super forme et numéro 1 mondial à la Race. Il a mûri beaucoup en tant que joueur, la terre est sa meilleure surface. Nous avions eu une bataille épique en cinq sets ici l’an passé en demi-finale, j’espère que mes batteries seront rechargées parce que je vais avoir besoin de puissance et d’énergie pour ce match."
Stefanos Tsitsipas : "Il est temps pour moi de provoquer ma chance et de la saisir. Il est temps pour moi de montrer que je suis capable de jouer d’égal à égal contre Novak. J’ai hâte de relever ce défi, d’élever mon jeu à ce niveau. J’ai hâte de tout donner sur le court. Ce sera très physique et il faudra être totalement concentré."

La question qui fâche : Tsitsipas a-t-il déjà joué sa finale ?

Trois stats à retenir

29. Il s’agira de la 29e finale de Grand Chelem jouée par Novak Djokovic. Le Serbe n’est plus qu’à deux longueurs du record en la matière détenu par Roger Federer (31) et devant Rafael Nadal (28). L’expérience sera évidemment à son avantage face à Stefanos Tsitsipas, novice à ce stade.
3. En cas de succès, Novak Djokovic deviendrait, on l’a vu, le premier joueur à gagner au moins deux fois chaque levée du Grand Chelem dans l’ère Open. Mais dans l’histoire globale du tennis, il serait le troisième homme à réaliser pareille performance après les Australiens Roy Emerson et Rod Laver qui avaient remporté une partie de leurs titres avant 1968.
13. Roland-Garros n’avait plus vu un finaliste aussi jeune que Stefanos Tsitsipas (22 ans et 10 mois) depuis… Rafael Nadal en 2008, il y a donc 13 ans. En Grand Chelem, il faut remonter à Andy Murray lors de l’Open d’Australie 2010 pour avoir trace d’un joueur aussi précoce à ce stade de la compétition.

Notre avis

En tout état de cause, Novak Djokovic aborde cette finale en position de solide favori, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, en s’offrant le scalp de Rafael Nadal qui n’avait plus perdu à la régulière sur le court à Roland-Garros depuis un quart de finale contre le même adversaire voici six ans, le numéro 1 mondial a marqué les esprits. L’impression laissée par le Serbe sur le court Philippe-Chatrier vendredi soir en demi-finale, tant sur le plan tennistique, tactique que physique, a de quoi faire frémir. A titre de comparaison, Stefanos Tsitsipas a cruellement manqué de constance face à Alexander Zverev même s’il a fini par s’en sortir.
Ensuite, nous l’avons dit plus haut, la balance penche assez franchement en faveur de Djokovic quand on fait le bilan des duels entre les deux hommes. Le Grec n’a jamais réussi à battre le numéro 1 mondial sur terre battue et a même subi un revers difficile à encaisser lors de leur dernier match à Rome alors qu’il servait pour le match. Enfin, quand le Djoker a rendez-vous avec l’Histoire du jeu, il se rate rarement. En cas de succès, il se retrouverait à une longueur du record de titres en Grand Chelem qui l’obsède. On le voit mal laisser filer une telle occasion.
Néanmoins, après une telle victoire contre Nadal, le risque de décompression inconsciente existe. En 2015, quand il avait battu le Majorquin en quart, il avait cédé en finale face à Stan Wawrinka, dont les qualités sur terre battue se rapprochent de celles de Tsitsipas. Avec sa puissance en fond de court et sa capacité à mettre du volume et du lift en coup droit comme en revers, le Grec a incontestablement les armes pour gêner Djokovic. Malgré ses défaites, il l’avait montré à Rome et… à Roland-Garros il y a huit mois. Reste qu’une première finale de Grand Chelem n’est jamais facile à gérer émotionnellement. Ce sera son autre grand défi.
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