Le pourquoi du comment

L’opportunité était rare. Accéder à une finale de Grand Chelem sans être contraint de vaincre l’un des trois monstres du tennis mondial. Alors, forcément, il y a eu de la tension entre ces deux ex-représentants de ce que l’on a appelé la « Next Gen ». Mais les deux hommes ne l’ont pas ressentie au même moment. C’est le stress d’Alexander Zverev qui a été d’emblée le plus évident, à tel point qu’il a servi deux doubles fautes dans son premier jeu de service. Stefanos Tsitsipas n’en demandait pas tant pour lancer son match.
D’ailleurs, le Grec n’a pas eu besoin de jouer son meilleur tennis pour virer en tête : il n’a frappé qu’un coup gagnant pour 11 fautes directes dans ce premier set. Mais dans la variation de ses coups et par sa couverture de terrain, il n’a donné que peu d’espaces à l’Allemand. Le deuxième acte a suivi la même trajectoire, avec une circonstance aggravante pour le grand Sascha : c’est bien lui qui a fait le premier break cette fois, avant de se désagréger à nouveau progressivement.
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En totale maîtrise avec deux manches d’avance, rien ne semblait pouvoir arriver à Tsitsipas. Et pourtant, il a connu un passage à vide à 1-1 dans la troisième manche. Suffisant pour relancer Zverev qui a alors pris les choses en main. Moins complet que le Grec sur cette surface et outsider dans cette demi-finale, ses chances de succès passaient inévitablement par un haut pourcentage de premières balles. Sa puissance de feu a fait reculer son adversaire qui s’est, par la même occasion, tendu. La dynamique a totalement changé, les deux hommes ne parvenant pas à pratiquer leur meilleur tennis ensemble.
Davantage sur la défensive, Tsitsipas a gagné en stress et perdu en clairvoyance, pestant avec toujours plus de véhémence contre son clan et lui-même. Avant de retrouver de l’agressivité au moment où tout menaçait de basculer. Et surtout de la lucidité tactique. Pour faire le break décisif dans le quatrième jeu de la manche finale, il a remis du volume dans ses frappes, a varié les trajectoires et les effets pour ne jamais donner la même balle à Zverev. Cette science du jeu sur terre battue était son grand avantage, elle l’aura finalement sauvé.

Stefanos Tsitsipas à Roland-Garros en 2021

Crédit: Eurosport

Le moment-clé

Incontestablement, le premier jeu de la cinquième manche a constitué le dernier grand tournant de cette bataille acharnée. Dominé depuis deux sets par Alexander Zverev, Stefanos Tsitsipas s’est alors retrouvé au bord du gouffre, mené 0/40 sur son service. A ce moment-là de la partie, il n’avait réussi à sauver aucune des trois précédentes balles de break auxquelles il avait fait face. C’est dire si le moment était critique.
Mais le Grec a su les écarter méthodiquement : la première sur un service gagnant au corps, la deuxième grâce à une seconde bien appuyée suivie d’une accélération de revers croisé, et la troisième sur un nouveau coup de canon extérieur. Sur un fil, le funambule Tsitsipas n’a pas perdu son équilibre précaire et a même retrouvé tout son allant pour faire la différence décisive dix minutes plus tard.

La stat : 209

Pour faire de ce match un vrai combat, Alexander Zverev a certes parfaitement exploité la baisse de régime de Stefanos Tsitsipas en début de troisième set. Mais il a surtout haussé le ton, notamment au service. En moyenne, l’Allemand a envoyé des missiles à 209 km/h sur première balle, avec une pointe à 224. A titre de comparaison, le Grec a frappé son service le plus rapide à 200 km/h, ce qui ne l’a pas empêché de faire tout de même la différence dans la cinquième manche.

La décla

Stefanos Tsitsipas : "Je pense à mes racines, je viens d’un tout petit pays. Mon rêve était de jouer ici Roland-Garros. Je n’aurais jamais cru pouvoir jouer une finale. C’était très dur pour les nerfs, très intense. J’ai réussi à m’accrocher dans le premier jeu du cinquième set, le public m’a encouragé, j’en ai tiré beaucoup d’énergie. C’est la victoire la plus importante de ma carrière jusqu’ici. Je suis très heureux d’avoir représenté le tennis grec de cette façon avec Maria (Sakkari)."

La question : Tsitsipas n’a-t-il pas déjà joué sa finale ?

Il a eu beaucoup de mal à répondre à la première question de Marion Bartoli sur le court Philippe-Chatrier après sa victoire. Après 3h37 d’efforts, Stefanos Tsitsipas avait les larmes aux yeux et du mal à réaliser qu’il s’était qualifié pour la première finale de Grand Chelem de sa carrière à 22 ans. Comme il l’a lui-même avoué, le numéro 5 mondial est passé par beaucoup de hauts et de bas dans ce match et en sortir vainqueur constitue, quoi qu’on en dise, une forme d’aboutissement.
Dès lors, aura-t-il l’énergie et la croyance suprême qu’il peut aller chercher la coupe des Mousquetaires dimanche face à un monstre sacré du jeu ? On peut en douter. Premier Grec à avoir l’occasion d’être sacré en Majeur, le garçon ne manque assurément pas d’ambition. Mais plus encore que physiquement, il a dû énormément puiser mentalement pour se tirer de ce qui ressemblait de plus en plus à un traquenard. Pleurer (ou presque) alors qu’il reste encore une finale est tout sauf anodin.
Avant même le début du tournoi, Tsitsipas estimait qu’il se surprendrait s’il dépassait les demi-finales. C’est désormais chose faite. S’en contentera-t-il ? Ce n’est pas dans le caractère du personnage qui souhaite plus que tout prendre la relève du "Big 3" sur les plus grandes scènes. Mais parfois l’inconscient joue de bien vilains tours. A lui d’utiliser les 48 heures qui viennent pour se remettre le mieux possible de ses émotions.

Stefanos Tsitsipas, au service, opposé à Alexander Zverev, ce vendredi, en demi-finale de Roland-Garros - 11/06/2021

Crédit: Getty Images

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