Un caractère de battant hérité de son père boxeur

Alejandro Davidovich Fokina n’a rien lâché vendredi et il a finalement eu le dernier mot face à Casper Ruud après 4h35 d’efforts. "Je pense que ce match représente Roland-Garros, il était très dur. Dans le cinquième set, chaque jeu était une bataille", a relevé l’Espagnol, extatique après sa victoire. Tombé à genoux après la balle de match, l’intéressé s’épanouit dans le combat. Un goût pour la baston inspiré par son père Eduard, ancien boxeur.
Mais le paternel n’a pas voulu que sa progéniture le suive dans le noble art et l’a mis au tennis à l’âge de deux ans seulement. "Ale", comme on le surnomme parfois, sait déjà très bien analyser les moments d’un match. Comme dans un combat de boxe, il a d’ailleurs choisi les sets (les rounds) dans lesquels tout donner, et ceux au cours desquels il pouvait récupérer en quelque sorte. Pour l’anecdote, sa fascination pour la boxe a déteint sur ses goûts cinématographiques : Creed II est son film préféré.
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Alejandro Davidovich Fokina et Casper Ruud à Roland-Garros 2021

Crédit: Getty Images

Il a un champion du monde du marathon dans son équipe

La patience n’est pas la qualité première d’Alejandro Davidovich Fokina, même si l’intéressé a de bons résultats sur terre battue où les échanges sont souvent plus longs. Impulsif, il est capable de perdre le fil de ses matches. "Alex est comme un cheval sauvage. C’est une boule d’énergie pure et parfois il veut que les choses arrivent trop vite", explique notamment son coach Jorge Aguirre sur le site de l’ATP. Pour l’aider à canaliser son impatience, Martin Fiz, champion du monde espagnol de marathon, s’est adjoint à l’équipe.
"Il avait besoin d’aide pour comprendre qu’une carrière est un processus. Martin nous apporte ses expériences hors tennis qui peuvent s’avérer vraiment utiles", ajoute Aguirre. Ce qui n’empêche pas Davidovich de conserver une impulsivité parfois salvatrice, comme quand il a servi à la cuillère pour écarter une balle de débreak dans le dernier jeu du match face à Ruud. "Je n’ai pas pensé. Je ne savais pas que j’allais faire un service à la cuillère. Je pense que j’ai gagné le point, c’est ce qui est important pour moi", a-t-il fait remarquer dans un sourire.

L’incarnation d’une nouvelle jeunesse espagnole triomphante

Si on parle beaucoup, et à juste titre, de Carlos Alcaraz comme successeur de Rafael Nadal, Alejandro Davidovich Fokina a, déjà, par ses résultats, montré que la relève du Majorquin se profilait. En atteignant les huitièmes de finale de l’US Open 2020, il est devenu le plus jeune Espagnol depuis le "Taureau de Manacor" toujours à Flushing en 2007 à aller aussi loin dans un tournoi du Grand Chelem.
En 2021, il a confirmé qu’il avait franchi un cap en atteignant son premier quart de finale en Masters 1000 à Monte-Carlo. Sur le Rocher, il s’est d’ailleurs offert sa première victoire sur un Top 10 face à Matteo Berrettini, grâce à son "calme sur le plan mental" selon ses propres dires. Preuve que le travail avec Martin Fiz porte ses fruits. Dans la foulée de cette belle semaine, il a intégré pour la première fois de sa carrière le Top 50.

Pour son retour à la compétition, Berrettini est tombé sur un os nommé Davidovich Fokina

Un terrien qui aime le gazon

Contrairement à Alcaraz, Davidovich Fokina n’a pas pour idole Rafael Nadal. "Ale" dit avoir été surtout inspiré par… Roger Federer, même s’il concède que son style de jeu ressemble davantage à celui de Novak Djokovic. Et comme le Maestro suisse, sa surface préférée est le gazon. Il a d’ailleurs remporté Wimbledon chez les juniors en 2017.
Néanmoins, chez les pros, il n’a pas réussi à sortir des qualifications au All England Club en 2018 et 2019. Cette année, le problème ne se posera pas pour l’Espagnol, puisqu’il intégrera directement le grand tableau.

L’ami des bêtes

La conférence de presse d’Alejandro Davidovich Fokina s’est conclue de manière insolite vendredi par une question totalement déconnectée du tennis. Amoureux des animaux, l’intéressé a été invité à parler d’une plate-forme, adoptas.org, qu’il a lancé en avril dernier. Elle a pour objectif de faciliter l’adoption d’animaux de compagnie abandonnés, un phénomène en forte recrudescence avec le déconfinement dans les pays européens.
"Il y a eu une hausse brutale de 25 % des abandons. En Espagne, il y en a plus de 300 000 par an. Pour moi, ce ne sont pas des jouets. Chaque semaine, nous trouvons de nouveaux abris pour les chiens et les chats", a détaillé Davidovich. Un combattant oui, mais qui a le cœur sur la main.

Alejandro Davidovich Fokina à Roland-Garros en 2021

Crédit: Getty Images

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