C'est la der des ders pour Jo-Wilfried Tsonga. Dix-sept ans après son tout premier Roland-Garros, où il s'était incliné d'entrée contre Andy Roddick pour ses premiers pas en Grand Chelem, Jo-Wilfried Tsonga va boucler la boucle ici-même à Paris. Son dernier tournoi avant de ranger définitivement ses raquettes, à 37 ans. Opposé à Casper Ruud dès le premier tour, un sacré client, le Manceau ne se fait pas beaucoup d'illusions. Mais il est ici plus question de plaisir que d'ambitions.
Souriant, détendu, et en paix avec sa décision, le futur retraité veut savourer. "Je me sens à la fois soulagé de savoir que c'est le dernier, parce que j'ai quand même mon esprit et mon corps qui me disent que c'est l'heure d'arrêter, et à la fois très excité, dit-il. J'ai envie d'aller sur le court. Je vais rencontrer un joueur qui est très bon, très consistant. Je sais que ce sera un match dur. Mais je suis heureux de pouvoir vivre ça et quoi qu'il arrive, ce sera une fête pour moi. Je ne peux pas dire que c'est un super feeling ni que c'est un mauvais. C'est en tout cas un moment qui, pour moi, je suis sûr, sera rempli d'émotion."
Si je voulais contenter tout le monde, il me faudrait 250 – 300 places
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Jo-Wilfried Tsonga prend conscience, depuis son arrivée à Roland-Garros cette semaine, du côté très concret de sa (très) proche retraite. "Là, ça se concrétise vraiment, concède l'ancien numéro 5 mondial. Quand je l'ai annoncé il y a un mois, je me disais 'J'ai encore un peu de temps, il va encore se passer des choses entre temps'. Je suis juste à quelques jours de mon prochain match, et si jamais je ne le gagne pas, effectivement, ce sera le dernier. C'est vrai, forcément, je ne le vis pas comme si c'était un tournoi normal, comme si c'était un Roland-Garros comme tous les autres. Celui-là sera forcément un peu différent. Mais je suis content d'être ici."
Pour l'occasion, il a essayé de mettre les petits plats dans les grands en invitant autant que possible la famille, les proches, les potes et ceux qui l'ont accompagné sur son chemin tout au long de sa carrière. "Si je voulais contenter tout le monde, il me faudrait 250 – 300 places, ça va être compliqué, rigole Jo. Roland-Garros fait ce qui peut pour essayer de m'aider à contenter tout le monde, ce qui n'est pas évident, parce que je connais pas mal de gens. On est obligé de faire des petits arbitrages. Tout le monde a envie de venir."

Henin : "Tsonga partira peut-être avec des regrets, mais surtout avec la tête haute"

Roland-Garros a toujours été un tournoi particulier pour lui. Il n'a jamais été un joueur de terre battue. C'est même sans aucun doute la surface sur laquelle il s'exprimait le moins bien. Mais il aura toujours été un vrai joueur de Roland-Garros. Deux fois demi-finaliste (2013, 2015), quart de finaliste en 2012, il a signé sur le court Philippe-Chatrier quelques victoires marquantes, à commencer par celle face à Roger Federer, en trois sets, en 2013. Pas mal pour un attaquant allergique à l'ocre.

Bien physiquement mais sans repères

"C'est vrai que je n'étais pas un spécialiste de la terre battue, ce n'est pas une surface sur laquelle j'avais les meilleurs résultats tout au long de ces années-là, admet-il. Mais Roland-Garros était spécial pour moi. Les conditions étaient spéciales, la terre battue était spéciale, les balles étaient spéciales à l'époque, ma relation avec le public était spéciale. Tout ce que je faisais était vraiment différent de ce que je vivais sur les autres tournois. J'arrivais toujours très confiant ici, alors que je n'avais pas forcément gagné beaucoup de matches les semaines précédentes."
Il se murmure que le tournoi aimerait le faire jouer en session de nuit pour marquer le coup. Lui assure ne pas avoir fait de demandes particulières. Il espère juste que la météo ne lui gâchera pas la fête : "Je vais peut-être demander là-haut s'il peut éviter de m'envoyer de la pluie et de la terre lourde afin que je puisse mettre des aces. C'est tout ce que je vais demander." Physiquement, il dit se sentir au mieux depuis deux ans. Mais il a si peu joué et encore moins gagné ces derniers mois qu'il confesse une absence totale de repères. En d'autres temps, celui des ambitions, cela aurait été problématique. Là, nettement moins.
Pour le tennis français, au creux de la vague, pour ne pas dire au fond du trou, c'est donc une sacrée page qui va se tourner. D'autant qu'il s'agira d'un double adieu. A celui de Tsonga va s'ajouter celui de Gilles Simon. Si le Niçois ne tirera sa révérence qu'en fin de saison, pour lui aussi, c'est le dernier Roland. "Gilles c'est mon camarade, c'est mon ami. Il fait partie de mon histoire tennistique", souffle le Sarthois.

Jo-Wilfried Tsonga a encore le regard porté sur Roland

Crédit: Getty Images

On a partagé énormément de choses depuis qu'on est tout jeunes
A ses yeux, cette relation, et les autres, avec Richard Gasquet ou Gaël Monfils, est tout sauf anodine. C'est peut-être même l'essentiel. "Que ce soit avec Gilles, Gaël ou Richard, on se connaît tous depuis qu'on a 11 ou 12 ans, rappelle JWT. On a grandi ensemble, on a joué en équipe de France, on a pleuré ensemble, on a gagné ensemble. Ces histoires sont finalement les plus belles. De mon parcours, ce que je vais retenir dans tout ce que j'ai pu faire finalement, ce sont les relations humaines que j'ai eues avec les différentes personnes qui m'entouraient."
Cette bande des quatre a percé au très haut niveau, a culminé entre la 5e et la 7e place mondiale. On a pu lui reprocher un destin commun inachevé. Le tennis français mesure aujourd'hui sa chance d'avoir pu compter sur cette génération. Mais au-delà des comptes d'apothicaire, des accomplissements ou des limites de chacun, Jo-Wilfried Tsonga, lui, retient l'histoire commune :
"On a partagé énormément de choses depuis qu'on est tout jeunes. On a fréquenté les mêmes centres. On allait à l'école ensemble. On jouait au tennis ensemble. On a rigolé ensemble. On se racontait nos premières petites amies ensemble. C'est une très belle histoire, parce que quand on était plus jeunes, quand on avait 10 ou 11 ans, on était amis, parce qu'on était des petits jeunes, des petits êtres humains, qui attendaient de pousser et de continuer à grandir. Finalement, on a traversé toutes les étapes ensemble. Très peu de personnes vivent ça."

Gaël Monfils, Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon et Richard Gasquet en Guadeloupe pour le 1er tour de Coupe Davis face au Canada en 2016

Crédit: Getty Images

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