Roland-Garros - L'Ukrainienne Marta Kostyuk sifflée par le Chatrier : "Les gens devraient avoir honte"

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Après sa défaite contre Aryna Sabalenka (6-3, 6-2) dimanche au 1er tour de Roland-Garros, Marta Kostyuk a refusé de serrer la main de son adversaire. L'Ukrainienne, sortie sous les sifflets du court Philippe-Chatrier, ne s'attendait pas à une telle réaction du public parisien. Mais elle a d'autres soucis en tête et reste notamment toujours aussi remontée contre les joueuses russes et biélorusses.

Marta Kostyuk

Crédit: Getty Images

Pour Marta Kostyuk, ce fut la double peine dimanche. Battue sèchement par Aryna Sabalenka (6,3, 6-2) dès le 1er tour, l'Ukrainienne a en prime dû quitter le court sous les sifflets du public du Chatrier après son refus de serrer la main de son adversaire biélorusse. "Je ne m'attendais pas à ça, pour être honnête, a ensuite réagi Kostyuk. Je n'ai rien de particulier à dire, mais honnêtement, les gens devraient avoir honte de leur attitude. On verra ce qu'ils penseront de cela dans dix ans, lorsque la guerre sera terminée. Je ne pense pas qu'ils se sentiront bien d'avoir agi comme ça."
Très impressionnante lors de sa conférence de presse ou le côté très posé de la forme tranche avec la force du fond, la 39e joueuse mondiale s'accrochera quoi qu'il arrive à ses convictions et à leurs conséquences puisque ce n'est ni la première ni la dernière fois qu'elle refuse de saluer son adversaire à l'issue d'un match. "J'ai dit que je ne le ferai pas, et je ne sais pas pourquoi les gens pensent que je vais soudainement changer d'avis."
"Elle ne méritait pas ça", a dit de son côté Sabalenka à propos de la réaction du public français. Des propos qui n'ont ni touché ni apaisé Marta Kostyuk, dont l'ironie fait parfois l'effet d'une lame de couteau glaciale, comme lorsqu'elle assène un "Je suis désolée pour elle" quand un journaliste lui rapporte les mots de Sabalenka, laquelle rappelle que cette la guerre la place, comme les autres joueurs et joueuses russes et biélorusses, dans une situation délicate.
La Biélorusse a ensuite tenu à préciser une fois de plus son point de vue sur ce conflit : "Je l'ai dit à maintes reprises, personne dans ce monde, qu'il s'agisse d'athlètes russes ou biélorusses, ne soutient la guerre. Personne. Comment pouvons-nous soutenir la guerre ? Les gens normaux ne la soutiendront jamais. C'est aussi évident qu'un plus un, ça fait deux. Si nous pouvions l'arrêter d'une manière ou d'une autre, nous le ferions. Mais malheureusement, ce n'est pas entre nos mains."
Sauf que, pour Kostyuk, cette réponse est sans intérêt parce que là n'est pas la question. "Je pense qu'elle devrait d'abord parler d'elle-même. Il n'y a pas de 'nous'. Parce que je connais, je veux dire personnellement, des joueurs et des joueuses qui soutiennent cette guerre, a-t-elle lancé. J'ai l'impression que vous (les journalistes) devriez plutôt demander qui, selon eux, devrait gagner la guerre et non s'ils sont pour ou contre. La guerre est là, maintenant, depuis 15 mois." Il ne s'agit donc pas de se positionner de façon théorique ou philosophique, mais de manière concrète. La guerre en Ukraine n'est pas une idée, mais une réalité.
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Marta Kostyuk, Roland Garros 2023

Crédit: Getty Images

Marta Kostyuk en a eu un nouveau rappel la nuit dernière quand la Russie a lancé une nouvelle attaque aérienne, notamment sur la capitale Kiev, où réside encore une partie de sa famille. "D'habitude, j'évite de regarder mon téléphone la nuit, mais quand je me suis réveillée à 5 heures du matin, je ne sais pas pourquoi, je l'ai allumée et j'ai vu que j'avais beaucoup de notifications", a-t-elle expliqué. Pas idéal à quelques heures d'un match en Grand Chelem. "J'essaie de mettre mes émotions de côté chaque fois que je vais sur le terrain, évoque-t-elle. Je pense que j'y arrive mieux qu'avant. Mais ça fait partie de ma vie."
Le tennis aussi, même si elle a connu des jours plus heureux sur le circuit. A-t-elle pensé à tout arrêter ? Oui, mais pas longtemps. "Je continue à jouer au tennis parce que j'adore ça et que c'est mon métier, je ne vais pas mentir, admet simplement l'Ukrainienne. Ça me permet de payer beaucoup de choses. Puis je dois continuer à faire quelque chose de ma vie, alors je fais ce que je sais faire le mieux. Si je m'arrête de jouer, je pense que c'est la fin."
Elle est également revenue sur ce qu'a dit Aryna Sabalenka en amont de ce match particulier : "Si elle me déteste, peu importe, mais ce n'est pas réciproque." "D'abord, a répondu sous forme de mise au point Marta Kostyuk, je n'ai jamais dit publiquement, ni en privé, que je déteste Aryna Sabalenka ou une autre joueuse. La haine, comme l'amour, relève de l'émotion. Moi, les gens peuvent me haïr ou m'adorer, je m'en moque. C'est d'ailleurs ce qu'elle a dit peu importe si je la déteste. Mais si quelqu'un ne me respecte pas, c'est autre chose, parce que le respect, ce n'est pas une question d'émotion."
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Marta Kostyuk

Crédit: Getty Images

Manque de courage

Les ponts semblent durablement couper. La native de Kiev regrette que, depuis le déclenchement de la guerre, personne n'ait pris la peine de venir s'adresser à elle ou à ses compatriotes. "Il doit y avoir cinq Ukrainiennes dans le top 100. Ce n'était pas si difficile, quand la guerre a commencé, de venir nous parler pendant, ne serait-ce que quelques minutes. Je ne sais pas, juste nous dire quelque chose. Quand on les croisait dans le vestiaire, c'était bouche fermée et regard vers le sol. Je ne comprends pas. Elles n'ont pas eu de courage."
Et si quelqu'un venait la voir, maintenant, pour discuter, ou lui dire simplement quelques mots, comment réagirait-elle ? "Je ne sais pas si quelqu'un le fera, je n'y crois pas beaucoup, poursuit-elle, mais si c'était le cas je ne sais pas quelle serait ma réaction parce que, quand même, 15 mois, ça fait long..."
Marta Kostyuk n'a pas remis les pieds dans son pays depuis deux mois, après le tournoi de Miami, afin de travailler sur la fondation qu'elle a lancée. Elle vit temporairement à Monaco. Elle a ramené avec elle sa mère et sa petite sœur, qui vivent non loin de chez elle. Son père et son grand-père, en revanche, sont restés à Kiev. "Je vis loin de chez moi non par choix, mais parce que je ne peux pas rester à la maison", rappelle la joueuse de 20 ans.
Wimbledon a annoncé son intention de loger les joueuses et les joueurs ukrainiens durant l'ensemble des tournois sur gazon qui vont se tenir sur le sol britannique. Un souci de moins. "Je ne dirais pas que cela montre que des gens comprennent ce que nous traversons, parce que c'est impossible de le comprendre vraiment, résume Kostyuk, mais c'est un beau geste et, au moins, cela me permet de croire qu'il y a encore des gens bien dans ce monde."
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