Roland-Garros 2025 - Carlos Alcaraz, 22 ans, 5 titres du Grand Chelem, déjà une grande histoire et tout l'avenir du monde

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Au-delà de la trace que laissera cette finale unique contre Jannik Sinner, il y a aussi la froideur des chiffres. Ceux de Carlos Alcaraz restent affolants. Il a conquis dimanche son 5e titre du Grand Chelem, un mois après son 22e anniversaire. Sa précocité et le rythme qui est le sien depuis deux ans et demi autorisent à envisager une place plus que significative dans l'histoire à moyen terme.

Carlos Alcaraz, puissance 5.

Crédit: Marko Popovic

Croyez-vous à la symbolique des signes du destin ? Si ce n'est pas le cas, vous allez sourire, hausser les épaules ou vous moquer. Mais si vous y êtes sensibles, vous aurez du mal à ne pas trouver la coïncidence trop puissante pour n'être qu'une simple coïncidence.
Dimanche, le 8 juin 2025, Carlos Alcaraz a remporté son 5e titre du Grand Chelem. Nous allons revenir sur ce que cela implique à son âge, ce que cela signifie d'ores et déjà et ce que cela promet, mais arrêtons-nous une seconde sur la temporalité. Le Murcien a conquis ce 5e sacre à très exactement 22 ans, 1 mois et 3 jours, puisqu'il est né le 5 mai 2003. Le 6 juillet 2008, du côté de Wimbledon, Rafael Nadal avait glané le 5e de ses 22 trophées majeurs. Ce jour-là, le Majorquin avait... 22 ans, 1 mois et 3 jours.
Que les deux champions, liés par une sorte de filiation si souvent évoquée née en grande partie de leur nationalité commune, le soient aussi par ce clin d'œil historique, est assez savoureux. D'autant que ce 5e opus majuscule, dans un cas comme dans l'autre, est survenu au terme d'une finale d'anthologie. Wimbledon 2008 reste une victoire à la fois importantissime sur le fond et inoubliable sur la forme pour Nadal et quoi qu'il advienne à l'avenir, celle d'Alcaraz dimanche à Paris ne restera pas frappée du sceau de la banalité.
"C'est un hasard incroyable !, concède Juan Carlos Ferrero, l'entraîneur du numéro 2 mondial. Même nombre de Grand Chelem, au même âge, le même jour, ça a l'air totalement irréel. C'est étrange, mais il ne faut pas trop y penser. Il va écrire sa propre histoire." "Je dirais que c'est le destin, je suppose, a souri le principal intéressé dimanche soir. C'est une statistique que je vais garder pour toujours, avoir gagné mon cinquième Grand Chelem exactement au même âge que Rafa, qui est mon inspiration : ça, je vais le garder en moi."
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Video credit: Eurosport

Comme Borg et Nadal

Carlos Alcaraz est en tout cas bien l'héritier annoncé. Le tennis espagnol n'a plus que lui, puisque, contrairement à Nadal, généralissime flanqué d'une armée de lieutenants et de colonels de haut vol, il apparaît aujourd'hui bien seul dans le paysage, mais si cet arbre cache la forêt ibérique, c'est un séquoia, pas un noisetier. L'avenir ne se prédit pas plus qu'il ne s'insulte, mais le protégé de Juan Carlos Ferrero est en tout cas lancé sur des bases dignes, voire supérieures, des plus illustres.
Avec ce 5e titre, "Carlitos" se hisse au 27e rang de la hiérarchie historique depuis la création du Grand Chelem à la fin du XIXe siècle. Il est à la hauteur de deux légendes années 50, l'Australien Frank Sedgman et l'Américain Tony Trabert. Il a dépassé dimanche des champions d'une envergure pas tout à fait anodine tels que Jim Courier, Guillermo Vilas, Manuel Santana ou Lewis Hoad. La prochaine fois qu'il soulèvera un trophée majeur, il rejoindra Stefan Edberg et Boris Becker, mais aussi l'auteur du premier Grand Chelem calendaire de l'histoire, Donald Budge, ou Jack Crawford.
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Et de cinq, déjà, pour Carlos Alcaraz en Grand Chelem.

Crédit: Getty Images

S'il arrêtait sa carrière aujourd'hui, Carlos Alcaraz laisserait déjà une empreinte durable. Mais c'est surtout l'âge auquel il s'est concocté ce palmarès qui interpelle et augure d'un possible ancrage parmi les plus grands dans les années à venir. Il vient de fêter ses 22 ans. Il est d'une précocité rare, voire rarissime. Il égale donc Rafael Nadal au jour près pour atteindre le cap des 5 titres, ainsi que Björn Borg. Le Suédois avait lui aussi 22 ans lorsqu'il a décroché son 5e titre, à Paris, en 1978. Il les a devancés d'une poignée de jours puisqu'il avait 22 ans et… 5 jours.
Si Nadal a au final remporté deux fois plus de titres que Borg (22-11), le premier ayant poursuivi sa carrière jusqu'à plus de 35 ans quand le second a jeté l'éponge au quart de siècle, rincé et lessivé par son statut de star planétaire, l'un et l'autre, chacun à leur manière, ont marqué la grande histoire de leur sport. Tout peut toujours arriver. Carlos Alcaraz peut se blesser. Peut-être sera-t-il touché brutalement par une forme de lassitude qui l'éloignera des sommets. Ou alors un joueur plus jeune et encore plus fort et précoce déboulera-t-il sans prévenir pour s'imposer comme le nouveau patron du tennis mondial. Personne n'en sait rien.

Le 6e dès Wimbledon ?

De tout ceci dépendra l'avenir du Murcien. Mais si l'on devait parier sur un scénario, il serait plutôt favorable à Alcaraz. Cinq finales, cinq titres, une capacité à gagner partout ou presque, un physique hors normes et, par-dessus tout, une âme de champion, un goût du combat et une détestation de la défaite propre aux plus grands. Il a tout, absolument tout pour continuer à accumuler les titres. Il aura certainement des périodes de flottement, et pendant un peu plus de six mois, ce fut d'ailleurs le cas à partir de la fin de l'été 2024. Mais regardez où il en est aujourd'hui.
Le rythme qui est le sien en Grand Chelem est délirant. Il a ouvert son compteur lors de l'US Open 2022, devenant alors seulement le deuxième joueur de moins de 20 ans à soulever un trophée majeur depuis 1990, l'autre étant, évidemment, Rafael Nadal. Sur les 11 derniers tournois du Grand Chelem (et même 10 pour lui puisqu'il était absent à Melbourne en 2023), Carlos Alcaraz en a remporté 5. Quasiment la moitié. Pour le reste, en dehors de son couac à Flushing Meadows en septembre dernier avec sa défaite au 2e tour, il a toujours figuré en quarts ou en demi-finales. Autant dire qu'il est un candidat à la victoire presque partout, presque tout le temps.
Il serait donc étonnant, pour ne pas dire plus, qu'il s'arrête là. Il reste hors de propos de parler du club des 20, apanage du surréaliste Big 3, 24 titres pour Djokovic, 22 pour Nadal et 20 pour Federer. Il y a trop d'impondérables là-dedans, réclamant de coupler le maintien de l'excellence et d'une forme d'hégémonie à une longévité elle aussi hors normes. Ce sera peut-être son cas mais il est impossible de le prédire. A court terme, en revanche, sauf blessure, les opportunités vont se multiplier. La prochaine dans quelques semaines, à Wimbledon où, là aussi, il va s'avancer en tenant du titre.
"Cela peut paraître surprenant, mais je dirais que le gazon est sa meilleure surface, a estimé Andre Agassi sur TNT Sports. Cela tient au fait qu'il y perd moins de vitesse que les autres joueurs, à la force de ses jambes et à son équilibre pour être sur la balle. Il faut mesurer que ce joueur a une défense et une vitesse comparables à celles de Novak, voire plus. Il a des sensations comparables à celles de Federer, voire plus. Il a une vitesse de bras digne de Rafa. Peut-être même supérieure." Il faut donc mesurer qu'il ne sera sans doute pas loin de passer la 6e très vite.
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Carlos Alcaraz

Crédit: Getty Images


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