Roland-Garros 2026 | Avant sa finale contre Alexander Zverev : Flavio Cobolli, à qui père gagne…

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Opposé à Alexander Zverev ce dimanche en finale, Flavio Cobolli pourrait succéder à Adriano Panatta, dernier vainqueur transalpin en 1976. Un succès de l'Italien viendrait couronner une incroyable épopée familiale avec Stefano, son père et coach, qui flirta avec le Top 200 mondial en 2003. Une relation complexe, extrêmement forte, quasiment fusionnelle, où le conflit a souvent été le moteur.

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Il aurait pu n’être que dans la joie, même mesurée, puisqu’il venait d’apprendre que sa place en finale lui tombait du ciel avec le forfait de Matteo Arnaldi. Il aurait pu ne scruter que l’horizon, en étant détendu, soulagé, émerveillé de se retrouver là, impatient d’en découdre ce dimanche après-midi avec Alexander Zverev. Il aurait pu, mais non. Une fois la partie en anglais de la conférence de presse terminée, une fois la salle vidée de nombreux journalistes, Flavio Cobolli s’est lancé, vendredi soir, dans un monologue en italien qui ne surprit pas beaucoup les médias transalpins, habitués aux rebondissements du feuilleton familial, mais qui scotcha les moins avertis : "J'ai toujours rêvé d'être là où je suis aujourd'hui. Je suis certain que toutes les personnes qui travaillent avec moi ont toujours aussi rêvé de ça pour moi. Mais bon, elles ne me l'ont pas dit ni montré beaucoup de fois. Tout le monde a essayé de m’apporter quelque chose, à sa manière. Je le sais bien. Mais je me souviens aussi que mon père avait dit un jour à un autre membre de notre staff que je n’entrerais jamais dans le Top 30 mondial. Il lui avait dit que je ferais une bonne carrière, mais pas excellente, non plus. Et tous les jours, depuis ce jour, j’ai pensé à cela. Et maintenant, déjà, je crois que ma carrière, elle est très bonne."
Des mots forts qui transpirent le traumatisme, la vexation, la boule au ventre qui ne s’est jamais estompée, l’obligation permanente de prouver. Ces quelques phrases ne suffisent pas à résumer le lien complexe, riche de sentiments très différents, d’amour surtout, qui unissent Flavio Cobolli et Stefano (49 ans), son père et coach, qui ne dépassa jamais le 236e rang mondial et ne mit jamais les pieds dans le tableau final de Roland-Garros, en dépit d’un essai en qualifications en 2004. Mais cette confession intime, à cet instant-là, dans cet endroit-là, devant ce parterre-là, a eu quelque chose de glaçant.
Elle confirme un parcours sinueux, fait de larmes de joie, comme celles qui avaient assailli Stefano, en tribunes, lorsque Flavio avait atteint pour la première fois les quarts de finale d’un Majeur, à Wimbledon, l’an dernier. Une aventure riche aussi de larmes de colère, de frustration et d’impuissance…
Cette confession raconte surtout que Flavio ne voulait pas y parvenir que pour lui, mais pour prouver à son père qu’il se trompait et qu’il pourrait aller bien au-dessus du plafond de verre présumé. Le paternel a prodigué ses premières séances de panier au Tennis Club Parioli puis à la Rome Tennis Academy, en étant de suite fasciné par le timing, la créativité et la capacité de son protégé si particulier à battre des talents bien plus âgés. Le fils, lui, a fait tomber les murs un à un : premier sacre en ATP 250 en mars 2025 à Bucarest, premier ATP 500 deux mois plus tard à Hambourg, entrée dans le Top 15 début mars 2026 après sa victoire à Acapulco et certitude d’être au moins 10e mondial ce lundi matin. À chaque fois, derrière, la réussite du duo familial, le savoir du père, les progrès du fils et cette prophétie aux effluves de défi qui a marqué et balisé leur histoire commune.
"Ils se disputent souvent. Mais c’est normal entre père et fils."
Quelque part, ce terrible "t’es pas cap’", bien plus humiliant que dans la cour d’école et plutôt sournois puisque même pas balancé de visu, a été l’un des moteurs de Flavio Cobolli. En le piquant, finalement, son père a réussi. Et son fils aussi. Aujourd’hui, cette histoire peu banale, quand beaucoup de pères donnent le premier coup de pioche au club avant de passer la main, fait sourire Adriano Panatta, croisé vendredi soir devant l’hôtel Molitor. Complet bleu dernier cri, qui n’aurait pas fait désordre dans un titre d’Aznavour, crinière au vent, regard perçant, tirant nerveusement sur sa clope en attendant un taxi dans une scène qu’aurait volontiers immortalisée Ettore Scola, le vainqueur de Roland-Garros 1976, éternelle gravure de mode, remettra le trophée ce dimanche : "Vous savez, Flavio, comme tous les Italiens du moment (Musetti, Arnaldi, Darderi), il a grandi avec Jannik (Sinner) comme modèle et comme locomotive. C'était le turbo (sic), le moteur. Cela n’a jamais été un problème pour Flavio, au contraire. Cela lui a permis de bien travailler avec son père. Ah, Stefano, je le connais très bien et il connaît très bien le tennis. Ils se disputent parfois mais c’est normal entre père et fils. Ce n’est jamais facile une relation comme ça dans le sport, surtout dans le tennis." Le bras s’est levé, le taxi s’est présenté, empêchant Adriano de développer son propos…
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Il pourrait être complété par celui que nous a délivré Fabrice Santoro, en début de semaine à Roland-Garros, lors du Media Day du Trophée des Légendes. Son père, Marcel, l’a entraîné une fois qu’il s’est retrouvé à la retraite, en partie pour ne pas que la dimension financière via la rémunération joueur à coach n’entre dans la sphère familiale. Fabrice, lui, avait 25 ans : "J’ai passé les meilleures années de ma carrière avec mon père comme entraîneur. L’avantage de ce type de relation hyper forte est que le père connaît évidemment très bien son fils. Le danger est de savoir où l’on fixe les barrières et les limites entre le pro et le perso. Est-ce qu’un père veut impérativement et à tout prix repousser les limites de son fils ou bien veut-il avant tout préserver le lien familial ? Cela me rappelle tant de discussions. D’ailleurs, quand il avait signé la préface de mon livre, mon père avait écrit en substance : j’aurais pu te pousser davantage et faire de toi un meilleur joueur mais l’essentiel était de préserver notre relation père-fils."

Rien de comparable avec les sagas familiales chez les Bartoli, Garcia, Santoro ou Tsitsipas

Marcel Santoro n’avait pas été joueur de haut niveau. Ce paramètre n’existait pas non plus chez les Garcia (Caroline et Louis-Paul) ni les Bartoli (Marion et Walter), les papas coaches étant autodidactes. Apostolos Tsitsipas a bien fait quelques tournois mais n’a jamais décroché le moindre point ATP avant de s’occuper de Stefanos. Stefano Cobolli, lui, a eu un vrai début de carrière, notamment sur le circuit secondaire. Il lui en est resté un peu d’ego, que Flavio avait habilement titillé, à Rotterdam, l’an dernier : "Mon père était un bon joueur, mais il a pris sa retraite jeune, donc son classement était légèrement inférieur au mien."
Chien et chat, à toi, à moi. Stefano ne l’a pas toujours bien vécu, comme il l’avait raconté à "Super Tennis" en 2019 : "Quand j’entraîne Flavio, il m'arrive d'être obligé de le sortir du court ou de quitter la séance moi-même tellement la relation familiale entre en jeu. Et elle n’est pas facile à gérer." Relancé sur ce sujet délicat, il avait fini par s’en sortir par une pirouette : "C’est vrai, Flavio compare souvent ses résultats aux miens, mais c'est toujours sur le ton de la plaisanterie, c’est ludique." Sauf que le second degré n’est jamais très loin du premier, selon l’humeur du jour et la qualité de l’entraînement, par exemple.
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Pousser son fils est une chose. Le voir s’épanouir est une fierté. Que l’élève dépasse le maître peut éventuellement décupler le côté abrasif des échanges. Flavio Cobolli avait d’ailleurs trouvé la juste comparaison, face à la presse, lors du dernier Masters 1000 de Madrid après son succès sur Ugo Carabelli : "Mon père, c’est le seul qui puisse faire ce travail avec moi, c'est la bonne personne au bon moment. Ce n'est pas facile, mais nous essayons de progresser dans notre relation. C'est un peu comme Cholo (Diego) et Giuliano Simeone à l’Atlético de Madrid. Le père traite le fils comme un joueur normal."
Je suis fier de son évolution en tant qu’homme. Mais j’attends encore plus du joueur.
Chez les Italiens, plus encore que chez les Espagnols d’ailleurs, ça peut parler fort ou avec les mains, la moindre défaite peut être vécue comme un cataclysme, la colère rôde constamment, la tempérance ne fait pas vraiment partie du vocabulaire latin. Rafael Jodar et son père, qui porte le même prénom, ne font pas de bruit sur le circuit. "Pas même à la cantine de Roland-Garros ou dans les couloirs, dans les vestiaires", s’amuse Fabrice Santoro. Le fonctionnement chez les Cobolli a toujours été plus coloré. Flavio l’avait reconnu fin 2025, juste après avoir apporté le Saladier d’Argent de la Coupe Davis à l’Italie : "C’est une relation difficile mais on s’y habitue. On se dispute souvent, on a des caractères très similaires. Cependant, quand on quitte le terrain, on ne pense plus à ce qui s’est passé dessus."
Le mimétisme a été constant. Fan de Francesco Totti, Stefano s’était rendu à la maternité avec un maillot de la Roma sur le dos pour la naissance de Flavio, lequel a longtemps joué au foot, hésitant même un temps entre les deux sports et ne lâchant jamais la Louve des yeux. "Il en a gardé un physique et des jambes de "Calciotore" (joueur de foot) et un côté combattant très dangereux qui pourrait faire basculer la finale contre Zverev si Flavio parvient à la faire durer", estime Adriano Panatta.
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Flavio Cobolli à Roland-Garros.

Crédit: Getty Images

Stefano Cobolli n’attend que cela. Cette semaine, à Ubitennis, il a confié l’admiration qu’il avait pour son fils : "Je suis fier de son évolution en tant qu’homme, sans aucun doute. Tout ce qu'il fait pour les autres me rend très fier." Sauf qu’il y a forcément eu un "mais". Il ne pouvait en être autrement : "En tant que joueur, en revanche, j'attends encore beaucoup de lui et je pense qu'il peut encore beaucoup progresser. Je ne suis donc pas encore pleinement satisfait."
Le sera-t-il un jour ? Pas sûr. Le jeu serait plié, la tension qui anime leurs échanges et les fait avancer mutuellement leur manquerait trop. La maturité aidant, Flavio Cobolli a en tous cas choisi de ne pas aborder cette finale en étant écrasé par le regard paternel : "J'essaie de ne pas me mettre de pression, jamais. J'aime profiter de l'instant présent, de me rappeler l'enfant que j'étais, en gardant la même passion, le même sourire." S’il y a victoire, ils auront juste à savourer, dans les bras l’un de l’autre, sans fausse pudeur, en laissant les vannes de côté. Pour une fois.
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