Roland-Garros 2026 - Gaël Monfils et Stan Wawrinka : ensemble, c’est tout

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2005-2026, le livre de Roland-Garros s’est refermé pour le Français Gaël Monfils et le Suisse Stan Wawrinka, générateurs de souvenirs qui manquent déjà au tournoi. Plus de 20 ans de carrière en commun pour une amitié qui s’est construite avec le temps, profonde, jamais surjouée ni surexposée.

Stan Wawrinka et Gaël Monfils à l'issue de la finale de l'Open de Rotterdam 2019

Crédit: Getty Images

Roland-Garros s’est réveillé orphelin, avec la gueule de bois. Le soleil brûlant de ce mardi sera sans doute aveuglant pour les âmes déjà nostalgiques et pas de trop pour réchauffer les cœurs sensibles. Le tournoi a perdu deux de ses héros, de ses idoles, de ses icônes, de ses artistes. Pas simplement pour cette édition, pour toujours. Le billet n’était jamais trop cher pour les admirer, l’horaire jamais trop tardif, le court jamais trop grand, l’affiche jamais trop banale.
Gaël Monfils et Stan Wawrinka n’auront pas de plaque à leur nom gravée sur le Philippe-Chatrier mais ils laissent à Paris une empreinte indélébile. A leur manière, distincte sur le plan du palmarès, beaucoup plus comparable en termes de plaisir suscité, de fans emportés. "Roland, je vous aime et je vous dois tout", a lancé le Français à la foule en guise d’épitaphe. La réciproque ne se conteste pas et elle serait aussi valable pour le Suisse, qui avait tiré le rideau quelques heures plus tôt…
"Et surtout, n’oubliez pas de mettre le feu pour Gaël, c’est sa dernière". Tels resteront les derniers mots prononcés par Stan Wawrinka sur un court de Roland-Garros, micro en main sur le Simonne-Mathieu aux côtés d’Amélie Mauresmo et Gilles Moretton, visage rougi par l’effort et la canicule, gorge étranglée et syllabes séchées par l’émotion après son élimination, hier après-midi, face au Néerlandais Jesper de Jong.
Une demande de soutien populaire qui dit tout de leur relation mais restée vaine puisque Gaël Monfils a donc rendu les armes, en soirée, devant Hugo Gaston. Un adieu et un ultime clin d’œil à sa légende parisienne puisque, comme en 2014 face à Andy Murray (quart de finale), il s’est incliné après avoir effacé deux manches de retard puis cédé la dernière sans inscrire le moindre jeu. Cette fois, pourtant, la lumière n’a pas manqué…

Destins liés, mêlés, emmêlés, démêlés…

Le Français a poussé la coquetterie à ne gagner que huit points dans l’ultime manche, comme s’il était pressé de finir avant minuit pour que son album de souvenirs à la Porte d’Auteuil soit refermé le même jour que celui de son complice suisse. 23h54, mission accomplie. Inséparables jusqu’au bout et depuis le premier jour. Issus d’un milieu modeste, de la campagne près de Lausanne pour Wawrinka et de la banlieue parisienne pour Monfils, sans aucun antécédent familial dans le tennis, ils n’ont jamais réduit leur vie à leur imposante carrière. Un socle riche d’analogies que le pan sportif a juste nourri constamment.
A Paris, Stan Wawrinka a ainsi gagné les juniors en 2003 et Gaël l’année suivante. Ils ont découvert le tableau final ensemble en 2005, puis le Top 20 mondial en 2008, à quelques mois d’intervalle. Liste non exhaustive… 22 ans de circuit en commun, une rareté. Destins liés, mêlés, emmêlés, démêlés, croisés, parallèles, au gré des semaines et des humeurs sans que les tableaux, les trophées et les couacs n’aient trop d’impact sur la relation. Ils auraient pu s’affronter en juniors, puisqu’ils ont parfois été dans les mêmes tableaux, mais ça n’a jamais été le cas. Et puis, en octobre 2004, Gaël Monfils a plongé dans le grand monde.
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Un jeune Stan Wawrinka vainqueur des Juniors en 2003

Crédit: Getty Images

Pour beaucoup, pour la légende et la mémoire collective, le Français a effectué ses débuts, hors Future et Challenger, à Metz, où Richard Gasquet l’élimina en quart de finale. Sauf que, huit jours plus tôt, Gaël Monfils avait été invité à disputer les qualifications à Lyon, sur un tournoi également labellisé 'International Serie' (ndlr : ATP 250 de l’époque) et alors dirigé par Gilles Moretton. Affiche du premier tour, samedi 2 octobre : Gaël Monfils contre Stan Wawrinka, déjà 160e mondial au moment du duel et qui s’était imposé (7-5, 6-4). Ce jour-là, Roger Federer avait dominé Marat Safin en demie à Bangkok, en trois jeux décisifs, dans un monde parallèle. Stan Wawrinka, lui, s’était battu avec son stress : "Je me rappelle avoir été nerveux sur le terrain. Je me rappelle aussi le style de Gaël, sa façon de jouer. C'était le tout début de nos carrières et ce sont des souvenirs exceptionnels".
Originaire de Colmar, Dimitri Zavialoff était, lui, l’entraîneur du Suisse à cette époque. Il l’a été pendant quinze ans avant de s’occuper notamment de Timea Bacsinszky (9e en 2016, demies à Roland-Garros en 2015 et 2017) et de Johanna Kontah (4e en 2017, demie à Roland-Garros en 2019). Lyon 2004, ça lui parle encore un peu : "J’étais présent. Stan apprenait tout juste à jouer en indoor, il avait eu beaucoup de mal au tour suivant contre Radek Stepanek". Trop même, puisqu’il avait perdu. Qu’importe, une parenthèse venait de s’ouvrir…

Les excuses de Monfils à Tokyo en 2009…

Sur le circuit, il existe différents types d’amitié. Des amitiés de vestiaires, d’entraînements, de voyages communs et de quelques soirées de sponsors, souvent après élimination en tournoi, où les carrés VIP sont légèrement moins étroits que ceux de service. Il y a aussi beaucoup d’amitiés de façade, de circonstances, de passage dans un milieu où la superficialité rôde souvent. Et puis, il y a les vraies amitiés, durables, profondes, qui résistent à l’usure du temps, aux tempêtes, aux explications musclées sur le court, aux engueulades franches à cause d’une décision d’arbitrage, d’une trace un peu vite effacée avec le pied, d’une blessure simulée, d’une fatigue exagérément accentuée pour la tourner en coup de bluff et donc en coup de canif.
L’amitié qui lie Gaël Monfils à Stan Wawrinka est de cette dernière race. Elle n’est pas feinte ni surjouée, elle est même longtemps restée privée, pas du tout exposée. Et peu importe si sa source n’a pas été clairement identifiée. Le déclic, la date, le pourquoi, le comment, le Suisse n’a pas eu besoin de les détailler en quittant la Porte d’Auteuil : "L'amitié, pour moi, il n'y a pas besoin de l'expliquer, elle se crée naturellement, avec nos personnalités. On s'est toujours bien entendus. Plus les années ont avancé, plus on a pu se connaître, passer du temps hors tennis, parler d'autre chose. Gaël est une personne exceptionnelle. Quelqu’un d’honnête, comme moi. On n'a pas besoin de jouer un rôle. Bien sûr, chacun a voulu faire la meilleure carrière possible mais on a toujours été heureux l’un pour l’autre, même quand on se jouait. En fait, il n’y a jamais eu de rivalité".
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Gaël Monfils à Tokyo en 2009 lors de son match face à Stan Wawrinka

Crédit: Getty Images

Une longue tirade pleine de sentiments qui colle parfaitement à celle délivrée par le Français, samedi dernier : "Stan, c'est un vrai ami. C'est quelqu'un pour qui le tennis est vraiment secondaire, avec qui l’on partage de bons moments en dehors de notre métier. J'ai une admiration folle pour lui. Stan, c'est Stan ! C’est extraordinaire ce qu'il a pu faire. Une carrière oufissime ! Stan, c'est quelqu'un de taquin, de marrant, de généreux, qui tend la main énormément, quelqu'un sur qui je peux compter, qui décroche le téléphone. Si j'ai besoin d'aide ou de quoi que ce soit, il sera là, il fera le maximum. Ça, c'est précieux."
 Si l’on avait eu un doute sur la nature et l’authenticité de leur relation, les dernières ambiguïtés seraient tombées à Genève, à 60 km du Vaud natal du Suisse, juste avant Roland-Garros. Emmitouflé et accompagné d’Elina Svitolina, son épouse, le Français y est venu en tribunes soutenir une dernière fois Stan Wawrinka en son antre. Pas du tout surprenant pour Dimitri Zavialoff : "Il y a eu leurs jeunes années où les parties de PlayStation faisaient rage. Leur proximité n’a jamais cessé. Un épisode m’a marqué. Gael avait battu Stan à Tokyo en 2009 alors que Stan avait gagné le premier set 6-2 en jouant très bien. Ensuite, Gael avait complètement fait n’importe quoi dans le jeu, ce qui avait perturbé Stan, à tel point qu’il était venu dans les vestiaires après le match présenter ses excuses à Stan. C’est dire le niveau de respect".
C’est unique d’avoir une relation aussi longue et aussi bonne que la nôtre
Beaucoup de choses les séparent, le Suisse, taiseux, étant déjà l’aîné de 13 mois du Français, volubile et excentrique. Gaël Monfils n’a jamais été le 5e élément derrière le Big Four, il n’a pas trois Majeurs au compteur, n’a pas gagné Roland-Garros en se hissant dans la 'Stanisphère', en délivrant une œuvre d’art en 2015 face à Novak Djokovic. Il n’a pas non plus un revers à une main extraordinaire, avec des appuis en béton, un transfert du corps parfait et une force herculéenne au-dessus de l’épaule. Il n’a pas enfin été 3e mondial en 2014 mais 6e en 2016.
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Gaël Monfils et Stan Wawrinka durant Roland-Garros 2017

Crédit: Getty Images

Des milliers d’autres choses les ont surtout réunis, avant même que Gaël Monfils ne s’installe en Suisse, voilà deux décennies. Parmi elles, leur faculté à faire lever les foules, à les transporter, à les fidéliser. 22 ans partagés et seulement sept duels dans les tableaux principaux (4-3 pour le Français). Un historique de joutes famélique avec des trous de six ans (2011-2017) et de cinq ans (2019-2024) sans affrontement. Comme si le sort avait voulu les épargner. D’ailleurs, le Roland 2017 ne leur laissera pas un souvenir impérissable. Le Suisse s’était imposé en trois sets : "Avec Gaël, on s'entraîne régulièrement, mais ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas affrontés. Cela a engendré un stress supplémentaire".
Lors du dernier Rolex Monte-Carlo Masters, aucun stress, juste du partage. Monfils et Wawrinka avaient refait le monde pour Eurosport, avec une lecture très singulière de leurs confrontations. Un ping-pong savoureux, quasiment assis l’un sur l’autre, comme des mômes chamaillant sur un canapé. Monfils : "T’aimais bien me jouer, en vrai." Wawrinka : "Arrête, tu m’as aussi tôlé en finale de Rotterdam (2019). Tu m’as pris un titre !"  Monfils : "Le mec m’en a laissé un (rires). Moi, je trouve que tu m’avais bien (sic). À l’Australian (2011), tu m’as mis des bonnes volées. A Roland aussi (2017) et tout…"
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Monfils : "Jouer fatigué, j'ai fait ça toute ma vie"

Video credit: Eurosport

Du chambrage mais aussi beaucoup d’admiration. Lors du Masters 1000 de Shanghai 2024, Gaël Monfils l’avait précisée : "C’est un sentiment incroyable de pouvoir encore côtoyer Stan sur le circuit. On a commencé ensemble, on va sûrement finir ensemble. Il est plus âgé que moi donc je peux m’appuyer sur lui. C’est un privilège. Je me considère comme un bon joueur mais lui, c’est une légende. C’est unique d’avoir une relation aussi longue et aussi bonne que la nôtre". Le Suisse avait répondu en avril 2025, de nouveau sur Eurosport : "Gaël, c'est un amour. Personnellement, je le considère aussi comme un champion. Être un champion, ce n'est pas seulement gagner un Grand Chelem. Sa carrière est exceptionnelle aussi. Il fait rêver sur le circuit."
Il leur reste cinq-six mois pour s’envoyer des petits mots d’amour sur le circuit avant que leur intimité rejoigne l’anonymat. Peut-être iront-ils en balade avec leur fille respective, Alexia Wawrinka (16 ans) et Skaï Monfils (3 ans et demi). Peut-être pas. Cette fin 2026 va en tous cas permettre au Français d’arrondir certains comptes : "Franchement, même dans mes rêves les plus fous, je n'imaginais pas recevoir ce que j’ai reçu sur ce Roland, entre ma soirée de jeudi dernier et mon ultime match. C’est une chance de malade, c’est gravé à jamais dans mon cœur. Mais mon envie désormais, c’est de rester en forme pour jouer après mes 40 piges, qui seront en septembre. Comme Ibra, Ronaldo, Lebron. Et comme Stan." Qui a 41 ans depuis mars dernier.
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