Roland-Garros 2026 - Le mauvais procès fait à Alexander Zverev

Eurosport sur Google

Alexander Zverev n'est plus l'éternel loser qu'il fut jusqu'à ce dimanche. Lauréat de Roland-Garros, il va ramener la coupe des Mousquetaires chez lui et pourra se targuer à compter de ce jour d'être un vainqueur de tournoi du Grand Chelem. Aux yeux de certains, il doit avant tout ce titre à un concours de circonstances. Mais voilà un reproche un peu court, un peu simpliste et un peu injuste.

Un titre au rabais pour Zverev ? "Il n'a pas choisi ses adversaires..."

Video credit: Eurosport

La personne d'Alexander Zverev ne m'inspire ni passion ni sympathie particulière. Le personnage, on le sait, est pour le moins controversé. Il traine un passé en forme de passif après avoir été accusé de violences physiques et psychologiques par son ex-compagne Olga Sharypova (ce que l'Allemand a démenti) en 2020 puis de violences conjugales en 2023 par la mère de son enfant (les deux parties ont trouvé un accord en juin 2024 qui a mis fin aux poursuites).
Voilà maintenant qu'on reproche au champion, car il en est un, que vous le vouliez ou non, de ne pas avoir totalement mérité son titre à Roland-Garros. Ou que celui-ci serait un peu un titre au rabais. Parce qu'il n'a eu à battre ni Carlos Alcaraz ni Jannik Sinner, les deux joueurs qui le devancent au classement et qui avaient remporté à eux deux les huit derniers tournois du Grand Chelem ? Pas plus qu'il n'a eu à se coltiner Novak Djokovic, le véritable troisième homme du circuit, au moins pour ce qui est du Grand Chelem. Or ce procès-là, me semble-t-il, est un mauvais procès à lui intenter.
Pourquoi établir ici le lien entre les deux éléments ? Pourquoi rapprocher l'homme du sportif ? Parce que je ne suis pas loin de penser que ce que l'on reproche aujourd'hui au joueur n'est pas totalement étranger à l'image que l'on peut avoir du bonhomme. Certains ne sont pas particulièrement heureux de le voir intégrer le cercle des vainqueurs en Grand Chelem, et c'est leur droit le plus strict et le plus légitime. Mais je ne suis pas sûr que le regard porté sur ce sacre, sportivement parlant, serait aussi peu aimable s'il ne concernait pas un homme aussi mal aimé.
picture

Zverev enfin délivré ? Il va vouloir aller chercher d'autres titres majeurs face aux meilleurs"

Video credit: Eurosport

Refermons cette parenthèse et revenons à nos moutons. Zverev a-t-il bénéficié de circonstances favorables dans ce Roland-Garros ? Incontestablement, oui. Le forfait d'Alcaraz (voire ceux de Musetti, demi-finaliste l'an dernier, ou Fils, un des meilleurs joueurs du printemps sur terre) ont allégé le tableau. Les éliminations rapides de Sinner et Djokovic en première semaine ont fini de le délester des principaux ténors. Il n'y avait plus grand-monde. Certains diront même qu'il n'y avait plus personne. Fait rarissime, l'Allemand a affronté en huitième, en quart, en demie puis en finale un novice à ce stade de la compétition. Du jamais vu pour un vainqueur en Grand Chelem depuis notre bien-aimé consultant Mats Wilander à Roland-Garros en… 1988.
Si vous me traitez de pire joueur à avoir remporté un Grand Chelem, je m'en moque complètement
Sauf que. Vous pouvez constater tout ceci, mais pas le reprocher à Zverev. On ne choisit pas ses adversaires dans un tournoi. On prend ce que l'on vous impose. Comme tout le monde, il avait sept joueurs à battre. Il les a battus. Ce n'est pas sa faute si Alcaraz est blessé. Si Sinner a eu trop chaud. Si Medvedev est toujours allergique à la terre battue. Si Djokovic a fait son âge dans le cinquième set contre Fonseca. Si le même Fonseca a fini par caler. Et ainsi de suite. Tant pis pour eux. Zverev avait un boulot à faire. Il en avait même sept. Il l'a fait. Sept fois. Pour cela, il mérite son titre et il est le vainqueur légitime de ce Roland-Garros.
picture

"Cobolli a raté la plus belle occasion de sa carrière"

Video credit: Eurosport

J'irai même plus loin. Il a gagné une huitième bataille et celle de très loin la plus compliquée de toutes. Zverev a dompté Alexander. Il était son premier et sans doute son principal ennemi. Il y a une semaine, beaucoup annonçaient qu'il ne tiendrait pas sous la pression, immense, puisqu'il était devenu obligatoire pour lui d'aller au bout sous peine que son échec soit considéré comme une faute professionnelle. Elle n'a pas dû être simple à vivre, cette semaine-là. Sur ce plan, son mérite est immense, vraiment. Particulièrement durant cette finale, où le poids des ratés du passé lui a plombé le bras et les jambes. Alors, que cette victoire ne fut pas enthousiasmante sur la forme, convenons-en, mais cela n'en reste pas moins remarquable, tant il a dû (et su) passer par-delà sa peur.
Surtout, Zverev s'en fout et il a bien raison. À partir de lundi, et chaque jour qu'il passera encore sur cette Terre, il se réveillera en tant que vainqueur de Grand Chelem. Rien ni personne ne pourra plus jamais y changer quoi que ce soit. Jusqu'à ce 7 juin, on l'a considéré comme le principal candidat au titre peu enviable de "meilleur joueur à ne jamais avoir gagné un Grand Chelem". Il avait dit un jour qu'il préfèrerait être perçu comme "le pire joueur à en avoir gagné un". C'était prémonitoire, puisqu'il n'est pas loin de se voir décerner ce nouveau galon tout aussi peu convoité.
Dimanche soir, à ce propos, il a été limpide. "Si vous me traitez de pire joueur à avoir remporté un Grand Chelem, je m'en moque complètement", a-t-il lancé dans un éclat de rire. Il a raison. Ce jugement-là, ce procès-là, ce n'est pas son problème. C'est le vôtre.
picture

Alexander Zverev, enfin sacré.

Crédit: Getty Images


Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité