Roland-Garros 2026 - Matteo Berrettini, la fragilité est en lui : " Je me blesse depuis l'âge de 12 ans"

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Jusqu'à 25 ans, tout souriait à Matteo Berrettini. Bien installé dans le Top 10 mondial, finaliste en Grand Chelem, encore suffisamment jeune pour progresser, l'Italien portait son pays vers les sommets. Mais son corps n'a cessé de le trahir depuis. Son grand malheur, depuis l'enfance. Il en a pris son parti. Mais ces temps-ci, il se sent bien. Et s'il en profitait ici, à Roland-Garros ?

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C'était la toute dernière apparition de Roger Federer à Roland-Garros. C'est dire si cela paraît loin. La légende suisse n'est pas partie sur une défaite, mais sur un retrait, avant son huitième de finale en 2021 face à Matteo Berrettini, lequel allait ensuite s'incliner en quart contre Novak Djokovic au terme d'un nocturne et rugueux combat. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela allait aussi rester le dernier acte de présence du colosse de Rome au corps de cristal, jusqu'à cette édition 2026. Cinq années loin de Paris, et maintenant quatre à distance des sommets du tennis mondial qu'il commençait tout juste à effleurer.
C'était sa grande période. Dans la foulée de ce Roland-Garros, Berrettini atteignait la finale de Wimbledon. Six mois de plus et il figurait en demie à Melbourne pour toucher le meilleur classement de sa carrière (6e). Il incarnait non seulement le présent du tennis italien, mais aussi son avenir. À 25 ans, il ne semblait pas être au sommet de son ascension. Le pire l'attendait pourtant : une dégringolade presque constante, largement indépendante de sa volonté. La main, la cheville, les abdos, et d'autres, il a connu blessure sur blessure, s'éloignant du gratin sans avoir son mot à dire. Malgré quelques éclaircies, comme ces trois titres sur terre battue en 2024 et d'un bref retour dans le Top 30, il a toujours connu la rechute.
Le monde a continué de tourner, le tennis aussi, celui venu d'Italie particulièrement. L'explosion de Jannik Sinner, mais aussi l'émergence d'une sacrée génération de lieutenants derrière le roi du Trentin, de Lorenzo Musetti à Luciano Darderi en passant par Flavio Cobolli, a laissé dans l'ombre le souvenir du beau Matteo. Le temps a fini par oublier un peu Berrettini qui, à 30 ans, cherche encore à se réinventer un avenir.
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La santé mentale est devenue primordiale pour moi
Jannik Sinner, lui, ne l'a pas oublié. Après son premier titre en Grand Chelem, début 2024, à l'Open d'Australie, le futur numéro un mondial avait eu un mot pour lui :  "J'espère que Matteo reviendra bientôt. Nous avons besoin de Matteo sur le circuit. Il m’a toujours aidé dans le passé et s’il a besoin de quelque chose, je serai là pour lui." Aujourd'hui, son plaisir et ses ambitions ne se nichent plus forcément au même endroit que du temps de sa jeunesse. "La santé mentale est devenue primordiale pour moi, rappelait-il en début d'année. Bien sûr, je fais attention à mon alimentation, à mon entraînement, à mon sommeil, etc., mais le bien-être mental est devenu crucial, à cause des blessures et de leurs conséquences."
Son classement a fait le yoyo ces dernières années, il sera sans doute contraint de passer par les qualifications à Wimbledon (le cut a lieu six semaines avant et il ne pense pas bénéficier d'une invitation des organisateurs, NDLR), mais peu lui importe, dans une certaine mesure. "Maintenant que j'ai 30 ans, je réalise que le classement ne fait pas tout", expliquait-il le mois dernier dans Punto do Break, depuis Valence, où il disputait un challenger. "Bien sûr, si vous me demandez si j'ai envie de revenir dans le Top 10, évidemment que j'aimerais bien ça, a-t-il appuyé lundi à Roland-Garros. Mais l'an dernier, j'étais tête de série à Wimbledon, et je n'étais pas en mesure de jouer comme je le voulais à cause de mon physique. Pour moi, le plus important, c'est comment je me sens, pas ce pour quoi je me bats."
Et ça tombe bien, il se sent plutôt pas mal, ces temps-ci. Une victoire, chez lui. Vainqueur de Marton Fucsovics pour son grand retour parisien (6-7, 7-5, 6-1, 6-2), il a signé sa première victoire en Grand Chelem depuis… un an et demi. Une denrée devenue bien rare. Face à Arthur Rinderknech, mercredi, il tentera d'enchainer deux succès dans un Majeur pour la première fois depuis Wimbledon en 2023. Il continue de croire en lui. "Je sais que je suis toujours capable de battre de très bons joueurs", insistait-il en avril.
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Je me regarde dans le miroir et je suis tellement fier de ma carrière
Pourquoi pas ici, à Roland-Garros ? Même les conditions particulières de cette édition 2026, avec cette chaleur quasi-caniculaire, ne l'effraient pas. Au contraire. "Il fait un peu chaud à Paris en cette saison, a-t-il fait mine de s'étonner lundi en plaisantant. Mais j'aime ces conditions. La balle vole, elle rebondit. Vraiment, je me sens bien et je suis tellement heureux d'être à nouveau ici cinq ans après." Alors, il profite. De tout. "Même quand je joue sur un petit court, je suis heureux. Ça me rappelle ma première participation ici, en 2018. Ce sont des bons souvenirs."
Le tennis, comme la nature, a horreur du vide. D'autres ont pris les honneurs sportifs et la lumière médiatique, mais Matteo Berrettini ne nourrit aucune aigreur. Il se dit même "très fier" d'avoir surmonté ce par quoi il a dû passer. "Bien sûr, décrypte-t-il, quand les blessures surviennent, on est toujours négatif, on se dit 'j'aurais pu faire ceci, j'aurais pu faire cela'. Mais en même temps, je me regarde dans le miroir et je suis tellement fier de ma carrière et de ce que j'ai accompli. Les blessures sont une partie de moi depuis mon enfance. Je me blesse depuis l'âge de 12 ans, en gros. Ceux qui me connaissent le savent bien."
Il fait avec. Ses armes et sa grande faiblesse. "J'ai un gros service, un gros coup droit, mais j'ai aussi ce problème (sa fragilité, NDLR). Mais j'ai aussi un mental d'acier, et je travaille toujours dur pour revenir." Non seulement il a accepté sa nature physique ambivalente, entre l'acier et la porcelaine, mais il a aussi fini par se demander s'il n'aimait pas le fait que rien ne soit simple dans sa trajectoire. "Vous savez, j'aime l'adversité, glisse l'Italien. J'aime me mettre dans des situations où la plupart des gens auraient un peu de mal. Je suis un peu fou, je crois." Mais qui sait ? C'est aux autres qu'il peut encore faire mal si, physiquement, tout va bien.

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