Roland-Garros 2026 - Quarts de finale - Félix Auger-Aliassime et le malentendu de la terre battue
Par Laurent Vergne
Mis à jour 03/06/2026 à 14:29 GMT+2
Félix Auger-Aliassime affrontera Flavio Cobolli ce mercredi pour une place en demi-finale de Roland-Garros. Le Canadien est un des rares cadors du circuit à tenir son rang à Paris cette année. L'occasion de tordre enfin le cou à une idée reçue bien tenace : la terre battue ne serait pas son truc et il n'aimerait pas ça. Ce qu'il dément. Sur le court et en dehors.
Félix Auger-Aliassime
Crédit: Getty Images
Félix Auger-Aliassime est un garçon bien sous tous rapports. Toujours poli, agréable et intéressant, en prime. Une crème, comme l'on dit. Il n'est pas du genre à s'énerver, à peine à s'agacer. Lundi après-midi, après sa victoire en trois sets contre Alejandro Tabilo, la plus convaincante depuis le début du tournoi, le Canadien a été au summum de son exaspération. Ce qui, chez lui, se manifeste par un subtil hochement de tête, lequel ne s'accompagne même pas d'un haussement du ton de sa voix. Il est comme ça, Félix.
La cause de ce courroux qui n'en est pas un ? Une vieille rengaine. La terre battue ne serait pas son truc. Sa surface faible. Sa petite détestation. Il ne conteste pas tant le premier élément que le second. C'est vrai, c'est sur dur extérieur et en indoor (surtout) qu'il a obtenu jusqu'ici ses meilleurs résultats. Quant au gazon, il y a décroché deux titres et c'est à Wimbledon, avant même son 21e anniversaire, qu'il avait atteint son premier quart de finale en Grand Chelem. L'US Open et l'Open d'Australie avaient suivi et il a donc fallu attendre le printemps 2026 et ce lundi pour qu'il en fasse de même à Roland-Garros.
Je vais vous raconter une histoire…
Peut-être est-ce parce qu'il est allé très vite sur d'autres surfaces que certains ont jugé qu'il était un peu longuet à la détente sur la brique pilée. Mais de là à en déduire qu'il "n'aime pas la terre battue", il y a un pas qu'il ne comprend pas, quand bien même il a été franchi ici ou là. Alors, quand la question lui a été à nouveau servie lundi, oui, Félix a failli s'agacer. À l'échelle de Félix Auger-Aliassime, bien sûr. Modérément, donc. Mais tout de même.
"J'ai déjà beaucoup répondu à ces questions au cours de ma carrière, a-t-il déploré. Alors, si je gagne ce tournoi, peut-être que ce sera enfin clair pour tout le monde : je n'ai pas de problème avec la terre battue." Peut-être faudra-t-il ça, oui. Un titre à Roland-Garros. Ou au moins une finale, qui serait la première de sa carrière en Grand Chelem. Un seuil qu'il n'a encore jamais atteint ailleurs, ni sur dur, ni sur herbe, ni nulle part.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/06/02/image-3a2d3899-640e-4eac-8613-2cc15115529b-85-2560-1440.jpeg)
"Zverev est obligé de gagner le tournoi"
Video credit: Eurosport
"Je vais vous raconter une histoire, a ensuite insisté le Montréalais, comme pour bien appuyer sa démonstration. Quand j'avais 18 ans, mes entraîneurs pensaient qu'il serait bien que j'aille faire la tournée sud-américaine sur terre battue au mois de février, parce que j'étais… meilleur sur terre battue. Donc, je suis allé à Buenos Aires, Sao Paulo, Rio de Janeiro… Et l'été, j'avais zappé la saison sur gazon pour jouer davantage sur terre." C'était en 2019 et c'est là, à Rio, qu'Auger-Aliassime avait marqué une première fois les esprits en atteignant la finale de l'ATP 500 carioca, en battant notamment Fabio Fognini, alors 16e mondial.
"J'aime bien jouer sur terre battue, nous avait-il déjà confié le mois dernier quand nous l'avons rencontré à Nîmes, juste avant le lancement de sa campagne sur terre. J'aime le jeu sur terre en lui-même qui, demande un peu plus de patience, mais aussi de l'explosivité. Et une grosse condition physique. Or, je pense que j'ai des qualités physiques pour bien jouer sur terre battue. J'ai ce qu'il faut et il faut juste qu'après, tactiquement, je sois juste et assez lucide pour faire les ajustements nécessaires pour gagner les points même s'il faut faire 2, 3, 4 frappes supplémentaires."
Les couacs de Roland
Avant tout le reste, c'est donc d'abord sur terre que le jeune Félix a fait parler de lui. Dès lors, comment et pourquoi en est-on arrivé à lui coller cette étiquette injustifiée du type qui traîne des pieds pour venir sur terre ? Parce que ses résultats initiaux n'ont pas toujours été confirmés, c'est vrai. Surtout à Roland-Garros où, en dehors de deux apparitions en huitièmes de finale, en 2022 et 2024, il a surtout multiplié les couacs, à l'image de ces quatre éliminations au premier tour, dont une pas plus tard que l'année dernière, contre Matteo Arnaldi.
"Au fil des années, il est devenu plus naturel pour moi d'exprimer mes qualités sur dur et en indoor dans les grands tournois, reconnait celui qui, lundi prochain, deviendra numéro 4 mondial. Puis j'étais souvent plus performant en début ou en fin de saison." Pas des timings de terrien.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/06/01/image-4c675d91-8a6a-4fe7-929f-d0c0c2df6fad.jpeg)
Félix Auger-Aliassime.
Crédit: Getty Images
Autre cause du malentendu ? Son association avec Toni Nadal, en 2022. Pour beaucoup, un choix opéré justement dans l'optique de progresser spécifiquement sur terre. Là encore, Auger-Aliassime dément : "Je n'avais pas engagé Toni comme coach pour être meilleur sur terre, mais pour apprendre auprès de quelqu'un qui avait été entraîneur au plus haut niveau du tennis mondial. C'était la clé de cette décision. Pas de devenir meilleur seulement sur terre battue."
Toni Nadal est parti. Rapidement. Félix Auger-Aliassime a connu une courbe sinusoïdale, faite de hauts et de bas. Sur terre battue comme ailleurs. Mais depuis un an, il va beaucoup mieux. Son classement en témoigne. Ses résultats aussi. Et le meilleur reste peut-être à venir. Y compris sur terre battue. Dès cette semaine à Paris ?
Sur le même sujet
Plus de détails
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/2231.png)
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/2210.png)
6
4
4
4
4
6
6
6
Commenté
Publicité
Publicité