Rolex Paris Masters - Echecs, puissance, Barcelone, Safin : Khachanov a une tête de successeur
Publié 03/11/2018 à 00:47 GMT+1
ROLEX PARIS-MASTERS - Finaliste surprise après ses succès face à Alexander Zverev en quarts et Dominic Thiem en demi-finale, Karen Khachanov achève à Paris la plus belle saison de sa jeune carrière. Aux portes du Top 10 à l'ATP, le Russe se fait un nom dans une ville spéciale pour lui.
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Marat Safin tient peut-être son successeur à Bercy. Triple vainqueur du tournoi et longtemps co-recordman au palmarès du tournoi avec Boris Becker, avant que Novak Djokovic ne le détrône en 2015, le bouillant Moscovite peut enfin compter sur un compatriote aussi à l'aise que lui sur les courts de Bercy. Ce compatriote il s'appelle Karen Khachanov. Vainqueur d'Alexander Zverev en quarts de finale vendredi, un succès net et sans bavure en deux manches (6-1, 6-2), puis tombeur avec la manière de Dominic Thiem en demie (6-4, 6-1) samedi, le joueur de 22 ans a peut-être gagné son billet vers la célébrité devant le public parisien.
En faisant chuter Thiem, le Russe a validé avec la manière son billet pour sa première finale en Masters 1000 où il rencontrera Novak Djokovic ou Roger Federer. Rencontrer un membre du "Big Four", Khachanov connaît la chanson. Cela avait été le cas au mois d'août lorsqu'il avait disputé sa première demi-finale en M1000 au Canada face à Rafael Nadal, futur vainqueur du tournoi. Cette année pour le sortir en Grand Chelem, il fallait avoir un gros C.V : Juan Martin del Potro (Open d'Australie), Alexander Zverev (Roland-Garros), Novak Djokovic (Wimbledon) et Rafael Nadal (US Open) se sont chargés de cette difficile tâche. Son 3e tour face à Nadal restera d'ailleurs comme un des gros moments de la saison en Grand Chelem. Un combat de Titans finalement remporté en quatre manches par le Majorquin (5-7, 7-5, 7-6(7), 7-6(3) ).
Pas toujours très loquace et peu enclin aux confidences, Khachanov n'a pas révolutionné l'histoire de la conférence de presse après son succès face à son ami Zverev, qu'il avait déjà rencontré à Roland-Garros plus tôt dans la saison. "Je profite pleinement de jouer un très bon tennis en ce moment", a-t-il reconnu après son premier succès contre un membre du Top 5. "Cela dure depuis plusieurs mois. Je joue avec confiance en ce moment. Je ne pensais gagner sur un tel score mais j'ai été solide du début à la fin et j'ai appliqué le plan établi avec mon coach. Peut-être que de survivre au match d'hier (contre John Isner, contre qui il a sauvé deux balles de match, ndlr) m'a donné un surplus de confiance."
Une formation à l'espagnole comme Safin
Cette finale parisienne vient surtout confirmer quelque chose que l'on pressentait : son ascension ne fait que commencer. Et elle va l'amener vers une certaine hauteur car le Russe a mis tous les ingrédients pour réussir. Il sera au pire des cas 13e au classement ATP lundi prochain, au mieux 11e en cas de succès final. Classé 18e lundi, son meilleur classement à ce jour, il avait débuté l'exercice 2018 à la 45e place après avoir vécu une seconde partie de saison 2017 très irrégulière où la cassure avait eu lieu après Cincinnati. Quelques semaines plus tôt, il avait disputé sa première deuxième semaine en Grand Chelem à Roland-Garros. Petit clin d'oeil en 2018, il a vécu la même bascule mais avec une trajectoire totalement opposée : un huitième Porte d'Auteuil, son Grand Chelem favori, puis une bascule lors de la tournée nord-américaine. Cette demie canadienne l'a placé sur des rails. Cette saison, son palmarès s'est alourdi de deux titres, à Marseille au mois de février, puis chez lui à Moscou au mois d'octobre. Des signes qui ne trompent pas sur sa motivation à aller encore plus haut.
Travailleur acharné, Khachanov a trouvé le parfait équilibre pour hausser son niveau de jeu de manière continue depuis son passage chez les professionnels. Son parcours ressemble, lui, à une longue montée d'escalier : c'est simple et structuré. Du circuit ITF à son passage chez les grands effectué en 2013. Comme Safin, son idole d'enfance, précurseur de l'exode des joueurs russes hors du pays, il s'est envolé à Barcelone pour se perfectionner et s'entourer pour réussir au haut niveau. C'est aux côtés de Galo Blanco, avec qui il a travaillé de 2013 à fin 2017, qu'il a franchi les premières étapes vers les sommets. "Karen a un incroyable potentiel et je pense qu'il n'a pas encore tout à fait réalisé à quel point il était élevé. Il a travaillé très dur pour réaliser de grandes performances. Et on ne parle pas seulement de disputer un quart de finale en Grand Chelem", racontait l'ancien mentor de Milos Raonic, qu'il a mené aux portes du Top 10 à l'ATP entre 2010 et 2013, au sujet de son ancien protégé lors de Roland-Garros 2017, le deuxième gros tournant dans la carrière du Russe après son premier titre ATP remporté fin 2016 à Chengdu. La France et Paris, ça lui réussit.
Khachanov, un touche-à-tout brillant
Cet animal qui se cache en Khachanov, tout Bercy a pu le voir durant la semaine. Très puissant, parfois brutal quand il déclenche ses frappes, le droitier, surnommé "The Russian Bear" (l'Ours Russe), dispose d'une panoplie technique complète pour un joueur de fond de court. Et surtout d'armes pour aller chercher les points. Revers à deux mains précis et lourd qui lui offre beaucoup de contrôle, coup droit massue - il excelle en passing croisé de ce côté - gros service, tout respire la puissance chez le Moscovite. Une puissance qu'il a dû apprendre à contrôler. "Il y a des fois où il veut aller trop vite en besogne. Mais quand il joue bien il peut faire ce qu'il veut, mais il ne peut pas réussir en brûlant les étapes", expliquait Blanco sur un plan purement technique.
En 2018, il a perfectionné son service aux côtés de son premier entraîneur, le Croate Vedran Martic, connu pour avoir accompagné Goran Ivanisevic de 1996 à 2000 (avec cinq finales disputées à Wimbledon), et Younes El Aynaoui. Martic, c'est le mentor, le guide. Khachanov est d'ailleurs parti de chez lui à 15 ans pour le suivre à Split. La transition à Barcelone s'est, elle, réalisée après. Ce premier départ c'est le petit plus de Khachanov, minutieux et ouvert au changement. Ses jeunes compatriotes - Andrey Rublev (à Barcelone) et Daniil Medvedev (en France) - ont d'ailleurs eux aussi choisi l'exode pour réussir. Avec eux, le tennis russe est en train de renaître... mais pas totalement. Car c'est en regardant ailleurs qu'ils ont réussi.
Avant d'opter pour le tennis, Khachanov, touche-à-tout plutôt brillant, s'est adonné à des activités diamétralement opposées : des études en sciences du sport, du basket à haut niveau jusqu'à l'âge de 15 ans, et une forte aptitude à jouer aux échecs, une spécialité en Russie. "Quand j'avais 11-12 ans, je suivais des cours d'échecs. Donc j'aime jouer aux échecs pendant mon temps libre, c'est l'un de mes hobbies. Je pense que cela peut aider pour gagner. Même si je n'y ai jamais vraiment pensé." Comme souvent chez les champions, c'est au sein d'une famille très sportive qu'il a grandi et s'est développé. Son père, ancien volleyeur professionnel (avant de se tourner vers des études de médecine), et sa mère, sportive accomplie, l'ont envoyé au tennis à l'âge de trois ans. Un sport qu'il a pratiqué plus que les autres et qui a gagné son coeur. On comprend aujourd'hui pourquoi.
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