"J'ai pleuré plein de fois mais maintenant, ça va." Roger Federer est content d'avoir passé le cap de l'annonce de sa retraite. Le plus dur est fait. Dans un entretien accordé à Londres à Barbara Schett pour Eurosport en amont de la Laver Cup, le champion suisse avoue avoir eu du mal à se lancer et à choisir ses mots. "J'ai passé deux semaines dessus et j'ai réécrit la lettre 25 fois, admet-il. Puis une fois que tu as fixé une deadline, tu vas au bout et il n'y a plus qu'à appuyer sur 'envoyer'."
Ce texte, il l'a montré à plusieurs personnes, à commencer par Mirka, son épouse. Et si cet adieu a été pénible, il a presque pris un certain plaisir à rédiger son message. "Pour moi, c'était émouvant, explique le Bâlois, mais ça m'a fait du bien de passer par là parce que ça m'a permis de revenir sur ma carrière et de penser à ce que je voulais dire, ce qui m'a préparé pour toutes les interviews. Je pensais que ce serait très, très difficile pour moi d'en parler, ou trop fort émotionnellement, mais depuis que j'ai annoncé ma décision, je suis plus détendu."
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C'est cet été que Federer a compris, et sans doute admis, qu'il ne pourrait plus jamais évoluer au plus haut niveau. "J'espère vous voir l'année prochaine", a-t-il lancé sur le Centre Court de Wimbledon lors de la cérémonie réunissant les figures marquantes du tournoi. "J'y ai vraiment cru, assure RF. Mais dans les jours et les semaines qui ont suivi, j'ai vraiment senti que mon genou ne faisait plus ce que je voulais faire. Et c'est là que j'ai réalisé que j'étais à la croisée des chemins, ce moment où vous devez prendre une décision : est-ce que je risque tout ou est-ce que je suis juste vraiment heureux et je peux me retirer ? J'ai décidé que c'était la fin. C'était un moment très émouvant, très triste aussi pour moi." Mais il est convaincu que c'était la bonne chose à faire.

La question qui fâche : La retraite de Federer met-elle fin à l'âge d'or du tennis ?

Wimbledon 2008, le crève-cœur

Ce qui le touche le plus depuis une semaine ? Plus que les hommages rendus au champion, ce sont les mots pour décrire l'homme. Comme son ancien souffre-douleur Andy Roddick, témoignant de qui était Roger Federer en dehors du court. "Il y avait toujours un 'bonjour' ou un 'merci' dans les vestiaires, a raconté l'Américain. Ce que je préfère de Roger Federer ? Tout ce qui ne se voyait pas à la télé".
"Les messages que j'ai reçus parlaient beaucoup de qui je suis, qui j'étais, ce que je représente pour le jeu, poursuit l'ancien numéro un mondial. Et j'apprécie ça parce que je suis très terre à terre, je pense. J'ai toujours essayé d'être le plus normal possible, le plus authentique. Et j'essaierai de rester le même aussi longtemps que possible."
Mais c'est évidemment le joueur qui manquera au tennis et au grand public. 20 titres du Grand Chelem, 103 tournois gagnés, des matches de légende à tour de bras... Invité par Barbara Schett à choisir son meilleur souvenir, il peine évidemment à choisir, mais finit par trancher : "Pour moi, la victoire la plus spéciale, c'est la finale de l'US Open contre Lleyton Hewitt (US Open 2004, NDLR). Je gagne 6-0 7-6 6-0. Ce n'est pas supposé se passer comme ça en finale de Grand Chelem. Ce match était parfait. J'étais au sommet du monde. Je pense que c'était mon troisième Majeur (4e, en réalité). J'étais N°1 mondial et je montrais au monde entier que je le méritais. Puis c'était contre un gars que je respecte tellement… J'aimerais presque rejouer ce match..."
Pour son moment le plus douloureux, Federer n'hésite en revanche pas une seconde. "Wimbledon 2008, dit-il. C'était dur de finir comme ça, dans le noir. Il y avait tellement de choses en jeu pour Rafa et moi. Il fallait un vainqueur, et ça a tourné dans son sens. Et c'était un crève-cœur."

La mythique finale 2008 de Wimbledon.

Crédit: Getty Images

J'adorerais jouer avec Rafa, on va voir
Mais c'est aussi au cours de cette saison 2008, délicate pour lui dès le mois de janvier avec sa mononucléose en Australie, qu'il a commencé à apprécier davantage ses propres accomplissements. Après des années de domination totale, l'émergence de Nadal, bientôt suivie de celle de Djokovic, lui a offert une autre perspective.
"C'est le moment où je me suis dit que je devais commencer à savourer et à célébrer davantage les victoires, confirme-t-il. Que ce soit des grands ou des moins grands titres, vous ne savez jamais si ce sera votre dernier ou non. Prendre au moins une fraction de seconde ou cinq minutes de plus ici, une heure de plus ici, une journée de plus ici, une semaine de plus ici pour profiter. Et juste en faisant cela, tu peux commencer à apprécier beaucoup plus le processus. J'ai passé des moments merveilleux grâce à ça au cours des 10-15 dernières années de ma carrière."
Il lui reste un week-end en tant que joueur, même si rien n'est encore garanti. Lors de "sa" Laver Cup, Roger Federer ne s'alignera pas en simple. En double, peut-être, vendredi soir. Avec Nadal ? "Bien sûr, j'adorerais jouer avec Rafa, avoue le maestro suisse. Ce serait un beau moment. Deux grands rivaux, réunis au bout du chemin, une dernière fois et du même côté du filet, ce serait vraiment très spécial. Mais je dois en parler avec Rafa et avec Björn (Borg, le capitaine de l'équipe européenne)". Mais s'il le veut, personne ne se mettra en travers de ce double-là. Reste à savoir s'il le peut.
"Oui, je suis nerveux, ajoute-t-il. Les gens ne me croient pas mais je n'ai pas joué depuis une éternité. J'espère que mon niveau de jeu sera acceptable. Le public espère peut-être me voir jouer à mon top niveau mais ça n'arrivera pas. Donc si c'est potable, ce serait déjà bien. Mais je ne peux pas jouer du tout en simple. Pour mon corps, ce serait trop. Mais j'adorerais jouer avec Rafa. On va voir."
De la foule, de ses anciens rivaux, même les plus féroces, il peut en tout cas s'attendre à recevoir du respect et de l'affection. Il y aura des moments forts durant ces quelques journées. "Je suis impatient aussi, conclut 'Rodgeur'. Ça va être tellement spécial d'avoir Rafa, Novak, Andy, Björn et tous les autres. J'ai hâte d'y être." Nous aussi.

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