Tennis - Qu'est-ce que Benoît Paire faisait encore sur le circuit ? "Il est curieux"
Par Tanguy Mantovani
Mis à jour 03/07/2025 à 17:42 GMT+2
A 36 ans, l'ancien numéro 18 mondial Benoît Paire a annoncé faire une pause dans sa carrière ce mercredi, le temps que les sensations reviennent, après un début d'année compliqué et ponctué de pépins physiques. Que cherchait-t-il encore sur le circuit, alors qu'il enchaînait les éliminations précoces en Challenger ? Les directeurs de tournois qui l'ont vu passer cette saison racontent.
Benoît Paire lors du Challenger de Francavilla al Mare, le 9 mai 2025
Crédit: Getty Images
Les derniers mois ont eu l'air d'une boucle temporelle implacable pour Benoît Paire, et il a dû se demander bien des fois quand échapperait-t-il enfin à cette version tennis d'Un jour sans fin. Dans la comédie réalisée par Harold Ramis, Bill Murray se réveille sans cesse pour revivre une journée identique à la veille. L'ancien numéro 18 mondial, lui, a vécu trop souvent la même scène sur les tournois qu'il a disputés depuis le début de l'année : une invitation accordée plus ou moins tardivement, des courts champêtres remplis à ras-bord de curieux, et des matches loin du niveau qui était le sien, conclus par des éliminations contre des espoirs et des inconnus.
Ce mercredi, il a donc décidé de dire stop – provisoirement, au moins – et a annoncé se retirer du circuit pour "un bon moment". "J'ai subi douze infiltrations en un an et demi et je sens que si je force, ça va vraiment casser, a-t-il écrit en story instagram. Alors, je reviendrai si je me sens capable d'enchaîner des points, des matches et des tournois." Sept matches pour treize défaites, aucune rencontre disputée sur le circuit principal : sur ce premier semestre 2025, Benoît Paire avait effectivement des difficultés à retrouver ses marques et les résultats qui vont avec. Pour les raisons qu'il a évoquées ci-dessus, en grande partie.
Ces blessures, Yann Maître, l'organisateur du tournoi de Royan auquel il a participé mi-juin, s'en souvient très bien : "On est une semaine après Roland-Garros (où Benoît Paire était consultant pour France TV, NDLR), et il sort de blessure. Il a une incertitude à participer, il me le dit clairement en arrivant. Il fait beaucoup de kiné, il s'entraîne deux heures par jour pour vérifier que le poignet n'est pas trop douloureux. Au premier tour, il fait une partie très correcte face à un jeune joueur qui marche très bien, mais il lui manque clairement des matches dans les jambes." Il s'était alors incliné en deux sets face au Belge Buvaysar Gadamauri (7-5, 7-6) dans une rencontre où il avait été encore une fois gêné par son corps.
Il aime toujours jouer au tennis
Et pourtant, il continuait d'essayer presque inlassablement. Malgré le classement qui a été le sien et les hauteurs qu'il a tutoyées. Malgré les pertes financières qu'entraînait chaque défaite précoce lors de tournois peu rémunérateurs pour les joueurs éliminés durant les premiers tours. Arzel Mevellec, organisateur des Challenger de Quimper et d'Abidjan auxquels a participé Benoît Paire, se souvient : "Il perd de l'argent quand il vient en Côte d'Ivoire par exemple. Je ne lui ai pas offert son billet d'avion. Mais il aime toujours jouer au tennis. On ne s'en rend pas bien compte parce qu'il râle, il peut abandonner, il peut disparaître parfois, mais c'est un mec qui aime vraiment profondément son sport."
La passion, et une certaine envie de découvrir ce que le circuit, et la vie de globe-trotter qui va avec, ont à lui offrir. "A côté de ça, il est curieux, raconte Arzel Mevellec. Quand il vient à Abidjan, son obsession c'était d'obtenir un green-fee pour aller jouer sur le parcours de golf parce qu'il avait entendu qu'il y avait des crocos dans les plans d'eau. Ça c'est du Benoît Paire." C'est ainsi à l'étranger qu'il a réalisé ses plus beaux parcours cette saison : sur le dur de Nonthaburi, en Thaïlande, puis sur la terre battue de Francavilla al Mare, en Italie, avec deux quarts de finale.
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Les tribunes pleines du Challenger de Francavilla del Mare pour voir jouer Benoît Paire, le 9 mai 2025
Crédit: Getty Images
En France, les résultats ont été bien plus décevants mais il a continué d'obtenir des invitations pour les tableaux principaux de compétitions pour lesquelles ils n'auraient pas pu prétendre avec son classement actuel, au-delà de la 500e place à l'ATP. "C'est une très jolie carte de visite pour nous en tant qu'organisateur de tournoi, et c'est aussi la garantie d'un stade plein, explique Yann Maître, l'organisateur du Royan Atlantique Open. Il a fait déplacer 1500 personnes un mardi soir. Le lendemain, il y avait moins de monde pour voir la tête de série n°1 Calvin Hemery." En Charente-Maritime, et presque partout ailleurs, il avait fait le spectacle et joué avec le public. "Les gens ne sont pas venus voir quelqu'un de fantasque en attendant la réflexion qui allait amuser la galerie, ils sont venus voir du tennis", assure Yann Maître.
Mais voilà, les sensations ne revenaient pas et après une défaite sèche aux Internationaux de Troyes ce mercredi (6-2, 6-2 au 1er tour contre Mattéo Martineau), il a préféré prendre un peu de temps. "Il sent qu'il est toujours capable de retrouver un certain niveau, estime notre consultant Arnaud Clément, organisateur du Challenger d'Aix-en-Provence où Benoît Paire est passé. Il essaye, il continue, mais s'il n'arrive pas à retrouver un peu plus de régularité sur le court, il arrêtera. Il est déjà un peu en transition quelque part." Que ce soit à la télévision, ou ailleurs : "Il est consultant, il a lancé sa marque de bière. Il va utiliser sa notoriété pour développer d'autres activités pro. Mais ça reste un mec qui aime le tennis", conclut Arzel Mevellec, qui semble avoir cerné le personnage. Contacté, l'entourage de Benoît Paire a refusé qu'il réponde à nos questions.
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