Tournoi ATP 500 de Barcelone – D'où vient l'OVNI Rafael Jodar, adversaire d'Arthur Fils en demi-finale ?

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Adversaire d'Arthur Fils ce samedi en demi-finale à Barcelone, dans la foulée de son premier titre remporté à Marrakech, Rafael Jodar (19 ans) réussit des débuts fracassants sur le circuit professionnel. L'Espagnol deviendra lundi, quoi qu'il arrive, le second "2006" à atteindre le top 50 après João Fonseca. Et ce, en toute sobriété. Mais d'où sort cet OVNI ?

Jodar, le nouveau "Rafa"

Video credit: Eurosport

Personne ne connaît mieux un joueur espagnol qu'un autre joueur espagnol. En septembre dernier, alors que nous étions partis au Challenger d'Orléans nous enquérir des futurs cracks du tennis mondial, nous nous étions naturellement tournés vers l'un des plus régulièrement cités ces dernières années pour tenir ce rôle, un certain Martin Landaluce. Le récent quart de finaliste du Masters 1000 de Miami avait orienté notre regard vers son compatriote et ami d'enfance Rafael Jodar, vainqueur comme lui de l'US Open juniors (mais deux ans après lui, en 2024), que nous n'avions pas forcément mis tout en haut de notre check-list. "Surveillez-le de près", nous avait-il glissé. Bien vu, Martin.
À l'époque, c'est-à-dire il y a moins de sept mois, le jeune Madrilène venait de fêter ses 19 ans et n'émargeait même pas dans le top 300 mondial, relégué assez loin dans la hiérarchie mondiale des teenagers derrière Landaluce, donc, ainsi que l'Américain Learner Tien, le Japonais Rei Sakamoto, l'Allemand Justin Engel, le Norvégien Nicolai Budkov Kjaer ou encore l'Italien Federico Cina. Sans parler évidemment du Brésilien João Fonseca, hors concours. Bref, un Jodar encore un peu sous les radars. Et pour cause : encore universitaire aux Etats-Unis, il n'était toujours pas un joueur professionnel à plein temps.
Sept mois plus tard, donc, "Rafa", comme il aime lui-même à se présenter dans un clin d'œil évident à qui-vous-savez, a pris tout le monde de vitesse. Il a terminé la saison 2025 avec trois titres en Challenger et, après avoir (comme un symbole) battu Landaluce et Tien lors des Next Gen ATP Finals, il a finalement décidé de se lancer sur le circuit en 2026. Bien lui en a pris : au sortir d'un premier trimestre sur dur très prometteur, l'Espagnol a "explosé" sur terre battue en décrochant son premier titre à Marrakech, puis en enchaînant cette semaine à Barcelone, où il sera le cinquième joueur espagnol de 19 ans et moins à disputer les demi-finales après - excusez du peu - Alex Corretja, Carlos Moya, Rafael Nadal et Carlos Alcaraz.

Adoublé par Alcaraz

Ce dernier, avant de quitter la scène pour une blessure au poignet qui l'a également contraint à renoncer au Masters 1000 de Madrid, a pris soin d'adouber celui qui semble de plus en plus s'imposer, sinon comme son successeur, au moins comme un solide lieutenant : "Rafa est un grand joueur, ça ne fait aucun doute, a estimé le numéro 2. J'avais déjà pu me rendre compte de son potentiel en le côtoyant en Coupe Davis, où il avait fait office de sparring-partner, et en disputant un set d'entraînement contre lui cette année en Australie. Ce qu'il a accompli depuis est impressionnant. Je suis très content pour lui, car c'est un garçon exceptionnel sur le court comme en dehors, très calme et avec de belles valeurs."
Sa qualité de balle est celle d'un top joueur et il sera très vite dans les 20 ou 25 premiers, c'est une certitude.
Évidemment, on ne s'attendait pas à voir Alcaraz lui casser du sucre sur le dos. Mais il aurait pu aussi ne rien dire du tout, ou avec moins d'emphase. En l'occurrence, ce qu'il raconte colle avec toutes les observations recueillies sur le nouveau "Fenoméno". Dans un style moins tape-à-l'œil que Carlitos, plus sobre aussi dans la manière de jouer, Rafael Jodar dégage ce même mélange de puissance et de sérénité qui lui permet de gravir les échelons avec une étonnante facilité, quelle que soit la surface.
"Sa qualité de balle est celle d'un top joueur et il sera très vite dans les 20 ou 25 premiers, c'est une certitude, estime notre consultant Alex Corretja, présent en Catalogne. Son revers est une merveille. Il a beaucoup progressé en coup droit, qu'il utilise très bien pour changer les directions. Sa grande taille lui permet de bien servir, même si je trouve son lancer de balle encore un peu trop à gauche. Mais au-delà de son jeu, le plus incroyable chez lui, c'est sa mentalité. Il est humble, travailleur, très bien éduqué et a parfaitement la tête sur les épaules. Regardez ses déclarations : il est toujours très mesuré."    
Effectivement. "Que je gagne ou que je perde, je ne changerai pas, j'essaierai de garder la même humilité, déclarait-il dimanche dernier à Marrakech. On m'a inculqué de belles valeurs depuis que je suis tout petit et je m'appuie beaucoup sur ma famille pour m'aider à gérer ma carrière. Je n'ai pas de préparateur mental. Mon équipe, c'est mon père (qui est aussi son entraîneur, NDLR). Pour ma première saison, je prends les choses comme elles viennent et je ne me fixe pas d'objectif particulier, sinon celui de m'améliorer à chaque tournoi."
Rafael Jodar possède cet art très espagnol de rendre simple un sport si compliqué, en plaçant le culte de l'effort bien au-dessus de l'ego et de la prise de tête gestuelle. Cela donne, peut-être, des conférences de presse moins flamboyantes. Mais c'est aussi ce qui fait la force d'un tennis ibérique décidément béni. Tennistiquement, pourtant, le Madrilène s'éloigne de l'archétype - il est vrai désormais révolu - du limeur terrien. Grand (1,91 m), délié, costaud, il frappe très fort des deux côtés, sans point faible technique. Et s'il s'est révélé sur terre, on pressent, à l'image de Carlos Alcaraz, que son territoire de chasse pourra s'étendre à toutes les surfaces.

Un exil profitable aux Etats-Unis

Ce qui, du reste, n'a rien d'un hasard. "Rafa", comme Martin Landaluce, a été formé au Chamartin Tenis Club de Madrid, un club qui comprend de nombreux courts en dur sur lesquels il passait de longues heures, petit, avec son père. Après son titre à l'US Open juniors en 2024, il a décidé de s'exiler aux Etats-Unis, aux Virginia Cavaliers, où il a pu peaufiner sa culture du dur. Et où il avait également réussi des débuts vertigineux, s'imposant dès sa première saison comme le deuxième meilleur joueur universitaire (et meilleur "rookie"), derrière l'Américain Michael Zheng.
Ces bons résultats lui ont permis, comme Ben Shelton ou Learner Tien avant lui, d'être éligible à l'ATP Next Gen Accelerator, un programme qui permet aux meilleurs joueurs NCAA d'obtenir des entrées directes dans certains Challengers. Il en a parfaitement profité : trois titres et près de 800 places gagnées en seulement quelques mois, en 2025, pour une fin de saison non loin du top 100. Et on n'avait encore rien vu. Ce qui est d'ailleurs sûrement toujours le cas.
Parmi ceux qui ne sont pas vraiment surpris de le voir à ce niveau, on trouve son ancien capitaine universitaire, Andres Pedroso. "La première fois que j'ai vu Rafael, j'ai trouvé que c'était un bon joueur, bien sûr, mais ce qui m'a le plus impressionné, c'est sa maturité et son professionnalisme, a confié récemment à l'ATP cet ancien joueur américain. C'était un énorme compétiteur et un "winner". Il avait déjà cette remarquable faculté à s'adapter à des niveaux de jeu de plus en plus élevés, et à tirer les leçons de chaque match."
Pedroso n'a rien à voir avec le célèbre sauteur en longueur cubain du même nom, mais il se souvient néanmoins d'un énorme bond dans la progression de son ancien poulain. C'était après les Next Gen ATP Finals de 2024, à Jeddah, où Jodar avait servi de sparring-partner à Arthur Fils (tiens, tiens…), Jakub Mensik, João Fonseca et Learner Tien.
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Fils : "Dans la diagonale de revers, je peux être solide pendant dix heures"

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"Quand il est revenu, j'ai trouvé qu'il frappait la balle extrêmement fort, a également raconté cet ancien 271e mondial (en 2003). Je me souviens en avoir parlé à son père : il m'avait dit qu'ils avaient été frappés, là-bas, de voir à quel point tous ces jeunes joueurs étaient puissants, prenaient la balle tôt et pratiquaient un tennis offensif. Ils ont réalisé qu'il fallait évoluer dans ce sens et ont immédiatement commencé à le mettre en application."
Moins d'un an et demi plus tard, Rafael Jodar va donc retrouver Arthur Fils pour une première confrontation qui fleure bon l'avenir du tennis mondial. On connaît les immenses espoirs suscités par Fils en France, dans un pays qui attend désespérément son prochain vainqueur en Grand Chelem. En Espagne, où l'on a été (un peu) plus gâté sur ce point ces dernières années, le contexte est évidemment différent. Mais à Barcelone, on commence malgré tout à sentir un frémissement.
Ces deux semaines sont très importantes pour lui, surtout après le forfait d'Alcaraz : désormais, c'est lui qui se retrouve au centre de l'attention.
"Disons qu'il y a une excitation mesurée, jauge Alex Corretja. Il commence à y avoir pas mal d'attentes, les gens sont contents de voir arriver un nouveau joueur mais ce n'est pas encore la folie. Après, tout pourrait changer rapidement. Ici, à Barcelone, Jodar joue son premier gros tournoi en Espagne et il va enchaîner avec Madrid (où il a une wild-card, NDLR). S'il fait de gros résultats, il va sans doute avoir droit à ses premières Unes de journaux. Ces deux semaines sont très importantes pour lui, surtout après le forfait d'Alcaraz : désormais, c'est lui qui se retrouve au centre de l'attention."
Vu le profil du garçon, on n'est pas inquiet sur sa manière de le gérer. Répondre au défi physique d'Arthur Fils est en revanche une autre histoire. À vrai dire, on a assez hâte de voir le jeune Français passer, à son tour, au contrôle Jodar.
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