La Next Gen renversera-t-elle le duo Sinner-Alcaraz ? "A mon avis, on peut encore jouer mieux"
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 26/09/2025 à 16:00 GMT+2
Alors que Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, engagés cette semaine respectivement à Pékin et Tokyo, ont "éteint" les anciens et pris une sérieuse avance sur les joueurs de leur âge, il incombera peut-être à la Next Gen, emmenée par João Fonseca mais aussi une poignée d'autres jeunes pour l'instant moins connus, d'aller les chercher dans le futur. Maintenant, qui et surtout, comment ?
Justin Engel, promesse du tennis allemand
Crédit: Getty Images
Pensée émue, d'abord, pour tous ces joueurs partis trop tôt sans jamais avoir gagné de Grand Chelem. Par ordre générationnel d'apparition, les Haas, Davydenko, Coria, Nalbandian, Ferrer, Berdych ou Tsonga, liste non exhaustive que pourraient bien rejoindre demain les Dimitrov, Zverev ou Tsitsipas… Autant de talents éclipsés par le Big Three qui, dans son écrasante suprématie, aura phagocyté quatre sinon cinq générations de joueurs, établissant un règne d'une longévité inédite.
Il aura donc fallu attendre les enfants du XXIè siècle pour "éteindre" le trident le plus dévastateur de l'histoire du tennis, même si Novak Djokovic n'a pas encore donné ses derniers coups de fourche. Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, puisque ce sont donc eux, n'ont pas fait que reprendre le pouvoir : vainqueurs à eux deux des huit derniers Grands Chelems, ils l'ont totalement confisqué, balayant à leur tour toute forme de rivalité parmi les joueurs de leur âge ou plus vieux. Entre eux et le reste du monde, un gouffre…
Bien sûr, les choses ne sont jamais figées et les exemples ne manquent pas pour nous rappeler à quel point la menace peut toujours surgir de partout, tout le temps et parfois de là où on ne l'attend pas. Mais en attendant, une question demeure brûlante : l'hydre italo-espagnol va-t-il lui aussi conserver jalousement le trône et éconduire systématiquement tous les soupirants pendant plusieurs générations ?
Le tennis a-t-il atteint un pic ?
En filigrane à cette question, il y en a déjà une autre, presque consubstantielle à l'évolution du jeu : le tennis a-t-il atteint son pic ? C'est l'impression que l'on peut avoir en voyant le niveau proche de la perfection que sont capables de tutoyer les deux meilleurs joueurs du monde, chacun dans son registre.
Mais on disait la même chose en voyant Rod Laver réussir le Grand Chelem, Pete Sampras marcher sur Wimbledon, Roger Federer changer la face du jeu ou Björn Borg et Rafael Nadal concasser la terre battue. Et à chaque fois, l'évolution du matériel aidant aussi, on a toujours trouvé quelqu'un pour approfondir cette quête de l'absolu.
Puisque le cycle est sans fin, arrivera bien un jour où un voire plusieurs joueurs viendront eux aussi titiller puis surpasser Alcaraz et Sinner. Soit en fusionnant leurs qualités comme l'a fait en quelque sorte Novak Djokovic avec Federer et Nadal. Soit en prenant le parfait contre-pied, comme, en son temps, John McEnroe avec Björn Borg. Servir encore un peu plus fort, maîtriser encore un peu mieux le jeu vers l'avant, tenir encore un peu mieux la distance… La marge d'amélioration semble infime, certes. Mais possible, si l'on en croit le cours de l'histoire.
"Je ne pense pas que le tennis soit encore arrivé à son pic : à mon avis, on peut encore jouer mieux, estime Alexander Kjaer, père et manager de Nicolai Budkov Kjaer (19 ans), actuel n°3 mondial des joueurs nés en 2006 et après, derrière le Brésilien João Fonseca et l'Espagnol Martin Landaluce. Avec Sinner et Alcaraz, la vitesse de la balle s'est considérablement accélérée. Ils sont capables de frapper extrêmement fort, et ce dans toutes les positions du court. Je ne pense pas que l'on puisse jouer beaucoup plus vite. En revanche, les datas très complètes que nous fournit l'ATP après chaque match montre que l'on peut jouer encore plus près des lignes. Ce sera à mon avis l'évolution dans les prochaines années : jouer toujours aussi vite, mais de manière encore plus précise."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/09/24/image-b015fd44-c682-4580-ab11-9f7440a76865-85-2560-1440.jpeg)
(Presque) aussi fort qu'Alcaraz : Bublik ne fait plus rire
Video credit: Eurosport
Des profils similaires pour un même objectif
Telle est, en tout cas, la voie entreprise par João Fonseca, qui, parmi cette génération des moins de 20 ans, a pris une longueur d'avance puisque c'est le seul à figurer dans le top 50. Et quand on regarde ses plus proches poursuivants, que ce soit donc Budkov Kjaer et Landaluce mais aussi le Japonais Rei Sakamoto, l'Allemand Justin Engel ou l'Italien Federico Cina (ces deux derniers étant nés en 2007), on s'aperçoit qu'ils ont tous peu ou prou le même profil : grands, puissants, dotés d'un revers à deux mains et capables de frapper très fort au service comme en fond de court, des deux côtés. Pas très original, on vous l'accorde. Mais diablement efficace dans le tennis actuel.
Si la génération Z en place, emmenée par les Ben Shelton, Jack Draper, Lorenzo Musetti, Holger Rune, Jakub Mensik ou encore Arthur Fils, ne parvient pas à faire le "jump" pour combler son retard, ce sera donc à elle, cette "Next Next Gen", de s'y coller dans les années qui arrivent. La responsabilité est grande, tant la barre est haute. Faire sa place parmi l'élite du tennis mondial est déjà une gageure en soi. Mais dans leur ascension tennistique, et sans jamais les avoir affrontés, tous ces jeunes ont déjà obligatoirement Jannik Sinner et Carlos Alcaraz dans un coin de leur tête.
"Je regarde souvent leurs matches et notamment les matches qu'ils jouent l'un contre l'autre, en essayant de comprendre comment Carlos réussit à battre Jannik ou, à l'inverse, comment Jannik arrive à battre Carlos, confie Landaluce qui, comme Kjaer et Engel, dispute cette semaine le Co'met Orléans Open (Challenger 125). Je les observe beaucoup pour essayer d'apprendre d'eux, comprendre comment ils jouent, comment ils se comportent dans les moments difficiles… Et je me projette en réfléchissant à ce que je ferai le jour où je les affronterai", rajoute le Madrilène, qui s'entraîne à la Rafa Nadal Academy et qui avait gagné l'US Open juniors en 2022, l'année où Alcaraz, qu'il connaît bien aussi, avait décroché son premier Grand Chelem.
Sinner et Alcaraz ont en quelque sorte ouvert une voie. d'autres réussiront sans doute à s'y engouffrer.
"Pour ma part, j'essaie justement de ne pas trop regarder Sinner et Alcaraz parce que ce qu'ils ont déjà accompli, à leur âge, est exceptionnel et je ne pense pas qu'il soit judicieux de se comparer à eux, explique à l'inverse Budkov Kjaer, vainqueur de trois Challengers en 2025. Regardez Fonseca, on parle de lui depuis un moment comme de celui qui va rivaliser avec eux mais finalement, cela lui rajoute plus de pression qu'autre chose. Je vais suivre mon propre chemin. On verra bien où cela me mène." "De mon côté, je regarde surtout Sinner parce mon style se rapproche plus du sien, et c'est de cette manière que je voudrais jouer", complète Justin Engel, devenu cette année, à 17 ans, le plus jeune joueur à gagner un match sur trois surfaces différentes sur le circuit principal depuis Rafael Nadal.
Trois approches différentes pour une même vision du futur : développer un tennis puissant et agressif à l'extrême qui sera probablement le seul à pouvoir exister face à l'indéboulonnable duo de tête. "Ce sera évidemment très compliqué mais je pense qu'il sera possible, dans le futur, d'aller les chercher en jouant comme eux. On le voit dans beaucoup de sports : le plus difficile est d'être le coureur de tête, mais c'est plus facile de suivre, reprend Alexander Kjaer, qui a été cycliste professionnel aux côtés notamment de son compatriote Thor Hushovd, double Maillot Vert (et Maillot Jaune) du Tour de France. Sinner et Alcaraz ont en quelque sorte ouvert une voie en montrant qu'on pouvait jouer au tennis comme ça. Cela prendra du temps, mais d'autres réussiront sans doute à s'engouffrer dans cette voie."
Si oui, reste tout de même à savoir qui, et quand. João Fonseca est largement en avance sur les premiers temps intermédiaires mais, pour rester dans l'analogie cycliste, le contre-la-montre est loin d'être terminé. Ricardo Piatti, ancien entraîneur de Novak Djokovic et Jannik Sinner, a coutume de dire que c'est au bout de 100 matches joués sur le grand circuit qu'on peut véritablement tirer un premier bilan de la valeur d'un joueur. Même en cumulant leur expérience, l'ensemble des teenagers recensés au classement ATP à ce jour n'atteignent pas ce nombre. Jannik Sinner et Carlos Alcaraz peuvent dormir tranquilles pendant encore quelque temps. Mais pas trop quand même...
Sur le même sujet
Publicité
Publicité