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US Open 2015 - Face à Roger Federer, Novak Djokovic a même résisté au public

Djokovic ou le plus gros mental de l'histoire

Le 14/09/2015 à 13:16Mis à jour Le 14/09/2015 à 13:51

US OPEN 2015 - Novak Djokovic a encore fait preuve d'une formidable force de caractère pour venir à bout de Roger Federer et conquérir son 10e titre majeur. Le Serbe a dû composer avec la qualité de son adversaire, mais aussi avec une foule new yorkaise parfois à la limite de l'excessif dans sa démonstration d'amour envers le Suisse. Qu'importe. Djokovic résiste à tout.

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On n'avait jamais vu ça. Ou plutôt, jamais entendu ça. Dimanche, le public du court Arthur-Ashe a apporté un soutien non pas massif mais quasi-unanime à Roger Federer. Electrique, presque en délire, la foule avait des allures de Coupe Davis, plus que de finale de Grand Chelem. Jamais le public n'avait pris à ce point parti pour un joueur dans une finale majeure n'impliquant pas un "local". Face à une légende et au moins 20000 au-dessus, Djokovic a pourtant résisté. Et gagné. Nouveau témoignage de son exceptionnelle force mentale. Sa marque de fabrique.

Le Serbe est évidemment habitué à trouver un public majoritairement défavorable quand il affronte Federer. Il en a pris son partie. Mais dans de telles proportions… "J'ai essayé de me concentrer sur les spectateurs qui étaient en ma faveur", a-t-il dit en rigolant après la finale. Toujours aussi impeccable dans ses commentaires, désireux de ne pas dire un mot de travers, Djokovic n'a pas émis la moindre remontrance envers le public qui, pourtant, en quelques occasions, a failli dépasser la limite. Comme sur ces quelques cris au moment où il s'apprêtait à servir.

" C'est logique qu'un joueur, qu'un champion et qu'une personnalité comme Roger ait ce genre de soutien"

"Je ne peux pas critiquer le public, surtout ici à New York où l'interaction avec le public et le show font vraiment partie du tournoi, a-t-il souligné. C'est logique qu'un joueur, qu'un champion et qu'une personnalité comme Roger ait ce genre de soutien, c'est le cas partout dans le monde. Il mérite ce soutien et ces encouragements, par son comportement sur et en dehors des courts. A moi de faire en sorte de le mériter aussi." Aussi zen et compréhensif, au moins en apparence, qu'il avait pu l'être sur le court.

Roger Federer, finaliste malheureux de l'US Open 2015 face à Novak Djokovic.

Roger Federer, finaliste malheureux de l'US Open 2015 face à Novak Djokovic.AFP

Séverin Lüthi, l'entraîneur de Roger Federer, a d'ailleurs insisté sur l'attitude de Djokovic par rapport à celle du public : "Il a réussi à garder son calme et sa concentration dans un contexte très difficile pour lui et il faut lui tirer notre chapeau." Oui, le numéro un mondial ne s'est jamais départi de son sang-froid et de son calme. Il s'est même peut-être nourri de cette foule. Mais faut-il s'en étonner ? Il possède une exceptionnelle faculté à affronter tout ce qui peut faire œuvre d'adversité. Le jeu de celui qui se trouve de l'autre côté du filet. Ses propres carences, ses doutes, des éléments extérieurs comme le public. Tout, il surmonte tout.

" J'essaie d'être dur mentalement sur chaque point, point par point"

Si Novak Djokovic est entré dans l'histoire du tennis, c'est d'abord et avant tout à son extraordinaire force psychologique qu'il le doit. Oui, il est peut-être le plus "gros mental" de toute l'histoire de ce sport. Chacun à leur façon Borg, Connors ou Nadal étaient des monstres en la matière. Mais Djokovic va plus loin encore. Bien sûr, il serait absurde de le réduire à ça. C'est un joueur immense, à la palette technique complète, au physique ahurissant, un défenseur de génie. Il est tout cela. Mais sa tête, sa tronche, c'est son supplément d'âme. Quand il partira, c'est sans doute cela qui viendra à l'esprit en pensant à lui. Même dominé, même bousculé, il trouve (presque) toujours le moyen de s'en tirer.

Dimanche soir, difficile de considérer qu'il était réellement au-dessus de Roger Federer. En dehors du premier set, on l'a même senti globalement sur le reculoir plus souvent qu'il n'a été maître des débats. Mais, encore et toujours, il a trouvé la clé. Si Federer n'a pu convertir que 4 balles de break sur 23, c'est aussi parce que, sur ces points déterminants, Djokovic a su sortir le grand jeu. "J'essaie d'être dur mentalement sur chaque point, point par point. Evidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire", a-t-il souri en conférence de presse à l'évocation de sa résilience hors normes.

La finale de Roland-Garros, seule fissure dans la carapace

Mais c'est exactement cela. Point par point. Djokovic semble posséder cette faculté unique à effacer tout ce qui vient de se produire de négatif. Comme s'il avait une touche "delete" dans le cerveau. Ses deux dernières finales victorieuses contre Federer en témoignent encore. A Wimbledon, il a fait la différence en début de troisième set, juste après avoir perdu en mode crève-cœur la deuxième manche, vendangeant 7 balles de deux sets à rien. Combien auraient sombré après ça ? Ou, a minima, auraient mis trois quarts d'heure à s'en remettre ? Dimanche, il avait presque le trophée entre les mains en menant 5-2 et double break dans le 4e set. Puis Federer est passé par trois fois à un point de recoller à 5-5. Mais à l'arrivée, qui a eu le dernier mot après un ultime effort sur lui-même ?

Il n'y a qu'un seul match, cette année, où on l'a senti fragilisé par rapport à cet aspect des choses : la finale de Roland-Garros. Sa seule défaite dans les quatre tournois majeurs. Stan Wawrinka a livré un match superbe ce jour-là mais, en face, Djokovic a laissé apparaître une fissure presque palpable. On l'a senti crispé, bloqué. Le poids de cette quête de Roland-Garros, seule levée du Grand Chelem se refusant à lui. Mais à cette notable exception près, le Djokovic 2015 a encore repoussé les frontières du possible en matière de force de caractère. Qu'il soit un ou qu'ils fussent 20000 contre lui n'y change rien. En la matière, cette 10e finale majeure victorieuse, face à un Federer souvent brillant et une foule toujours limpide sur ses désirs, restera sans doute son chef d'œuvre.

Novak Djokovic à Roland-Garros

Novak Djokovic à Roland-GarrosAFP

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