Doucement mais sûrement, Elina Svitolina trace sa route. Dans l’ombre imposante de Serena Williams, dont tout Flushing Meadows attend le 24e sacre en Grand Chelem, elle passerait presque inaperçue. Pourtant, avec l’Américaine, l’Ukrainienne est la seule joueuse à avoir atteint deux demi-finales en Majeur cette saison. La performance est d’autant plus remarquable qu’elle n’était jamais allée aussi loin dans ces tournois depuis ses débuts professionnels. Elle n’a donc pas caché sa satisfaction à l’issue de son quart de finale victorieux contre la Britannique Johanna Konta (6-4, 6-4).

"Je suis vraiment heureuse de la façon dont j’ai géré la fin de match. J’étais soulagée d’avoir pu conclure sur mon service après avoir eu une balle de match à 5-3. C’est très dur à faire sous pression. On ne joue pas tous les jours un quart de finale de Grand Chelem. Et le gagner, c’est quelque chose de spécial", a confié Svitolina. Si elle n’en joue pas tous les jours, elle en compte trois en 2019 soit autant qu’entre 2012 et 2018. Indéniablement, quelque chose a changé chez l’Ukrainienne dans sa façon d’aborder les grands événements.

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Des expériences douloureuses mais salvatrices

Dans le top 10 depuis plus de deux ans (mai 2017), Svitolina compte déjà 13 titres à son palmarès et fait incontestablement partie des noms qui comptent sur le circuit WTA. Mais avant cette année, elle semblait faire un blocage lors des quatre temps forts du calendrier tennistique. "Toute ma carrière, j’ai progressé pas à pas. Je ne pense pas que j’ai été trop lente dans ma progression, je n’ai que 24 ans. Mais c’est vrai qu’il y a des joueuses qui explosent d’un coup au plus haut niveau puis sautent à cause de blessures ou d’autre chose. Moi, j’ai été plus constante à un certain niveau peut-être, tout en ne parvenant pas à gagner beaucoup de matches en Grand Chelem, avec des défaites douloureuses en huitièmes et quarts de finale. C’était probablement un peu un problème, mais plus maintenant", a-t-elle expliqué.

Parmi ces revers, ceux contre Madison Keys en huitième de finale de l’US Open en 2017 (7-6, 1-6, 6-4) et surtout face à Simona Halep en quart de finale à Roland-Garros la même année (3-6, 7-6, 6-0) ont sûrement été particulièrement difficiles à encaisser car synonymes d’occasions manquées d’un rien. Mais deux ans plus tard, ces expériences, aussi dures soient-elles, lui ont été bien utiles : elle a notamment pris une magnifique revanche contre Keys en huitième de finale (7-5, 6-4), validant par la même occasion sa première victoire sur une top 10 en Majeur.

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Le Masters l'a décomplexée

La clé de ce déclic est peut-être à aller chercher en fin de saison dernière lorsque l’Ukrainienne s’est adjugée le Masters de Singapour en enchaînant cinq victoires sur Petra Kvitova, Karolina Pliskova, Caroline Wozniacki, Kiki Bertens et Sloane Stephens. "Je pense que je suis généralement plus forte qu’avant. Ça arrive de ne pas jouer son meilleur tennis certains jours, mais il faut essayer de trouver un moyen de s’en sortir. Et depuis que j’ai gagné à Singapour, je gère mieux la pression. Je pense que ça m’a permis de croire davantage que je pouvais rivaliser très régulièrement contre les meilleures joueuses du monde. A ce niveau, ce sont les petits détails qui comptent. Il faut croire en soi et avoir confiance en son jeu", a-t-elle estimé.

Plus solide sur le plan mental, Svitolina s’attache désormais à désacraliser l’enjeu. Son approche est beaucoup plus terre à terre avec un objectif : évacuer les pensées parasites et les réflexions superflues pour se concentrer sur le moment présent et le tennis seulement. "Je ne m’attendais pas à faire une demi-finale avant le tournoi. Je prends juste les matches les uns après les autres, sans me préoccuper trop des résultats ou de ce qui aurait pu ou dû arriver. C’est un Grand Chelem, il y a beaucoup de pression et d’attentes des gens et des médias. Mais on se met aussi la pression soi-même. Il faut juste se présenter sur le court, faire son travail sans trop penser à ce qui se passe autour de soi, et celle qui gère le mieux l’événement l’emporte."

Ça m’aide vraiment de m'entraîner avec Gaël

Les nouvelles résolutions de l’Ukrainienne risquent toutefois de se heurter à la réalité d’un public hostile et nombreux sur le court Arthur-Ashe où l’attend, jeudi, la légende vivante Serena Williams. Si se rendre totalement imperméable à cet environnement semble voué à l’échec, elle a passé plusieurs tests intéressants qui ont confirmé ses progrès dans la gestion émotionnelle de ses matches. Sur la route du dernier carré, outre Madison Keys, elle a écarté la sœur aînée de Serena, Venus, au cours d’un match d’une grande qualité. "Serena est une championne fantastique. Ce sera vraiment dur contre elle. Elle a un grand service, c’est évident. Je devrai réagir vite à la relance et saisir les opportunités quand j’en aurai. Je devrai courir beaucoup, comme dans mes autres matchs. J’ai joué beaucoup de grandes frappeuses dans ce tournoi, je dois être rapide sur mes jambes et dans l’exécution de mes coups", a-t-elle analysé.

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Et pour se préparer à cet immense défi, Svitolina dispose d’un allié de poids : Gaël Monfils. S’ils n’hésitent pas à partager avec humour quelques moments de leur histoire d’amour sur les réseaux sociaux, les deux tourtereaux s’entraident et se poussent mutuellement sur les courts. Il n’est ainsi pas rare de les voir partager des sessions d’entraînement, une saine émulation qui leur a permis de faire leur petit bonhomme de chemin chacun dans leur tournoi. "Gaël a une balle lourde quand il frappe à l’entraînement, donc je pense que ça m’aide vraiment de m’entraîner avec lui."

Mais attention, ils ne s’immiscent pas dans le travail de leurs entraîneurs respectifs. "Il faut trouver un équilibre parce que si je ne m’entraîne qu’avec lui, je serai la plupart du temps sur la défensive et ce n’est pas bon. Quand je frappe avec mon coach, je travaille davantage les coups d’attaque. Ça me permet de pouvoir m’ajuster." Bien entourée et plus sereine, Svitolina exprime ses qualités de contreuse à merveille sur la surface dure ralentie de Flushing Meadows. Spécialiste du tennis pourcentage, elle limite le nombre de ses fautes directes, se montre opportuniste quand le jeu l’exige et réalise un tournoi quasi-parfait puisqu’elle n’a pas concédé le moindre set. Cette confiance accumulée ne sera pas de trop pour rêver d’exploit contre Serena.

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