Il ne fait rien comme les autres. Le premier match gagné dans un tournoi du Grand Chelem par Arthur Rinderknech pourrait résumer sa trajectoire : peu importe les obstacles, les injonctions du modèle classique d'une carrière professionnelle, le plus important, c'est d'atteindre l'objectif fixé. Il a ainsi dû remonter un handicap de deux sets (6-7, 3-6, 7-5, 6-3, 6-4) et surmonter les crampes qui l'assaillaient après 4h20 d'efforts pour franchir le premier tour de l'US Open contre Miomir Kecmanovic. Une épreuve terrible, mais elle en valait la peine car elle fait de lui l'un des quatre Français rescapés dans le tableau du simple messieurs avec Adrian Mannarino, Gaël Monfils et Corentin Moutet.
Ce nouveau statut, Rinderknech l'a acquis à force de travail et de persévérance et dans une saison 2021 qui a vite eu des allures de révélation. Après deux Challengers gagnés début 2020, et malgré la pandémie de Covid qui l'a quelque peu coupé dans son élan, il a repris le taureau par les cornes, s'imposant dès son premier tournoi de l'année à Istanbul (encore à Challenger) en sortant des qualifications. Puis, il a franchi un nouveau cap en mars à Marseille, où il a remporté ses premiers matches sur le circuit ATP, atteignant par la même occasion les quarts de finale de la compétition. Trois autres quarts (Lyon, Bastad et Gstaad) et une demie (Kitzbühel) ont suivi, soit 13 matches gagnés ainsi qu'un statut de Top 100 (83e actuellement) largement mérité.
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Formé tennistiquement et surtout humainement au Texas

Percer sur le circuit à 26 ans n'est pas donné à tout le monde, même si la trajectoire météoritique d'un Aslan Karatsev peut aussi servir de contre-exemple. Mais la progression de Rinderknech n'étonne pas son cousin Benjamin Balleret, lui-même ancien joueur professionnel (204e mondial au mieux, NDLR). "Il travaille bien avec son coach Sébastien Villette dans une structure qui l'aide à progresser. Evidemment, tout ça vient du joueur. Dès qu'il a fini l'université il y a trois ans et qu'il a décidé de se lancer sur le circuit, il y a cru. Il n'y est pas allé pour être 300e mondial, il y est allé pour être là où il est aujourd'hui et même plus haut. Ce n'est pas fini, il peut rentrer dans le Top 50. Je pense qu'il en a l'ambition et il fait tout pour y arriver", note le Monégasque.
L'université aux Etats-Unis, c'est ce qui donne sa spécificité au parcours professionnel de Rinderknech. Avec une mère qui fut joueuse professionnelle (Virginie Paquet, 208e à la WTA, NDLR) et un père directeur de club à Paris, le petit Arthur a baigné dans le tennis et en a fait dès l'âge de six ans son sport de prédilection. Mais sa vocation est venue plus tardivement. "Nous avons grandi ensemble avec une famille assez proche. Quand il avait fait quelques Futures à 18 ans, j'étais allé le voir. Il n'avait pas vraiment envie, pas la motivation, la volonté d'y arriver vraiment. Et c'est pour ça qu'il est parti aux Etats-Unis aussi", confie Balleret.
Attiré outre-Atlantique par Steve Denton, coach de l'équipe de tennis de l'université A&M du Texas, Rinderknech s'y est épanoui pendant quatre ans. Il y a acquis un diplôme en business, rassurant pour lui et ses parents, et l'amour de la compétition malgré des ambiances parfois hostiles, dans un pays qui accorde au sport une place prépondérante. "C'est surtout mentalement que j'ai fait du chemin là-bas. Je suis passé de 'pas du tout prêt à aller sur le circuit' à 'déterminé à tenter ma chance'. Ces quatre années ont été superbes, les plus dingues de ma vie", a d'ailleurs indiqué le principal intéressé à L'Equipe.

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Une fois le mental formé, des qualités naturelles pour viser haut

Il y a donc un savoureux clin d'œil du destin à le voir débloquer son compteur en Grand Chelem aux Etats-Unis, même si New York est bien loin du Texas où tout s'est joué pour lui. Formé tennistiquement et humainement là-bas, il s'est donné les moyens d'exister sur le circuit en s'embarquant dans l'aventure pour les bonnes raisons. Une fois le feu intérieur cultivé, ses qualités naturelles ont fait le reste.
"Il a deux coups très, très forts : le service et le coup droit. C'est pour ça que je pense qu'il peut être Top 30, 25 voire 20. Tous ceux qui en font partie ont toujours deux ou trois coups hors catégorie et Arthur les a. Il est grand (1 mètre 96, NDLR) et se déplace très bien pour sa taille. Il n'y a aucune limite pour lui au niveau technique, il sent plutôt bien le jeu", détaille Balleret.

Alcaraz, le modèle opposé

Rinderknech a su aussi apprendre de ses déceptions de Roland-Garros (défaite en trois sets contre Marin Cilic au 1er tour) et surtout de Wimbledon où il est passé à un point du 2e tour contre Oscar Otte après être sorti des qualifications. Il l'a prouvé en faisant preuve d'une lucidité tactique à toute épreuve lundi quand, malgré les crampes, il s'est rué au filet pour provoquer la chance (54 points gagnés sur 81 montées). Quand le corps lâche, l'esprit, lui, est toujours là. C'est peut-être la leçon de la méthode et du chemin parcourus par le natif de Gassin.
"A moins qu'on soit très précoce à l'image d'un Alexander Zverev ou d'un Carlos Alcaraz, pour qui ça n'avait aucun sens d'aller à l'université parce qu'on savait que ça irait vite, c'est très dur de percer avant 20 ans en général. Il y a quelques exceptions bien sûr, mais je pense que c'est une bonne école d'aller suivre ce cursus aux Etats-Unis", observe encore Balleret. Alcaraz, justement, comme le hasard (ou le destin) fait bien les choses, c'est le prochain défi de Rinderknech.
Tout oppose les détours improbables empruntés par le Français et le parcours tout tracé du prodige espagnol de 18 ans déjà 55e joueur mondial, si ce n'est l'ambition de viser plus haut. Reste à savoir si Rinderknech aura récupéré de ses efforts du 1er tour, pour pouvoir livrer une belle bataille sur le court.
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