"Je ne suis pas le mec le plus doué" : Alexander Zverev, l'avènement du bucheur acharné

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Après des années de doute et d'incapacité à se hisser au sommet, Alexander Zverev a enfin tourné le dos à ses démons cette saison en allant conquérir ses deux premiers titres du Grand Chelem. Dimanche, il a ajouté un US Open à son Roland-Garros du printemps dernier. Ce n'est pas la consécration d'un talent particulièrement exceptionnel. Mais l'Allemand est un forcené du travail.

Zverev 3e homme avec Alcaraz et Sinner ? "On ne peut pas encore parler de Big 3"

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C'est quoi, un grand joueur ? C'est quoi, le talent ? Autant de termes utilisés à foison et dont on affuble les acteurs du tennis, génération après génération. Mais au final, quel lien entre un John McEnroe, pur génie atypique de ce sport, un Roger Federer, chantre jamais autoproclamé d'une forme d'esthétisme ou un Novak Djokovic, chez qui les qualificatifs "génial" ou "talentueux" n'ont pas forcément été les plus évoqués à son arrivée sur le circuit ? Qui est qui ? Qui est quoi ? Et Alexander Zverev, où se situe-il dans cette galaxie ?
Précoce, il le fut, s'installant dès ses 20 ans sur le podium du classement ATP, qui plus est à une époque où la hiérarchie était trustée par les joueurs d'expérience et où la jeunesse avait perdu toute place significative. On ne gagne pas son premier Masters 1000 à 20 ans et quelques jours sans avoir ce que l'on qualifie généralement de "talent". Pourtant, ce n'est jamais ce qui a été le plus mis en avant concernant le natif de Hambourg. Maintenant qu'il est arrivé au sommet, chassant des démons de plusieurs années pour s'offrir enfin ses deux premiers titres du Grand Chelem en 2026, lui-même l'admet sans mal : "Je ne suis pas le mec le plus doué", a-t-il concédé dimanche soir avec, juste sous ses yeux, le trophée de l'US Open.
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Lui-même n'avait pas réalisé : le moment où Zverev a compris qu'il avait gagné l'US Open

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Sa victoire, c'est celle d'une incroyable éthique de travail
Ce qu'il est, et ce que tout le monde dans le milieu du tennis s'accorde à lui attribuer, c'est l'étiquette d'un travailleur fou. D'un acharné de l'entraînement et des gammes. Le tennis n'est pas exactement un milieu de fainéants, mais dans ce monde de personnes pour la plupart extrêmement consciencieuses et dédiées à leur métier, Zverev, lui, se pose dans une catégorie encore supérieure. Ben Shelton, sa victime en finale dimanche soir à New York, voit ainsi en lui "le plus gros bosseur circuit". Une opinion sans doute assez largement partagée.
Après la victoire de l'Allemand à Roland-Garros en juin dernier, Patrick Mouratoglou avait narré une scène dont il avait été témoin : "J'étais avec Holger Rune, à l'US Open. On va sur le court pour l'entraînement et, sur le court d'à côté, il y avait Sascha. Ça faisait déjà une heure qu'il était là, à traverser le court dans tous les sens. Pendant un Grand Chelem, la plupart des gars, quand ils approchent d'un match, ils jouent une heure, ou peut-être deux fois une heure, maximum. Je dis à Holger 'On va faire une grosse session, on va rester deux heures'. On a fait nos deux heures. Quand nous sommes partis, Zverev était encore là et il continuait, traversant encore le court dans tous les sens."
Ce n'est pas pour rien si l'actuel numéro 2 mondial est un des joueurs les plus solides physiquement. Un des plus endurants notamment. "Quand il arrive au 5e set, que tout le monde est mort physiquement, son corps et son esprit ont en mémoire toutes ces heures à l'entraînement et il sait qu'il ne va pas exploser", ajoute encore Mouratoglou. Sacha Zverev aura longtemps d'autres limitations dans ces moments-là. Mais s'il a pu voir filer entre ses doigts certains matches au couteau, ça n'a jamais été par manque de préparation et parce qu'il s'est retrouvé trop court physiquement. "Sa victoire, c'est celle d'une incroyable éthique de travail", juge le technicien français.
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Shelton n'a pas pu stopper le nouveau Zverev : Les temps forts de la finale en vidéo

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Son style n'incite pas à la passion mais…

"Persévérance", "travail", tels sont les mots qui ont été accouplés à sa victoire libératrice à Paris. La victoire d'un long chemin de bucheur. Et l'intéressé, qu'en pense-t-il ? "Oui, je pense que je figure dans cette catégorie des plus gros bosseurs", dit-il. Pour une raison simple. À ses yeux, il n'a jamais eu le choix. C'était ça ou rien. "Je l'ai déjà dit, je ne pense pas être le mec le plus doué, loin de là. Je ne pense pas avoir un don inné comme certains autres gars, estime Zverev. Je pense que mon tennis est surtout le fruit d'un travail acharné, de beaucoup d'efforts, d'heures passées sur le court, et de nombreuses heures passées en salle de musculation et sur la piste. C'est ainsi que je joue au tennis."
"Quand Sascha était jeune, c'était très difficile pour lui de quitter le court après l'entraînement, racontait son père et entraîneur, Alexander Senior, en février 2025. Il commençait à pleurer en demandant de jouer encore. Encore aujourd'hui, quand il termine un match à 23h30 ou minuit, il demande aux organisateurs du tournoi de le laisser jouer encore 30-40 minutes après le match."
Parfois, on a même pu se demander s'il n'en faisait pas trop ou si, plutôt que la quantité, ce n'était pas d'un ciblage plus précis sur certains aspects dont il aurait eu besoin. On se souvient notamment du Rolex Paris Masters à Bercy il y a deux ans, dont il était sorti vainqueur. Après chacun de ses matches, Zverev se faisait longuement attendre en conférence de presse. La raison ? Il était parti s'entraîner pendant une heure pour faire des gammes après ses matches, le plus souvent en coup droit, son relatif talon d'Achille à l'échange. "Si je veux rattraper Sinner et Alcaraz, je dois travailler pour m'améliorer", expliquait-il alors.
Le style de jeu du tout frais vainqueur de l'US Open n'incite pas toujours à la passion ou à l'enthousiasme, convenons-en. Mais après tout, qu'en tennis, la récompense s'offre parfois non à celui sur qui les fées du talent se sont penchées le plus longtemps sur le berceau, mais au plus acharné, au plus stakhanoviste, ce n'est pas forcément la plus fragile et la plus absurde des conclusions.
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