La dernière image de Roger Federer sur un court de tennis restera-t-elle cette défaite en quart de finale de Wimbledon contre Hubert Hurkacz sur un sévère 6-0 ? C'est la crainte de bien des admirateurs de la légende suisse et amoureux de tennis. L'homme aux 103 titres sur le circuit l'a réaffirmé ces derniers jours : il compte bien tout faire pour s'offrir un dernier tour de piste. Mais pour ce faire, il lui faudra être patient, puisque sa troisième opération du genou droit a été plus lourde que les précédentes (ménisque suturé et cartilage traité). Lui-même considère minimes ses chances d'être prêt pour Wimbledon en juillet prochain. Alors ce projet d'ultime come-back est-il bien réaliste ?
D'ici l'été 2022, Federer aura donc passé un an sans jouer, avec à son compteur 13 apparitions en tournoi en deux ans et demi (de février 2020 à août 2022). Une telle perspective semble donc bien incertaine pour le quadragénaire. Pourtant, Mats Wilander y croit, même s'il ne voit pas le Bâlois s'acharner s'il n'est pas compétitif.
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Il ne se lasse pas, sait écouter son corps mais ça devient de plus en plus difficile
"Je pense que s'il continue à le dire lui-même, il a l'état d'esprit pour y arriver. Je ne pense pas que Roger Federer jouera trop de matches sur le circuit, sauf s'il prend conscience qu'il a encore une chance, peut-être pas de gagner un Grand Chelem ou d'aller en finale, mais de gagner trois ou quatre matches d'affilée au meilleur des cinq sets. Dans ce cas-là, je pense que dans son esprit, ça vaudra le coup de revenir", estime-t-il.

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La première et fondamentale incertitude réside dans la capacité de Federer à s'infliger les souffrances physiques à l'entraînement pour être à nouveau apte à jouer au plus haut niveau. Ayant déjà passé 13 mois sans jouer après sa deuxième opération pour un retour finalement très court en 2021, le défi mental est au moins aussi grand que le défi physique. "Je ne sais pas vraiment à quel point son jeu est exigeant physiquement. Il donne l'impression que c'est très fluide, presque doux, quand il joue. On dirait qu'il n'a pas à travailler si dur, du moins sur le plan physique. Il ne se lasse pas. Il sait écouter son corps, mais ça devient de plus en plus difficile", note encore Wilander.
Et pour cause, Federer semble ne jamais forcer, jouer à l'économie par rapport à un Rafael Nadal dont le tennis est empreint d'une certaine bestialité physique. Mais il faut se méfier des préjugés, et si le timing, le talent et les qualités offensives du Suisse ont tant émerveillé, c'est aussi et surtout parce qu'il pouvait frapper la balle le plus souvent dans des conditions idéales. Pour ce faire, il lui était indispensable d'avoir un jeu de jambes exceptionnel, peut-être sa qualité la plus sous-estimée. Or, à son âge avancé pour un sportif de haut niveau, après plusieurs blessures et une si longue indisponibilité, il est bien incertain qu'il retrouve cette qualité de déplacement.

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Défier Medvedev, Zverev ou les deux pour voir s'il peut encore rêver

Mais pour Wilander, une dernière inconnue supplante sûrement les autres : Federer pourra-t-il exprimer son génie face à une concurrence de plus en plus forte ? Pendant son absence (qui se prolongera encore de longs mois), les jeunes ne l'ont pas attendu et ont pris du galon. "Je pense que son plus grand problème, c'est que les joueurs comme Alexander Zverev et Daniil Medvedev, et ceux qui poussent derrière (Sinner, Alcaraz, etc., NDLR), jouent un tennis de plus en plus puissant. Bien sûr, Federer a son service pour le soulager, mais la question est de savoir si c'est une arme si importante en comparaison de ce que peuvent proposer désormais un Zverev ou un Medvedev", observe-t-il.
Car si le génie bâlois revient, ce ne sera pas pour faire de la figuration. Comme il l'a lui-même réaffirmé, il rêve encore de disputer une finale de Grand Chelem et de vivre de grands moments sur les plus grandes scènes. Alors rendez-vous l'été prochain pour le verdict ? "Ce sera le moment de vérité. Roger Federer ne saura ce qu'il peut espérer que s'il joue au moins un match en deux sets ou trois sets gagnants contre l'un de ces gars-là. Mais je pense que nous le reverrons, parce que je suis sûr qu'il est curieux de savoir si ce défi de l'ultime come-back peut être relevé à 41 ans", conclut Wilander.