Le contexte : Federer veut reconquérir son royaume, Cilic veut succéder à Ivanisevic

Qui aurait imaginé il y a un an que Roger Federer allait disputer une 29e finale de Grand Chelem, briguer un huitième Wimbledon sans avoir perdu un set en cours de route et jouer le feu ? Pas grand monde, il faut être honnête. Il n'a jamais été question de remettre en cause les immenses capacités tennistiques du Suisse, mais il était resté dans les esprits cette image du Bâlois, dont le genou gauche sifflait fortement à ce moment, à terre au tout début de la cinquième manche de sa demi-finale disputée en 2016 face à Milos Raonic et ses conséquences. Federer par terre sur un court de tennis, l'image était tellement rare qu'elle en était devenue effrayante. Federer était au sol et impuissant dans son jardin, le Centre Court de Wimbledon. Un crime de lèse-majesté.
Wimbledon
Federer - Cilic, c'est aussi ces deux monuments
15/07/2017 À 21:35
En quittant le circuit six mois pour soigner son genou et récupérer un dos valable, Federer a déclenché sans le savoir sa troisième carrière, celle où il est devenu un joueur complètement décomplexé et beaucoup plus fort mentalement. Celle où il est surtout parvenu à devenir un joueur totalement réinventé techniquement. Ce Federer 2017 n'est pas le meilleur Federer que l'on ait vu jouer, mais c'est le plus complet, sur tous les plans. Il suffit d'écouter ses victimes pour s'en rendre compte. Notamment Tomas Berdych, incapable en demi-finale de prendre un set à son bourreau alors qu'il était en train de jouer son meilleur match de la saison.
Redevenu un vainqueur de Grand Chelem en janvier, après avoir battu sa Némésis, Rafael Nadal, au bout d'un combat décousu en cinq manches, Federer avait d'abord réussi ce qui ressemblait à un improbable one-shot en allant rafler son 18e majeur à Melbourne au moment où on s'y attendait le moins. Ses succès à Indian Wells et Miami ont ensuite rapidement balayé d'un revers de main la thèse de la surprise et remis le joueur de Bâle au centre des attentions. Laissant de côté l'ocre et Roland-Garros, Federer a fait sur le tard, au mois d'avril, de Wimbledon son gros objectif central de cette saison. Pour viser à nouveau Londres, il lui fallait plus que des repères. Un véritable plan de conquête. Trois mois après, on a eu une réponse nette : oui, se focaliser sur le gazon était la meilleure chose à faire.

Milos Raonic a fini par terrasser Roger Federer

Crédit: AFP

Pour disputer sa onzième finale dans le temple du tennis, la troisième en quatre ans, Federer a fait les choses en grand. Il a joué un tennis quasi parfait jusqu'au 3e set de son quart de finale face à Milos Raonic, avant de devenir un parfait gestionnaire des événements et du temps. Malgré l'adversité, le Suisse a évité de se fatiguer et de disputer une finale avant l'heure comme cela avait été le cas en 2015 face à Andy Murray en demi-finale. Deux années après sa dernière finale au All England, le 5e joueur mondial peut faire comme en Australie et remettre son armure de conquistador pour réinvestir son antre, celle qui l'avait sacré pour la première fois de sa carrière en Majeur en 2003.
En face de lui va se dresser le pire adversaire qui soit : Marin Cilic. Redouté et adoubé par Federer, le Croate a enfin ressorti un parcours de très haute volée en Grand Chelem près de trois ans après son sacre à l'US Open 2014 où il avait massacré tout le monde dans les derniers hectomètres, Federer y compris. Pas gâté par le tirage au sort, le 6e joueur mondial, finaliste au Queen's et joueur le plus victorieux sur gazon en 2017, a fait parler la poudre pour se frayer un chemin jusqu'en quart de finale avant de se retrouver confronté à ses clones en quart et en demie : Gilles Müller et Sam Querrey. S'il est bien plus complet qu'un gros serveur typique, Cilic n'aime pas les affronter.
Il a malgré tout trouvé les ressources pour s'en débarrasser, dire non au jour sans, et se hisser (seulement) pour la deuxième fois de sa carrière en finale d'un Majeur, donnant ainsi raison à Federer qui le voyait aller très loin à Londres. Capable de battre n'importe qui, n'importe quand, Cilic, qui cherche à devenir le deuxième Croate à triompher à Wimbledon seize ans après Goran Ivanisevic, est le dernier gladiateur qui s'oppose à un historique huitième sacre du Suisse qui remonte le temps. Place aux guerriers, place aux artistes.

Le face-à-face : Avantage Federer, Cilic menaçant en Grand Chelem (6/1)

Ce sera la huitième confrontation entre les deux hommes. Federer mène 6 victoires à 1.
En Grand Chelem, ce sera leur quatrième rencontre après les éditions 2011 et 2014 de l'US Open et Wimbledon 2016. Federer mène deux succès à un, mais Cilic a remporté la fameuse demi-finale de l'US Open 2014 et se fait désormais de plus en plus menaçant à chaque duel face à l'ancien n°1 mondial.
Ce sera la toute première finale entre les deux hommes, Grand Chelem et circuit ATP confondus.

Les chiffres à retenir

19 - Recordman de victoires en Grand Chelem, Federer peut ajouter un 19e titre majeur à son palmarès et se rapprocher à une unité du cap symbolique des 20.
8 - Federer peut dépasser son idole de jeunesse, l'Américain Pete Sampras, et le Britannique William Renshaw - un champion de la fin du XIXe siècle - avec lesquels il partage le record masculin de titres à Londres (7). Il deviendrait ainsi le joueur le plus titré de l'histoire du tournoi, toutes époques confondues.
35,342 - Federer peut devenir le plus vieux vainqueur de Wimbledon dans l'Ere Open à l'âge de 35 ans et 342 jours.
5 - Si Federer remporte le titre, ce sera la cinquième fois de l'histoire que lui et Rafael Nadal se partagent les trois premiers titres du Grand Chelem de l'année (après 2006, 2007, 2009 et 2010).
15 - Marin Cilic peut devenir le 15e joueur de l'histoire de Wimbledon à remporter le titre à sa première apparition en finale. Le dernier en date à avoir réalisé cette performance est Novak Djokovic, lors de l'édition 2011.

Ils ont dit

Marin CIlic
(Le Centre court), c'est l'endroit où Roger joue son meilleur tennis. Mais il y a un an, j'étais seulement à un point de le battre. Je crois en mes chances et en mes capacités de gagner
Roger Federer
Cette décision de ne pas jouer à Paris n'était pas facile. Je ne sais pas si j'aurais pu avoir le même parcours à Wimbledon en ayant joué Roland-Garros. Mais je ne me suis pas blessé et ce choix a payé avec la fraîcheur que j'ai ici.

Notre avis

Cette finale est aussi difficile à pronostiquer que celle de Melbourne. Le parcours sans faute de Federer et son niveau moyen, même lorsqu'il vit un temps faible, laissent penser à un huitième sacre du Bâlois qui a évolué dans des sphères très élévées à Londres.
La clé de la rencontre sera le pourcentage de premières balles du Suisse. Son premier service dicte plus que jamais son jeu, et sa capacité à être percutant dès le premier coup de raquette, son autre arme du tournoi, va s'en retrouver affectée en bien ou en mal. Si son service marche, il sera en confiance et pourra être agressif en retour.
Federer a très bien lu le service de Milos Raonic, puis celui de Tomas Berdych, il devrait donc continuer dans ce sens. A moins que Cilic ne soit en mode robot. Mais l'armure du joueur des Balkans s'est un peu morcelée face à Müller et Querrey. Le Croate devra jouer le meilleur match de sa carrière pour battre le Suisse qui évolue ces derniers jours à un niveau bien plus élevé qu'à l'US Open 2014 et Wimbledon 2016. A moins que la tension ne prenne le pas, Federer est un favori logique pour cette grande finale.

Roger Federer lors de Wimbledon 2017

Crédit: Getty Images

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