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"Plus belle finale de l'histoire", "Roger était le meilleur" : Djokovic-Federer, un an après

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Novak Djokovic vs Roger Federer

Crédit: Getty Images

ParLaurent Vergne
14/07/2020 à 09:36 | Mis à jour 14/07/2020 à 09:40
@LaurentVergne

WIMBLEDON - C'était il y a un an, jour pour jour. Le 14 juillet 2019, Novak Djokovic décrochait son 5e titre à Wimbledon en battant Roger Federer au terme d'une finale au scénario inoubliable. Pour Boris Becker et Stefan Edberg, qui ont entraîné les deux hommes, le meilleur des deux n'est peut-être pas sorti vainqueur de cette finale hors normes. La plus belle de tous les temps ? Oui, selon eux.

Un coup droit boisé décolle dans le ciel du Centre Court dès le deuxième coup de raquette. Voilà comment s'est achevée cette finale 2019 de Wimbledon. Jusqu'au bout, elle n'aura pas eu le dénouement qu'elle méritait. Ni pour Novak Djokovic, triomphateur au finish, ni pour Roger Federer. Au-delà de cette balle de match un peu sinistre, c'est tout cet épilogue avec ce "drôle" de tie-break à 12-12 qui a laissé un arrière-goût, inachevé au mieux, très amer au pire. Comme si quelqu’un avait brutalement allumé les lumières avant la fin de la fête. Le 14 juillet 2019, sublime feu d'artifice, s'est achevé par un pétard mouillé. C'est moche.

Plus que cette balle de match-là, ce sont deux autres, trois-quarts d'heure plus tôt, qui demeurent dans les esprits et resteront sans doute par-delà la patine du temps. A 8-7 en sa faveur, Federer mène 40-15 sur son service. Il vient de claquer deux aces monumentaux. Ils s'avèreront anecdotiques puisque le Suisse ne remportera aucun des deux points suivants. Une faute directe en coup droit puis une attaque, de coup droit encore, trop courte pour ne pas être châtiée par Djokovic. Le débreak et, un peu plus tard donc, ce tie-break.

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Souvenir savoureux ou douloureux

Douze mois plus tard, alors que cette finale souffle sa première bougie, il est encore délicat de mesurer sa juste place dans l'histoire. Celle-ci est potentiellement évolutive. Si, dans quelques années, Novak Djokovic prend sa retraite avec le record de titres en Grand Chelem en devançant d'une petite unité Roger Federer, l'impact de ce match s'en trouvera forcément accru. Une chose est sûre quand même, voilà une finale appelée à rester dans les mémoires comme un puissant souvenir, savoureux ou douloureux selon les points de vue.

Pour l'heure, il est possible de juger sa qualité. Et quels meilleurs juges que Boris Becker et Stefan Edberg ? Comme Djokovic et Federer, leur rivalité pèse trois finales à Wimbledon. Consécutives, en prime, de 1988 à 1990. Personnages majuscules du All England Club, ils ont, aussi, été les entraîneurs du Suisse (pour Edberg) et du Serbe (pour Becker). Cette finale, ils l'ont donc vécue avec plusieurs casquettes : anciens joueurs, anciens vainqueurs (et perdants) d'une finale de Wimbledon, anciens coaches et donc toujours proches d'une certaine manière des deux champions.

"Le meilleur match de tennis que j'ai pu voir"

Or ils sont d'accord sur un point non négligeable : qualitativement, la finale 2019 constitue le plus grand match de l'histoire du tournoi, comme ils l'ont confié à Mats Wilander sur Eurosport dans le cadre de l'émission Tennis Legends. Oui, plus que le mythique Borg-McEnroe 1980 ou le crépusculaire Nadal-Federer de 2008. "La finale avec Borg et McEnroe, que j'avais regardée enfant (il avait 14 ans, NDLR) est un classique, et ça restera toujours un classique, mais en qualité pure, la meilleure finale que j'ai vue est celle de l'an dernier, assure ainsi Stefan Edberg. Un match vraiment époustouflant, incroyable à voir. La qualité de tennis était incroyable du premier au dernier point. C'est probablement le meilleur match de tennis que j'ai pu voir."

Boris Becker acquiesce, donc. L'Allemand, qui a eu "la chance de commenter cette finale pour la télévision pendant cinq heures", n'a jamais vu lui non plus une telle qualité de tennis déployée sur gazon. "Ces gars ont échangé des coups que je ne pensais même pas possible, et sur une très longue période, dit-il. Donc, oui, je qualifierais la finale de l'an dernier de meilleure de tous les temps." Et ne comptez pas sur Mats Wilander pour contredire ses deux hôtes :

Je sais qu'on fête le 40e anniversaire de ce que beaucoup de gens appellent le plus grand match de tous les temps, la finale 1980 entre Björn Borg et John McEnroe. Vous, les gars, avez aussi joué un classique en 1990. Bien sûr, la finale 2008 entre Roger et Rafa est peut-être la plus fascinante. Mais personnellement, je pense que le niveau de jeu de la finale entre Roger et Novak l'année dernière était encore supérieur. Je ne comprends même pas comment on peut jouer comme ça sur gazon.

Novak Djokovic après sa victoire épique contre Roger Federer en finale de Wimbledon en 2019.

Crédit: Getty Images

Edberg : "Comme ami, c'était un crève-cœur"

On appellera ça une forme d'unanimité. Alors, la finale 2019, plus belle de tous les temps à défaut d'être déjà la plus grande (encore une fois, il est trop tôt pour déceler sa portée historique précise) ? A chacun de se faire son opinion. Le revisionnage des quatre premiers sets laisse parfois une impression étrange, comme si les deux champions avaient souvent du mal à accorder leurs violons pour extraire simultanément de leur instrument leurs plus belles notes. Pour cela, il faudra attendre la dernière manche, tout simplement exceptionnelle quant à elle. Après plus de quatre heures de jeu, la fluidité des frappes sidère l'œil et la qualité globale ne cesse de croître.

Au-delà de ce jugement de valeur qualitatif, que retiennent Becker et Edberg de cette rencontre ? Pour Boum Boum, qui fut donc le coach de Djokovic, le meilleur joueur n'a pas forcément gagné ce jour-là. Avant le match, il donnait pourtant un net avantage à son ex-poulain : "Novak était le tenant du titre, il est plus jeune, c'était une chaude journée et Roger avait eu un tournoi plus compliqué avec un match éprouvant contre Rafa notamment (en demi-finale, NDLR). Donc je pensais que Novak était clairement favori." Même si le dénouement lui a donné raison sur le fond, la forme des débats de ce 14 juillet l'a surpris : "Roger l'a souvent dominé. Il était le meilleur joueur. Mais il a perdu ce match."

Là aussi, Edberg acquiesce. "Je pense qu'il était le meilleur des deux joueurs sur ce match, juge-t-il. Il avait toutes les cartes en main avec ces deux balles de match. 40/15. C'était difficile de penser qu'il puisse perdre à ce moment-là." La défaite du Suisse a peiné son ancien coach, dont le cœur balançait forcément d'un côté. "Ça m'a fait mal pour Roger, avoue le Suédois. Comme ami, c'était un crève-cœur de le voir perdre. Mais il faut rendre hommage à Novak. Avoir réussi à sortir vainqueur de ce match, c'est juste incroyable."

Edberg : "40-15, deux balles de match, personne ne pensait que Roger allait perdre..."

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Coaching fiction

Pour la troisième fois sur les cinq dernières éditions de Wimbledon, Novak Djokovic a donc pris le dessus sur Roger Federer en finale. Et s'il devait y en avoir une autre en 2021 ? S'ils ne sont plus aux affaires, Becker et Edberg ont accepté de se prêter à un petit jeu de tennis-fiction : ils sont à nouveau les entraîneurs du Serbe et du Suisse. Voilà ce que serait leur discours à leurs protégés avant une nouvelle finale à Londres.

"D'abord, ne t'occupe pas du public, prévient Becker. Attends-toi à avoir tout le stade contre toi. Ne le prends pas personnellement. Ils supportent le meilleur joueur de tous les temps. Ensuite, fais-le bouger. Ouvre-le du côté coup droit et, après, viens sur son revers. Sois le premier à prendre l'initiative. Sois celui qui engage l'échange, dès le retour de service, qui est ton meilleur atout. Sois agressif. N'hésite pas à prendre des risques de temps en temps sur sa deuxième balle. Parce que si tu commences à attaquer sa seconde balle, la première en souffrira."

Que répondre à ça ? "Ce sera difficile, admet Edberg dans le camp d'en face. Affronter Novak c'est une tâche très complexe. Tu dois de préparer à rester très longtemps sur le court. Et tu devras être patient. L'important, c'est de varier le jeu. Sois agressif par séquences et défensif à d'autres moments." Et le double vainqueur de Wimbledon de pointer un autre élément déterminant : l'entame de match. "Il faut rester devant lui au score le plus possible, parce que, sinon, une fois qu'il prend les commandes, ça devient très difficile. Je pense d'ailleurs que la plupart du temps, celui qui gagne le premier set gagne le match. Alors gagne ce premier set."

Il ne croit pas si bien dire : lors de leurs quinze derniers affrontements, le vainqueur de la première manche a toujours remporté la rencontre. Federer sait ce qu'il lui restera à faire. Si cette occasion se présente à nouveau un jour... Sans quoi les regrets du 14 juillet 2019 resteront éternels.

"Si tu veux gagner face à Novak, remporte le premier set Roger"

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