"Ne rien lâcher, c'est la marque de fabrique que l'on attend de tous les athlètes professionnels, non ? En tout cas, ça le devrait." En deux phrases, Novak Djokovic en a dit assez long pour expliquer en bonne partie son mental de champion. Contre Denis Kudla ce vendredi au troisième tour, le Serbe n'a pas livré le meilleur match de sa carrière, ni même de sa semaine. Bousculé, énervé même - comme cela lui arrive régulièrement -, le N.1 mondial n'a pourtant jamais perdu le fil de son 3e tour, avant de l'emporter sans concéder le moindre set.
S'économiser une manche de rab, il faudra bien ça pour poursuivre son chemin vers le Grand Chelem calendaire qu'il convoite. La moitié de la route est faite, et on ne voit pas vraiment qui semble de taille à être un tel obstacle au point de lui faire changer de cap à Wimbledon. Mais comme Jack Draper au premier tour, Denis Kudla ne lui a pas laissé la tâche facile sur le court n°1, qui lui semblait disposé à voir la bagarre traîner un peu plus. Mené 3-0 dans le tie-break après une rarissime double double faute, puis face à une balle de set pour le qualifié américain. Djokovic n'a pas tremblé. Car il a encore faim, au point qu'on ne cesse de lui demander inlassablement d'où lui vient cette irrépressible envie.
"Renoncer, c'est hors de question, il faut donner son maximum, en particulier ici, quand on a la chance de jouer un des plus grands tournois du monde, même le plus grand pour moi, a-t-il réagi après la rencontre. Il faut féliciter Denis, il a très bien joué, ce troisième set était très serré. Il a eu un peu de malchance au tie break parce qu'il a été devant presque tout le temps, mais j'ai trouvé le moyen de passer."
Wimbledon
Djokovic s'est sorti du piège Kudla
02/07/2021 À 16:53

Novak Djokovic

Crédit: Getty Images

De l'homme-élastique au loup-garou

Un trou de souris à vrai dire, tant Kudla semblait avoir la mainmise sur les échanges, et les meilleures intentions en fin de match. Mais trahi par son coup droit, et contrarié par les qualités de défense exceptionnelle du Djoker, il n'a pas su saisir l'opportunité. Pour le plus grand bonheur du Serbe, qualifié pour la 13e fois en deuxième semaine au All England Club malgré deux nouvelles chutes qui ont fait admirer sa souplesse hors du commun. Avec cette victoire, Djokovic est devenu le premier joueur à remporter 75 matches dans chacun des quatre tournois du Grand Chelem.
"Je ne compte pas tous les records, je ne retiens pas tous les chiffres, c'est plutôt mon agent et mon équipe qui le font, a-t-il préféré s'en amuser. Cela sonne comme un cliché mais j'essaie vraiment de me concentrer sur l'instant présent, d'en profiter le plus possible avec les petits jeunes qui arrivent." Mais qu'est-ce qui pousse alors le numéro un mondial à courir autant après l'histoire ?
Interrogé sur la genèse de sa faim presque animale de victoires, le Serbe a pris son temps pour trouver les bons mots, en puisant dans son passé. Un bon moyen d'écrire une grande légende par une "petite histoire", lors de son interview sur le court. "Je crois que cela vient en partie de mes gênes, de mon éducation et de la période qu'a connu mon pays dans les années 90. L'échec n'était jamais une option pour moi ou ma famille, il fallait toujours trouver un moyen d'obtenir les besoins primaires pour survivre. Cela me vient aussi d'avoir passé mon enfance dans les montagnes. J'ai passé beaucoup de temps dans les montagnes avec les loups, donc c'est une énergie de loups qui m'habite. Et je ne plaisante pas hein !"

Le loup, le "guide spirituel de la nature" pour Djokovic

En 2018 déjà, Djokovic avait expliqué qu'une balade sur la montagne Sainte-Victoire, entre les Bouches-du-Rhône et le Var lui avait remis les idées au clair, au milieu d'une période plus difficile. "J'ai pris conscience de beaucoup de choses après Roland-Garros, expliquait-il alors. J'étais vraiment très, très, très déçu de ma performance ce jour-là. J'ai dû me déconnecter. Je suis allé randonner dans les montagnes françaises avec ma femme. On s'est un peu isolés, pour prendre une perspective différente. On s'est assis et on a regardé le monde depuis cette perspective. L'inspiration nous est venue à chaque respiration, en quelque sorte, une nouvelle motivation. J'ai pensé au tennis, aux émotions que le tennis me procure. C'était complètement positif. Ça m'a donné un nouvel élan."
A croire que l'air des cimes aide à atteindre les sommets. Et à avoir une faim de loups, donc. Alors qu'on lui a demandé d'expliciter un peu son anecdote contée sur le court, le Serbe a insisté sur son lien si particulier avec cet animal, son "guide spirituel de la nature". "J'ai vu des loups errer dans les montagnes durant mon enfance. Et ces rencontres m'ont fait peur, en même temps qu'elles m'ont fait être plus lié aux loups. Je garde ça en moi et cela m'aide à trouver cette énergie quand j'en ai besoin. Cela devient un rugissement, ou une explosion. Mais la plupart du temps, c'est de l'énergie positive."
Voilà de quoi expliquer toutes ces fois où l'on a vu Djokovic tous crocs dehors pour expulser sa rage. Un drôle d'animal, décidément ce Novak.
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