Au moment de retracer les grands moments de sa carrière, Cristian Garin se souviendra probablement de ce 4 juillet 2022 passé sur le court numéro deux du All England Club. Ce jour-là, quelque chose du domaine de l’irrationnel s’y est produit. Mené deux sets à rien après 1h37 de jeu, puis 1-3 dans le tie-break de la troisième manche, obligé de sauver deux balles de match à 5-6, 15-40, dans la cinquième manche et une nouvelle fois mené 3-5 dans le super tie-break, "Gago" a finalement remporté une bataille au cours de laquelle beaucoup de monde ne donnait pas cher de sa peau.
Et pour cause ! Face à Alex De Minaur sur le circuit professionnel, Garin comptait trois affrontements pour autant de défaites, dont la dernière remontait à Eastbourne il y a deux semaines sur gazon en deux sets secs (6-3, 6-3).
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J’ai abordé le tournoi de façon différente
Mais pour ce quatrième face-à-face, Garin s’est chargé de renvoyer les bookmakers à leurs études en faisant tomber l’Australien, tête de série numéro 19 du tournoi. "C’était un gros combat, une vraie bagarre, explique le natif de Santiago juste après sa victoire au mental en cinq manches. Alex est un excellent joueur, l’un des meilleurs sur herbe de mon point de vue. Je suis si épuisé… J’ai juste donné le meilleur de moi-même. Dans le cinquième set, cela pouvait basculer d’un côté comme de l’autre. J’ai cherché à être agressif, à monter au filet et à bien servir, tout cela m’a aidé."
C’est peu de le dire. Au cours de ce huitième de finale à Wimbledon, Garin a effectué 62 montées au filet pour un taux de réussite de 74%. Si la statistique est digne d’un tennisman chevronné sur gazon, le CV de Garin évoque plutôt une appétence pour la terre battue, une surface bien plus lente et propice au lift en théorie.
Vainqueur de six tournois sur le circuit ATP depuis le début de sa carrière, Garin n’a connu que le succès sur l’ocre. C’est également sur terre que le Chilien s’est offert deux membres du top 10 : Alexander Zverev en 2019 à Munich et Daniil Medvedev en 2021 à Madrid. Finalement, tout portait à croire que le vainqueur du tournoi junior de Roland Garros 2013 allait connaître sa meilleure performance en Grand Chelem Porte d’Auteuil.
En 2022, ce sera finalement sur herbe. "Le sport, c’est comme ça, ironise-t-il. Je travaille tous les jours pour devenir plus complet. L’année dernière, je me suis arrêté en huitième de finale (contre Novak Djokovic, futur vainqueur). C’était un bon en avant pour moi. Cette année, j’ai abordé le tournoi de façon différente. Je sais comment jouer sur ce court, je continue d’apprendre et de comprendre. En cela, le travail paie."

"Si Nadal et Djokovic s'affrontent en finale, le rapport de force sera à l'avantage de l'Espagnol"

Le nouveau peuple de l’herbe

Surprenante à première vue, la présence de Garin à ce stade de la compétition est-elle pour autant inexplicable ? Pas vraiment. Depuis le début des années 2000, Wimbledon a troqué son statut de tournoi du Grand Chelem à la surface la plus rapide avec celui d’une compétition plus lente, faisant perdre une partie de son authenticité.
Conséquence : les serveurs-volleyeurs à la Patrick Rafter sont en voie de disparition et laissent progressivement place aux guerriers de fond court capables de profiter d’un rebond haut pour prolonger l’échange. Redouté pour la puissance de ses coups à plat et un tour de cuisse bien au-dessus de la moyenne, Garin constitue la meilleure preuve qu’un tennisman traditionnellement peu à l’aise sur herbe peut désormais faire forte impression à Wimbledon.
Avec plus de 70 échanges à plus de 9 frappes contre De Minaur, Garin a remporté un bras de fer peu imaginable sur gazon lors du siècle dernier. Sa victoire au troisième tour contre l’Américain Jenson Brooksby, tête de série numéro 29 et finaliste à Newport en 2021, en quatre sets (6-2, 6-3, 1-6, 6-4) n’était en réalité qu’un premier avertissement.

Le tableau s'est ouvert pour Garin

Au pays, Garin est en train de rendre fier toute une nation. Premier Chilien quart de finaliste en Grand Chelem depuis Fernando Gonzalez à l’US Open 2009, "El Tanque" (Le Tank, un surnom donné par Gonzalez en 2013 à l’intéressé) possède aussi sa bonne étoile depuis le lancement du tournoi.
Lors du tirage au sort initial, Garin devait affronter au premier tour un certain Matteo Berrettini, finaliste sortant et vainqueur au Queen’s cette année. Positif au Covid-19 à quelques heures de son entrée en lice, l’Italien a dû déclarer forfait et a fort involontairement ouvert la voie au Sud-Américain pour lui permettre de s'insérer dans le top 8 du tournoi.
Face à un Nick Kyrgios déjà quart de finaliste à Londres en 2014, Garin n’aura pas à traîner un complexe d’infériorité. La preuve : depuis le début du tournoi, les deux hommes ont passé à peu de choses près le même temps sur les courts dans le tableau simple messieurs, à savoir 11 heures et 6 minutes pour Garin contre 10h58 pour l'Australien. Et une chose est sûre : ce n’est certainement pas Garin qui va se plaindre de courir après la balle jaune.

Cristian Garin à Wimbledon en 2022

Crédit: Getty Images

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