Il y a des hasards qui ont de faux airs de destin. Elle était la dernière Française à avoir fait tomber une numéro 1 mondiale en Grand Chelem. C'était en 2014, déjà sur le Court numéro 1 de Wimbledon face à une certaine Serena Williams qui était alors déjà quintuple championne sur le gazon britannique. Huit ans plus tard, Alizé Cornet a donc réalisé un nouvel exploit en faisant tomber celle qui ne savait plus ce que le mot "défaite" signifiait depuis quatre mois et 37 matches : Iga Swiatek.
Certes, la Polonaise n'avait probablement pas les mêmes repères sur le tapis vert de Wimbledon que sur dur ou sur terre battue - sa victoire difficile au 2e tour contre la "lucky loser" néerlandaise Lesley Pattinama Kerkhove (6-4, 4-6, 6-3) l'avait montré -, mais encore fallait-il y croire, tant l'aura d'invincibilité de Swiatek était grande. D'ailleurs, si Cornet s'est convaincue avant ce 3e tour et pendant la partie qu'elle pouvait l'emporter, elle avait plus de mal à réaliser par la suite.
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Depuis deux ans, elle donne sa pleine mesure en position d'outsider

"Je n'ai pas encore tout assimilé et je suis juste dans le moment présent, mais c'est une grande fierté pour moi de gagner ce match contre Iga. Ce qu'elle a fait cette année est hors du commun, et je n'arrive pas à croire que c'est moi qui ai brisé la série. C'est incroyable. Et je suis très heureuse d'être en seconde semaine pour la deuxième fois", a-t-elle ainsi témoigné en conférence de presse. Il n'en reste pas moins que cette victoire de la Niçoise ne sort pas de nulle part.
Depuis la reprise des compétitions après la crise Covid à l'été 2020, Cornet a ainsi gagné les six matches en Grand Chelem qui l'ont opposée à une membre du Top 20. Comme si face à théoriquement plus forte qu'elle, elle arrivait désormais à donner sa pleine mesure. Contre Swiatek ce samedi, Cornet a évolué à son tout meilleur niveau, ne commettant que 7 minuscules fautes directes pour 16 coups gagnants, se montrant d'une efficacité remarquable sur les points importants (5 balles de break sur 6 converties). Résultat, c'est Swiatek qui s'est mise à paniquer quand son plan de jeu ultra-agressif n'a pas fonctionné (33 fautes directes).
Pendant toute sa première partie de carrière, Cornet ne parvenait pourtant pas à se libérer face à des joueuses de ce calibre. Comment expliquer cette mutation ? Le bénéfice d'un travail profond sur le plan mental mais aussi le privilège de l'expérience, à l'entendre.
"Peut-être que je suis un peu plus détendue quand je suis l'outsider. Je pense que je n'ai rien à perdre, et c'est dans cette situation que je suis la plus dangereuse. Je joue mes coups de manière plus détendue, je frappe mieux depuis la ligne de fond. Je n'ai aucun parasite dans mes pensées. Tu ne peux pas te permettre de perdre de l'énergie sur autre chose, face à ce genre de joueuses. Cela signifie peut-être aussi que je suis plus mature, que je suis meilleure mentalement pour gérer ce genre de situations."

Trois Françaises en 8es, une première depuis... 17 ans

En 2022, à 32 ans passés, Cornet ne cesse donc de repousser ses limites en Grand Chelem. En Australie, elle avait ainsi atteint son premier quart de finale en Majeur, écartant au passage Garbine Muguruza ou encore Simona Halep, excusez du peu. Aussi au rendez-vous à Roland-Garros, même si une blessure l'a frustrée au 3e tour, elle aborde désormais ces rendez-vous dans un autre état d'esprit. Et il n'est pas innocent de constater que ces performances coïncident avec l'annonce de sa retraite prochaine.
En janvier, elle avait ainsi dévoilé que cette saison 2022 serait sans doute sa dernière. Une manière de s'enlever un poids des épaules. Alors ses magnifiques résultats pourraient-ils la faire changer d'avis ? "Non. Je pense que c'est aussi pour cela que je joue si bien, parce que je sais que c'est presque la fin. Je donne tout. Je ne me projette pas trop. Je pourrais jouer jusqu'à Roland Garros de l'année prochaine. C'est le plan", a-t-elle encore lâché tout en disant qu'elle allait sans doute refaire le point.
En attendant, cet exploit lui permet de figurer avec Caroline Garcia et Harmony Tan parmi les trois Françaises en huitièmes de finale de Wimbledon, une première dans le tournoi pour le tennis féminin tricolore depuis 17 ans (Mauresmo, Pierce et Dechy y étaient parvenues en 2005) et depuis cinq ans en Grand Chelem. Et face à Ajla Tomljanovic au tour suivant, Cornet n'a aucune raison de ne pas croire en son étoile. D'ailleurs, si elle tient à savourer sa victoire éclatante, elle n'a pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin.
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