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Wimbledon 2023 | Barbara Schett : "Pourquoi ne devrions-nous pas parler de nos règles ?"
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Publié 14/07/2023 à 23:34 GMT+2
Le tournoi féminin se conclut ce samedi, c'est l'occasion de revenir sur une réforme importante de ce Wimbledon : l'assouplissement de la politique sur les tenues exclusivement blanches. Un enjeu fort pour les joueuses qui ont leurs règles pendant la compétition. Dans une tribune, notre consultante Barbara Schett, ex-numéro 7 mondiale, parle de son expérience sur ce sujet sensible.
Eurosport's Barbara Schett
Crédit: Eurosport
Nous connaissons et aimons tous Wimbledon pour ses traditions, mais nous étions prêts pour cette mise en œuvre en particulier. La politique des tenues exclusivement blanches a toujours été extrêmement stricte – si vous aviez une bande de couleur, vous étiez exclues du vestiaire. Ce n'est plus le cas, ce qui est fantastique, surtout pour les femmes qui ont leurs règles pendant le tournoi.
Les joueuses ont le choix de porter des sous-vêtements colorés, où qu'elles en soient dans leur cycle menstruel, donc ça veut dire que les joueuses ne seront pas soucieuses du fait que les gens se demandent si elles ont leurs règles. Ce n'est pas quelque chose qui me viendrait à l'esprit de toute façon. Je pense que ce sera sympa à voir, surtout s'il y a des couleurs différentes, même le rouge – pourquoi pas ?!
Certaines femmes ont des saignements importants et c'est pour ça que c'est vraiment un progrès important. En tant que joueuse, vous pouvez vous sentir extrêmement soucieuse quand vous jouez alors que vous avez vos règles. Je me souviens quand j'avais à peu près 21 ans, j'ai eu une horrible expérience à Prague… J'avais mes règles et je sentais que j'avais besoin d'aller aux toilettes pour changer mon tampon, mais la règle sur les pauses toilettes disait qu'on ne pouvait y aller qu'à la fin chaque set. Je me souviens que j'étais à la relance en attendant le service adverse avec les jambes écartées et j'ai littéralement senti que le tampon allait tomber, ce qui est le pire cauchemar pour une femme ! J'ai essayé d'en parler à l'arbitre, mais il a dit que je devais attendre jusqu'à la fin du set et j'étais si soucieuse, je pouvais à peine bouger pendant les points. J'avais tellement honte. J'étais trop timide pour dire à l'arbitre explicitement que j'avais mes règles, mais j'aime à penser qu'il y aurait plus d'indulgence de nos jours, et c'est pour ça que l'assouplissement de la politique du "tout blanc" est un pas en avant si important.
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Barbara Schett à Auckland en 1998
Crédit: Getty Images
J'ai eu personnellement beaucoup de difficultés avec mes règles pendant ma carrière, c'est pour ça qu'éveiller les consciences sur ce sujet me tient particulièrement à cœur. J'avais 14 ans quand j'ai eu mes toutes premières règles et c'est arrivé un jour avant mon premier tournoi WTA. Je vomissais, j'avais une diarrhée incroyable et une intense douleur à l'estomac, je me sentais vraiment mal à l'aise parce que j'avais dû mettre deux serviettes hygiéniques – je n'avais aucune idée de comment utiliser des tampons alors. Le timing était horrible et j'étais vraiment nerveuse à l'idée d'en parler à mon coach parce que c'était un homme. Il a été super et m'a préparé une bouteille d'eau chaude, mais ça aurait été sympa d'avoir une femme en tant que coach parce qu'elle aurait pu s'identifier à moi. Ce n'était évidemment pas la faute de mon coach, mais j'avais peur et je me sentais seule à l'époque.
Je vivais à l'Institut du Sport de Vienne à l'époque, donc j'en ai parlé plus tard à d'autres athlètes féminines et le fait de m'en ouvrir a rendu ma vie beaucoup plus facile. J'ai appris à me servir de tampons et j'ai commencé à comprendre que mes symptômes étaient normaux. Ensuite, après plusieurs années sur le circuit, j'en parlais avec certaines de mes bonnes amies, mais je pense quand même qu'on devrait en parler de manière plus ouverte. J'ai adoré quand Ons Jabeur l'a fait pendant Roland-Garros – elle avait ses règles, ne se sentait pas super bien et a juste été honnête sur le sujet. Il y a aussi Mikaela Shiffrin en Autriche l'hiver dernier – elle a parlé de son cycle menstruel après avoir gagné sa course, mais le mot "cycle" a été mal traduit, faisant référence au vélo, ce qui n'avait évidemment rien à voir.
Donc j'aime que les femmes soient beaucoup plus ouvertes et n'aient pas peur de ce que les hommes pensent. Pourquoi ne devrions-nous pas parler de nos règles ? C'est la chose la plus naturelle qui soit – en fin de compte, si les femmes n'avaient pas leurs règles, il n'y aurait pas de bébés et les êtres humains disparaîtraient !
Elles ont bien sûr des conséquences différentes selon les personnes. Certaines femmes peuvent passer par tous les symptômes : ballonnements, douleur à l'estomac, maux de tête, difficulté à se concentrer, saignements abondants – certaines saignent tant qu'elles perdent beaucoup de fer et se sentent faibles, sans énergie. Certaines femmes sont moins affectées, alors que d'autres peuvent passer des journées au lit. En ce qui me concerne, je me sentais toujours mal pendant deux-trois jours, je me sentais toujours ballonnée avec des maux de tête incroyables surtout pour une joueuse de tennis, vous êtes mobilisée chaque semaine pendant 11 mois dans l'année. C'est si dur parce que vous savez qu'il vous faut vous pousser je ne sais comment malgré la douleur. Les hormones ont des conséquences sur vos émotions aussi, donc vous pouvez vous sentir beaucoup plus vulnérable. C'est un immense défi, surtout quand vous atteignez votre pic de forme mais que soudain vous avez vos règles.
Quand j'avais 15 ans, on m'a prescrit la pilule juste pour que je puisse éviter d'avoir mes règles pendant un Grand Chelem. Ce n'est pas la chose la plus saine à faire, mais ça signifiait que je savais que je n'aurais pas à gérer ces problèmes et que je pourrais me concentrer exclusivement sur mon tennis. Je l'ai fait quelques fois mais pas très souvent parce que je me souviens que le docteur disait que ce n'était pas super, donc après ça, j'ai juste essayé de gérer cela quotidiennement et vous apprenez à connaître votre corps un petit peu mieux à mesure que vous vieillissez. Ma stratégie, c'était de prendre des comprimés spécifiques pour les douleurs liées aux règles – sans ces anti-inflammatoires je n'aurais vraiment pas pu jouer.
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Barbara Schett avec Patty Schnyder en 2003
Crédit: Getty Images
Le soutien apporté aux joueuses a évolué heureusement depuis lors. Ce n'est un secret pour personne : la majorité des coaches sur le circuit WTA sont des hommes, mais pense que maintenant les hommes – en particulier les plus jeunes – comprennent bien mieux le problème par rapport à nos pères, ou nos grands-pères. Donc les choses s'améliorent, mais il faut que ça continue. Si ce n'est pas déjà arrivé, j'aimerais qu'il y ait plus de formations sur le sujet pour les coaches, ou il pourrait y avoir des réunions organisées pour les coaches à chaque Grand Chelem où ils prendraient connaissance des tout derniers développements et apprendraient comment travailler avec une joueuse quand elle a ses règles, comment lui parler, lui permettre de se sentir mieux, comprendre son humeur et l'influence des hormones.
Plus on en parle – que ce soit parmi les coaches, les joueuses ou dans les médias – plus ce sera banalisé et ce sera une avancée pour toutes les jeunes athlètes qui veulent devenir les meilleures des meilleures. En autorisant les sous-vêtements colorés, Wimbledon a vraiment ouvert le débat, donc continuons dans cette direction !
Tribune de Barbara Schett traduite par Maxime Battistella
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