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Wimbledon - simple messieurs - Gagner sans bien jouer : petit à petit, Alcaraz devient "Big Three"
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Publié 12/07/2024 à 00:07 GMT+2
Parfois pointé du doigt, depuis le début de sa jeune carrière, pour sa gestion des temps faibles encore insuffisante, Carlos Alcaraz fait tout l'inverse depuis le début de ce Wimbledon : il ne produit pas forcément d'étincelles, joue même "moyennement" par moments et a été menacé à plusieurs reprises, mais pour l'instant, il gagne. Un instinct de survie inspiré, selon lui, du Big Three.
Carlos Alcaraz Wimbledon 2024
Crédit: Getty Images
Carlos Alcaraz y a pensé. Contrarié pendant plus d'un set par Tommy Paul, mardi, l'Espagnol a bien cru se laisser embarquer dans un match à rallonge qui l'aurait contraint de manquer le début de la demi-finale de l'Euro de football entre l'Espagne, son pays, et la France. Pour un peu, on se demanderait même si ça n'est pas cette perspective qui l'a piqué au vif et forcé à réagir à temps pour finir au sprint. Reste qu'il s'en est sorti, et que le voilà en demi-finale en laissant dans son sillage cette drôle d'impression que son tournoi n'a pas encore tout à fait commencé.
Comme cette trajectoire nous rappelle précisément celle de l'équipe de France de foot, on lui souhaite de ne pas connaître le même sort que les Bleus et de devoir en rester là au moment précis où vont débuter les choses sérieuses, ce vendredi, contre Daniil Medvedev. Mais une chose semble à peu près sûre : le tenant du titre devra sensiblement élever son niveau de jeu s'il souhaite poursuivre l'aventure et connaître l'ivresse d'une nouvelle finale de Wimbledon. Laquelle, autre coïncidence, se jouera le même jour que celle de la Roja à l'Euro.
Alcaraz nous a certainement mal habitués, et c'est en cela que les jugements à son égard sont sans doute toujours un peu sévères. Mais c'est vrai que depuis le début de sa quinzaine londonienne, il n'aura à aucun moment donné l'impression de marcher sur l'eau. Il a été breaké à 16 reprises en cinq matches, a été mené deux sets à un par Frances Tiafoe au troisième tour, souvent malmené voire dominé par Ugo Humbert en huitièmes et encore été mené un set, un break par Tommy Paul en quarts. Mais à chaque fois, il s'en est sorti, sans jamais paniquer, du moins en apparence. Et ça, en revanche, c'est très fort.
"Même quand je suis mené dans un match, j'ai toujours foi en ma capacité à trouver des solutions, en ma capacité à revenir. Oui, je crois toujours en moi-même", a-t-il déclaré mardi après son succès face à Paul, le tout asséné avec ce grand sourire Colgate qui précède souvent, chez lui, les choses les plus folles. Et effectivement, jusqu'à présent, il a toujours trouvé la solution. Le pire, c'est qu'il l'a fait sans forcément élever drastiquement son niveau de jeu, mais en montrant un peu les biceps, en sortant les crocs et en posant les barbelés. Suffisant pour envoyer son adversaire dans le décor.
Cette capacité à survivre sans bien jouer, c'est précisément ce qui rend le parcours de Carlos Alcaraz intéressant sur ce Wimbledon. Justement parce qu'il s'est souvent vu reprocher l'inverse par le passé : un niveau maximal effarant, certes, mais une certaine incapacité, tactique ou mentale, à réagir si tôt que les affaires ne vont plus tout à fait dans son sens.
Or, les leçons du passé ont permis de tirer une vérité semble-t-il assez nette en tennis : ce qui définit et même caractérise les plus grands champions, plus encore que leur niveau maximal, c'est leur niveau minimal. Si, de la cave au grenier, l'écart est trop important, le risque de chute l'est aussi. Dans le cas contraire, la baraque est mieux isolée. Donc la déperdition d'énergie moins importante. Et c'est ce qui permet d'être plus performant dans la fameuse gestion des temps faibles.
"Je sais qu'il est compliqué de jouer son meilleur tennis à chaque match et malgré tout, il faut trouver un moyen de gagner ces matches. Donc quand cela m'arrive, je me focalise juste sur les solutions à trouver pour être un peu meilleur, a expliqué le numéro 3 mondial en conférence de presse. C'est ce qu'ont fait les joueurs du Big Three (NDLR : Federer, Nadal et Djokovic, faut-il le préciser) durant toute leur carrière : sans forcément jouer leur meilleur tennis, ils trouvaient toujours un moyen de gagner. J'essaie de faire ça aussi, comme ici à Wimbledon : effectivement, je n'ai pas toujours joué de manière brillante, mais suffisamment bien pour gagner."
Et ça, c'est assez nouveau. Enfin, nouveau, pas vraiment. C'était déjà le cas à Roland-Garros, où Alcaraz a triomphé sans jamais rouler sur ses adversaires, devenant même le premier joueur de l'ère Open à enchaîner demi-finale et finale en cinq sets à Paris. Lors des deux Grands Chelems précédents en revanche, à l'Open d'Australie 2024 et l'US Open 2023, c'était tout l'inverse : il avait été impressionnant en début de quinzaine avant de caler brutalement, respectivement en quart de finale contre Alexander Zverev et en demi-finale contre Daniil Medvedev, qu'il retrouvera justement ici dans le dernier carré.
Deux accidents de parcours qui étaient un peu à l'image de son début de carrière : jusqu'à présent, le Murcien gagnait surtout sur ses forces, immenses, surnaturelles même. Mais il perdait à coup presque sûr aussitôt que lesdites forces l'abandonnaient. Sur ce Wimbledon, pour l'instant, il gagne sur ses "faiblesses", ou plus exactement sur la gestion de ses faiblesses. En ce sens, petit à petit, Carlos Alcaraz se rapproche encore un peu plus d'un Big Three. Mais pour pousser vraiment la ressemblance, l'heure est maintenant venue, pour lui, de lâcher les chevaux.
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