Il y a 20 ans, le miracle fondateur de Novak Djokovic à Wimbledon

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Wimbledon 2005. Il y a 20 ans de cela, Novak Djokovic mettait pour la première fois les pieds sur le gazon londonien. Débuts prometteurs, puisqu'il avait atteint le 3e tour, et surtout annonciateurs de qui il allait devenir. Le Serbe avait signé un comeback de folie contre Guillermo Garcia Lopez au 2e tour, sauvant au passage plusieurs balles de match. Mais combien ?

Novak Djokovic en 2005.

Crédit: Getty Images

20 ans. Il y a 20 ans, un gamin de 18 piges sortait des qualifications pour disputer son tout premier Wimbledon. Novak Djokovic possédait déjà toute l'ambition du monde. Peut-être s'imaginait-il un jour nanti du plus imposant palmarès de l'histoire du tennis, tant sa force de conviction était grande. Le reste de la planète tennis, lancée au cœur de l'ère Federer et à l'aube de l'avènement de Nadal, ne pouvait évidemment rien présager de tel. Le temps l'a un peu oublié, tant il a accompli depuis une foule de miracles du même genre, mais le jeune Novak avait remporté lors de cette quinzaine un match qui allait beaucoup compter pour lui. Un miracle. Un vrai.
C'est alors son troisième tournoi majeur. Jusqu'ici, le sort ne l'a pas gâté. À Melbourne, il a pris la leçon face au futur vainqueur, Marat Safin (6-0, 6-1, 6-2), dès le premier tour. À Roland-Garros, juste après son 18e anniversaire, c'est cette fois contre le finaliste de l'édition précédente, Guillermo Coria, que Djokovic doit s'arrêter. Mais il marque déjà les esprits. Il a décroché son tout premier succès en Grand Chelem, contre Robby Ginepri, après avoir remporté les… 14 premiers jeux (6-0, 6-0, 6-3). Contre Coria, il prend le premier set avant de craquer physiquement. Bouffé par les crampes et des problèmes respiratoires, il jette l'éponge à une manche partout (4-6, 6-3, 3-2, abandon). Mais il a eu le temps de montrer ce qu'il avait dans l'estomac.
Il a l'air d'avoir faim au sens propre et au sens figuré
Pourtant, lors de l'échauffement, le jeune Serbe s'est retrouvé au cœur d'une scène qui remontera à ses oreilles et qu'il ne goûtera guère. Le match est diffusé aux Etats-Unis sur ESPN. Logique, compte tenu du pedigree de Coria. Cliff Drysdale et Mary Carillo sont les deux consultants de la chaîne américaine.
"Parlons un peu du joueur qu'affronte Guillermo Coria aujourd'hui. Que sait-on de lui et que peut-on attendre de lui ?", interroge Drysdale. "Pas grand-chose", répond Carillo, avant que les deux anciens pros ne se mettent à rigoler de concert. Une fois son sérieux retrouvé, celle qui avait remporté un titre à Roland-Garros en double mixte avec un certain John McEnroe aura toutefois cette analyse plutôt bien sentie : "C'est le plus jeune joueur du tableau, il a eu 18 ans la semaine dernière, il est grand et très maigre et il a très, très faim. En fait, quand on le regarde jouer, il a l'air d'avoir faim au sens propre et au sens figuré."
Novak Djokovic n'a pas encore le tennis et surtout le physique de ses ambitions, mais au carrefour du printemps et de l'été 2005, il est en train de franchir un premier cap. Roland-Garros fut une esquisse. Wimbledon en sera la confirmation. Sur le gazon londonien, celui que personne ne surnomme encore le "Djoker" avance d'une case supplémentaire : il accède aux 16es de finale, ce qui lui vaudra pour la première fois d'intégrer le Top 100. Deux décennies plus tard, il n'en est plus sorti et il s'en faut de beaucoup. Mais c'est surtout sa victoire contre Guillermo Garcia Lopez, au deuxième tour, qui va offrir un premier aperçu de ce que le jeune homme a dans le ventre.
Contre l'Espagnol, Novak Djokovic se retrouve mené deux sets à rien avant d'arracher les deux manches suivantes au tie-break et de s'imposer 6-4 au 5e (3-6, 3-6, 7-6, 7-6, 6-4). Il a passé quatre heures sur le court et, surtout, sauvé plusieurs balles de match avant de s'en sortir. C'est la première fois de sa carrière qu'il sort vainqueur d'un match en Grand Chelem après avoir perdu les deux premières manches. Ce ne sera pas la dernière. À ce jour, le champion de Belgrade a accompli huit "remontadas" en Grand Chelem. Le plus impressionnant dans tout ça ? Il a décroché le titre au bout de la quinzaine dans les trois-quarts des cas, y compris les quatre dernières.

Souvenirs divergents

Dans ce domaine, sa victoire contre Garcia Lopez fut une exception puisqu'il avait été éliminé dans la foulée au troisième tour contre Sébastien Grosjean, non sans lui avoir pris un set (7-5, 6-4, 5-7, 6-4). Mais mentalement, c'est bien au cours de cet été 2005 que Djokovic a commencé à se prouver et à nous prouver des choses. Dans la foulée, à l'US Open, il remportera un autre match épique contre Gaël Monfils au premier tour. Le fameux duel du "Djoko m'a fourré", comme le dira le Français. Mais c'est une autre histoire.
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Novak Djokovic à Wimbledon en 2005.

Crédit: Getty Images

Novak Djokovic fera plusieurs fois référence à sa victoire contre Guillermo Garcia Lopez comme d'un premier moment charnière dans sa trajectoire d'apprenti champion. Parce qu'il avait 18 ans. Parce que c'est le match qui allait lui permettre de rentrer dans le Top 100. Parce qu'il avait été mené deux sets zéro et qu'il avait sauvé plusieurs balles de match. Mais combien, au fait ? 3 ? 4 ? 6 ? Les sources, les avis et les souvenirs divergent sur ce point, ce qui paraît assez fou dans la mesure où l'on ne parle pas non plus d'un match des années 30.
Difficile de trouver trace de coupures de presse ou d'articles en ligne sur ce match du 2e tour entre un gamin de 18 ans alors encore largement inconnu contre un terrien espagnol classé au-delà de la 80e place mondiale. Certains écrits, peu précis, parlent de 6 balles de match, sans donner de détails. Novak Djokovic, lui, évoquera 3 balles de match en 2012, lors d'une conférence de presse : "Ça avait été un match très difficile. Je me souviens qu'après avoir battu (Juan) Monaco, j'étais revenu de deux sets zéro contre Garcia Lopez en sauvant trois balles de match. Ensuite, j'avais perdu contre Grosjean."
C'est un peu comme être au bord d'une falaise où il n'y aurait aucune possibilité de faire demi-tour
Là où la chose devient cocasse, c'est quand Guillermo Garcia Lopez lui-même se penche sur ses souvenirs. Il donne encore un autre chiffre. Mais lui se montre beaucoup plus précis et sa description donne une autre ampleur au miracle du jeune Serbe : "A 5-4, 40/30, dans le 3e set, je sers une grosse première sur le T. Je n'ai plus qu'à jouer un coup droit mi-court pour gagner le point et le match. Je jette un œil au juge de ligne, il donne la balle bonne et je lève les bras. Je commence à célébrer."
Mais alors que les deux joueurs s'approchent du filet, l'arbitre "overrule". Il a vu la balle dehors. "Le match a continué, poursuit le Castillan. Là, j'ai perdu ma concentration et je me suis fait débreaker. Mais j'ai repris son service tout de suite et j'ai mené 40/0 à 6-5. J'ai eu trois balles de match de plus..." Ce qui ferait donc bel et bien quatre. Une histoire de fous, où les mémoires se contredisent à mesure que les souvenirs se croisent. Une chose est sûre, Djoko a été miraculé ce jour-là. C'était la première fois qu'il s'imposait en sauvant des balles de match. Pas la dernière.
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Guillermo Garcia Lopez

Crédit: Getty Images

Qu'il ait alors sauvé 3, 4, 6 ou 38 balles de match, il s'est imposé 17 fois dans sa carrière en écartant une ou plusieurs balles de match. La dernière fois, c'était à Cincinnati, à l'été 2023. À croire qu'il aime ça. Et d'une certaine manière, c'est vrai. Voilà ce qu'il avait dit à Dubaï en 2020 après avoir fait le coup à Gaël Monfils : "C'est un peu comme être au bord d'une falaise où il n'y aurait aucune possibilité de faire demi-tour. Donc, vous devez vous jeter dans le vide et trouver un moyen de survivre. Alors vous priez un bon coup et vous essayez de vous convaincre que vous pouvez vous en sortir. Je ne sais pas si ça me plait mais j'accepte la situation et je fais de mon mieux. C'est ça, ce que je ressens, à ce moment-là."
Il y eut donc un avant et un après Wimbledon 2005 à cet égard pour l'homme le plus titré de tous les temps. Parfois, dans la difficulté, il a tourné ses pensées vers ce match. Parce que c'était celui de sa toute première fois. De son premier miracle. Comme contre Florent Serra, à Halle, en 2009, ou face à Andy Murray à Shanghai en 2012. Deux rencontres où il avait sauvé… 5 balles de match. "Ça m'a fait penser au match contre Garcia Lopez, qui a été très important pour moi", avait-il alors confié dans les deux cas. Une sorte d'acte fondateur, de ce qui est devenue une spécialité chez lui. Depuis, il faut toujours achever Djokovic. Tant qu'il lui reste un souffle de vie, il demeure dangereux.
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