Le Grand Chelem le plus lent ? Wimbledon, qu'as-tu fait de ton gazon ?

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Depuis bientôt un quart de siècle, le jeu sur herbe a beaucoup évolué, au nom de la sacrosainte uniformisation des surfaces. Et ça n'a jamais été plus vrai que cette année, où nombreux sont ceux qui ont déploré la lenteur du gazon à Wimbledon. Pour Henri Leconte, c'est même devenu le Grand Chelem le plus lent. Cela tient à l'herbe, aux balles et aux conditions spécifiques de cette édition 2025.

Le Centre Court de Wimbledon

Crédit: Getty Images

Wimbledon, c'était mieux avant ? Pas nécessairement, selon les goûts et les affinités de chacun. Mais c'était en tout cas différent. Avant, c'était non seulement une affaire de spécialistes, un terrain de jeu à nulle autre pareil, en plus d'être la surface rapide par excellence. Le gazon a changé de nature et de vitesse. C'est une réalité depuis quasiment un quart de siècle, la bascule, brutale, s'étant produit entre 2001 et 2002, en témoignaient alors les finales de ces deux éditions, puisque nous étions passés du duel d'attaquants Ivanisevic – Rafter au plus improbable Hewitt – Nalbandian. Mais ce débat n'a jamais semblé aussi prégnant qu'au cours de cette édition 2025. Nombreux sont celles et ceux qui ont élevé la voix à ce propos.
Il y a eu, c'est vrai, une affaire de circonstances. Les très fortes chaleurs du début de quinzaine, notamment, qui ont contribué à accentuer le ralentissement de la surface de jeu. "Avec la chaleur, c'est comme si la balle s'arrêtait sur l'herbe", avait relevé la semaine dernière la tenante du titre Barbora Krejcikova. "Le jeu est très différent de d'habitude. Il n'y a pas assez d'eau", avait-elle ajouté, déplorant, et elle n'est pas la seule, une herbe trop sèche. Denis Shapovalov, après son élimination au premier tour, avait été brutal : "Ce n'est plus du gazon. C'est encore plus lent que de la terre battue. C'est une blague." "Les courts sont plus lents que des courts en terre battue. Je ne sais pas si on peut encore appeler ça du gazon", avait quant à elle tonné Petra Kvitova, double reine des lieux en 2011 et 2014.
Je ne crois pas qu'il s'agisse seulement de l'herbe
Shocking. Au point que Neil Stubley, responsable des courts (et de l'horticulture, selon son titre officiel) du All England Club s'est senti obligé d'intervenir. "L'une de nos principales préoccupations, a-t-il assuré auprès de BBC Sport, est la régularité. Nous nous efforçons constamment de garantir une vitesse de balle et un rebond constants." Il le jure, le gazon n'a pas été modifié par rapport aux années précédentes. "Je ne crois pas qu'il s'agisse seulement de l'herbe, il y a aussi les balles à mon avis, avait ajouté Krejcikova. Mais au final, c'est globalement plus lent."
"On voit que beaucoup de joueurs en parlent et je le dis depuis un moment, le gazon, c'est devenu la surface la plus lente aujourd'hui sur les tournois du Grand Chelem, a estimé Henri Leconte, ancien demi-finaliste à Londres, dans Retour Gagnant sur Eurosport. Ils ont implanté le gazon d'une tout autre façon afin que la balle puisse être ralentie. Nous, on avait plutôt des problèmes de faux rebonds."
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Leconte sur le gazon de Wimbledon : "Nous, on avait des problèmes de faux rebonds"

Video credit: Eurosport

Le plus gros chamboulement concernant le jeu sur herbe tient d'abord à la nature de ce rebond. Longtemps, le but sur herbe était de ne surtout pas laisser la balle rebondir, parce que celle-ci fusait et que les faux rebonds étaient légions. Voilà pourquoi, jusqu'au début du XXIe siècle, tout le monde ou presque pratiquait le service-volée sur première comme sur seconde balle. Il était extrêmement délicat de disputer le moindre échange. Le jeu sur herbe était un jeu sans échange. A titre d'exemple, lors de la demi-finale de l'édition 1984 entre John McEnroe et Ivan Lendl, un seul point s'était étendu au-delà des… six frappes de balle. Inimaginable aujourd'hui. C'était un tennis radicalement différent.

A en avaler ses fraises de travers

Toujours dans Retour Gagnant, la semaine passée, Nicolas Escudé avait d'ailleurs pointé cet aspect : le rebond, plutôt que la vitesse pure. "Ils n'ont pas ralenti le gazon, selon le consultant d'Eurosport. Il n'est pas plus lent. C'est le rebond qui est plus haut. En termes de vitesse pure de jeu, ce n'est pas beaucoup plus lent qu'avant, mais le rebond a beaucoup changé." Un autre Nicolas, Mahut, avait appuyé au même endroit il y a quelques années : "Ce qui a le plus évolué dans le jeu sur gazon, c'est le rebond, beaucoup plus haut, encore plus que la vitesse du jeu en elle-même."
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Pourquoi Wimbledon reste le plus grand tournoi du monde

Video credit: Eurosport

Jadis, la balle, rasante, fusait vers le sol au moindre contact avec celui-ci. Aujourd'hui, elle repart vers le haut. Cette évolution-là, pour le pire ou le meilleur, à chacun de juger, est entérinée pour de bon. Un changement structurel, une révolution culturelle, peut-être définitive. Quand, en plus, des éléments plus conjoncturels viennent se greffer comme c'est le cas cette année avec une météo propice et des balles lestées comme du plomb, l'herbe s'éloigne encore plus de ce qu'elle fut pour se rapprocher de ce que sont les autres, notamment sa cousine terrienne.
Une fois que la séquence d'ouverture service / retour / premier coup post-service est terminée, si la différence n'est pas nette, la probabilité de voir l'échange se prolonger au-delà de 10 ou 15 coups devient au moins aussi importante que sur dur ou même sur terre. Plus que jamais, le fond du court a pris possession du gazon. Telle est la nature du jeu sur herbe, à faire avaler de travers aux attaquants verts de jadis leurs fraises londoniennes.
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