Wimbledon 2025 - Carlos Alcaraz - Jannik Sinner, duo d'enfer pour une rivalité déjà majuscule

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Djokovic est encore là, Federer et Nadal n'appartiennent pas encore à la préhistoire, mais le Big 3, autour duquel tout a tourné pendant près de deux décennies, a trouvé ses successeurs. Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ne sont pas seulement les vainqueurs des six derniers tournois du Grand Chelem. Leur rivalité est de celles qui transcendent les époques. Elle est digne des plus grandes.

Alcaraz - Sinner : une finale légendaire à Roland-Garros

Video credit: Eurosport

Avec ces deux-là, le tennis tient quelque chose. De fort et sans doute de durable. Carlos Alcaraz et Jannik Sinner sont jeunes et déjà au sommet. Ils sont en train d'imposer leur ère depuis un an et demi, même si l'Espagnol, lui, avait déjà pris un peu d'avance, bien qu'étant le moins âgé des deux. En tout cas, avec ces deux-là, le circuit masculin est entre de bonnes mains. Dire que certains annonçaient l'émergence du creux, du rien, de l'ennui, d'une époque désertique, bref, de la fin des haricots tennistiques post Big 3.
Autant le dire clairement, cette crainte n'avait aucun sens. Le tennis, comme la nature, a horreur du vide. Il y aurait un après Federer, Nadal et Djokovic. Comme il y eut un après Laver et Rosewall, un après Borg, un après années 80, la vraie époque dorée, de Borg à McEnroe, de Connors à Lendl, de Wilander à Becker et Edberg, puis un après Sampras et Agassi. Il y a toujours un après. Grâce à Alcaraz et Sinner, l'après est déjà maintenant.
Tout me plait dans cette rivalité et, quitte à prendre le risque de la surexcitation trop hâtive, elle est déjà, en l'état, une rivalité marquante. Je n'ai qu'une réserve, alors autant commencer par là : il manque peut-être à ces deux-là une opposition de style plus prononcée. Ce registre-là possède un supplément d'âme. C'est Borg-McEnroe. Federer-Nadal. Si, dans le tandem hispano-italien, pouvait se nicher un pur attaquant, un style un peu plus tranché, différent et même, pourquoi pas, ne serait-ce qu'un revers à une main, leur alliage confinerait au parfait. Ils n'ont pas ça et sans être des copies conformes, ils se ressemblent sur bien des aspects. Tant pis pour nous, plus que pour eux.

Ils se magnifient l'un et l'autre

Pour le reste, il ne manque rien. Bien sûr, tout est aussi affaire de goût, d'affect et de ressenti. Vous pouvez être insensibles au jeu de l'un, à la personnalité de l'autre, et ainsi de suite. Mais il paraît tout de même délicat de nier que ces deux-là sont devenus d'authentiques champions, qu'ils sont capables de produire un niveau de jeu extravagant et, surtout, que quand ils sont ensemble sur un court de tennis, ils se magnifient l'un et l'autre. Or c'est d'abord ça, la force d'une rivalité. La qualité, plus que la quantité.
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Où placer le Sinner-Alcaraz dans l'Histoire ? "Dans le Top 3 des plus grandes finales"

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Quand on demandait à Novak Djokovic si Sinner et Alcaraz pourraient un jour générer une rivalité aussi marquante que la sienne avec Nadal, ou celle du Majorquin avec Federer. "Il leur faut du temps", avait-il estimé. Il n'avait pas tort, mais peut-être pas totalement raison non plus. Un tel lien ne repose pas que sur la durée et le nombre. Non seulement ce n'est pas forcément indispensable, mais ce n'est pas fondamental.
Björn Borg et John McEnroe ne se sont affrontés que 14 fois. 14 matches répartis sur moins de quatre ans. Autant dire rien. Mais dans le lot, que des demies ou des finales — en dehors d'un match de poule au Masters — et, surtout, quatre finales de Grand Chelem, dont une absolument mythique. Cela suffit. Il n'en faut pas plus. Ce qui rend les "Fedal", les "Djokodal" et les "Fedovic", ce sont leurs matches les plus dantesques, ceux qui les ont ancrés dans la légende. Au hasard, la finale de Wimbledon en 2008, celle de l'Open d'Australie en 2012, la demie de Roland l'année suivante, les finales de Melbourne en 2017 ou de Wimbledon en 2019. Et d'autres. Tant qu'il y a ces sommets-là, même avec 15 ou 20 duels de moins dans leur liste commune, la puissance de ces mythes serait identique.
Avec 12 confrontations, Sinner et Alcaraz sont déjà presque à la hauteur de Borg et McEnroe, numériquement. À 22 et (bientôt) 24 ans, ce n'est pas négligeable. Mais au-delà de ça, ce qui leur manquait jusqu'au mois dernier, c'était une finale de Grand Chelem. Comme nous l'avions alors indiqué, une grande rivalité sans finale majeure, cela n'a jamais existé. C'est désormais chose faite et, pour cette première, ils ont offert un chef-d'œuvre de dramaturgie doublé d'un sommet qualitatif. Cette finale d'anthologie suffit à donner à leur duo une nouvelle envergure.

Trust sur les années 2020

À la fin de l'année 2019, nous avions établi le classement des 50 plus grands matches de la décennie. Si nous appliquions la même démarche aux années 2020, quasiment à mi-chemin de celles-ci, il est plus que probable que Carlos Alcaraz et Jannik Sinner occuperaient les deux premières places de la hiérarchie provisoire. Un vrai trust sur les années 2020. Leur quart de finale de l'US Open 2022 et la finale de Roland-Garros 2025 sont deux authentiques monuments et vous pouvez être certains qu'ils franchiront le cap de l'usure du temps. Dans 15 ou 30 ans, personne ne dira en les revoyant "quand même, qu'est-ce que c'était chiant, comment on a pu aimer ce match ?"
Leur finale de Pékin l'année dernière n'était certes pas un match de Grand Chelem, là où s'écrit la grande Histoire, mais cela n'en a pas moins été LE match de l'année 2024. Ils ont donc déjà largement dépassé le cadre des promesses. Celles-ci ont été tenues. Alcaraz par-ci, Sinner par-là, il n'y en a presque que pour eux désormais, que ce soit au rayon culte ou sur les palmarès. À court et même moyen terme, il n'y a pas de raisons que cela change. Peut-être un troisième larron pointera-t-il le nez, peut-être même les surpassera-t-il. Oui, peut-être trouveront-ils prochainement leur Djokovic, comme ce fut le cas pour Federer et Nadal.
Mais l'émergence du Serbe n'a altéré ni la grandeur du Bâlois et du Majorquin en tant que champions ni l'aura de leur couple tennistique. Alcaraz et Sinner ont quoi qu'il arrive déjà forgé un passé commun, ils écrasent leur temps présent et possèdent encore tout l'avenir du monde. Chacun de leur côté et peut-être plus encore à l'unisson. Ce sera peut-être dès Wimbledon. Ou pas. Mais il y aura une suite. Et si elle est aussi belle et forte que les premiers éléments de leur legs commun, la trace qu'ils laisseront, déjà non négligeable, pourrait devenir immense.
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Alcaraz renverse Sinner à l'issue d'un duel haletant : le résumé du match

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