Wimbledon 2025 - Le tennis masculin français n'est-il pas en train de vivre sa pire décennie en Grand Chelem ?
Par Laurent Vergne
Publié 06/07/2025 à 00:20 GMT+2
Tout s'est donc arrêté vendredi pour les Français à Wimbledon. Un bilan décevant, notamment chez les hommes, qui continuent de traverser les tournois du Grand Chelem sans pouvoir faire mieux que de la figuration. Ce n'est pas nouveau. Les années 2020 sont en train de s'imposer comme la pire décennie bleue de l'ère Open. Une mauvaise rengaine.
Ugo Humbert à Wimbledon.
Crédit: Getty Images
Le tennis français a repris ses habitudes. La première semaine s'est achevée que, déjà, tout était fini pour les Bleus, dès les 16es de finale. La seconde semaine de Wimbledon va donc vivre sans aucune trace tricolore. Personne ne peut jouer les étonnés. Roland-Garros a constitué une délicieuse exception grâce au parcours hors normes de Loïs Boisson. Eclaircie d'autant plus lumineuse que la Dijonnaise est sortie de nulle part et des bas-fonds du classement WTA. Paradoxalement, ce trait de lumière est venu d'un tennis féminin pourtant englué dans des profondeurs bien plus abyssales que celles des hommes. Pourtant, chez ces derniers aussi, les vaches sont maigres.
Nous sommes en 2025, à mi-chemin des années 2020 et cette décennie est bien en train de devenir pour les Français la plus morose en Grand Chelem depuis les années 70. Comme si l'arrivée du Covid-19 avait fait plonger le tennis tricolore. Il n'y est évidemment pour rien, il ne s'agit de rien d'autre que d'une coïncidence, mais depuis l'entrée dans les années 20 du XXIe siècle, le bilan est maigre, pour ne pas dire famélique. Sur les 22 derniers tournois du Grand Chelem, les Bleus totalisent… un quart de finale, joué et perdu par Gaël Monfils à l'Open d'Australie en 2022. Certes, la décennie n'est pas finie, elle vient de passer le cap de la moitié, mais tout de même.
Les yeux qui piquent
Quarts de finale par décennie en Grand Chelem chez les hommes :
Années 70 : 7
Années 80 : 17
Années 90 : 20
Années 2000 : 16
Années 2010 : 29
Années 2020 : 1
Années 80 : 17
Années 90 : 20
Années 2000 : 16
Années 2010 : 29
Années 2020 : 1
De quoi avoir les yeux qui piquent. C'est donc la pire décennie depuis le début de l'ère Open qui est en train de se mettre en place pour le tennis masculin français, en tout cas pour ce qui est des performances en Grand Chelem. Même les faméliques années 70, si creuses en attendant l'émergence de la génération menée par Yannick Noah, avait tout de même généré sept quarts de finale majeurs. Les années 2020 sont loin, très loin d'être lancées sur des bases identiques. C'est donc une disette historique que nous vivons actuellement.
Pourtant, il y avait eu quelques éclaircies, y compris en Grand Chelem. Pas de quarts de finale, certes, mais à Wimbledon, l'an dernier, ils étaient trois à figurer en huitièmes : Ugo Humbert, Arthur Fils et Giovanni Mpetshi Perricard. À Melbourne, en janvier dernier, Humbert et Monfils étaient également présents sen huitièmes. À chaque fois, ils s'étaient arrêtés là, mais c'était déjà un pas en avant. Mais Roland-Garros et Wimbledon viennent de sérieusement doucher ce début, sinon d'enthousiasme, en tout cas d'espérance de jours meilleurs.
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"Il a du caractère, des ambitions et le travail qui va avec" : Fils, celui qui sort du lot
Video credit: Eurosport
Une nation de coups et d'à-coups ?
Bien sûr, on peut évoquer des circonstances. Arthur Fils contraint d'abandonner en Australie et à Paris et forfait à Londres, alors qu'il venait juste d'intégrer le Top 15 mondial et d'afficher une nouvelle régularité en Masters 1000. Le tirage au sort globalement très défavorable sur le gazon anglais. Mais sur quatre, cinq ou six saisons, il devient difficile de plaider la conjoncture. Le problème est structurel et cette dernière édition de Wimbledon est particulièrement frustrante et décevante.
D'abord parce que l'herbe est devenue une zone de (ré)confort pour les Bleus. C'est une surface où ils se sont pour la plupart à l'aise. Puis, la triple présence de l'été 2024 en huitièmes de finale donnait envie de voir la suite. Le trio Humbert – Fils – Mpetshi Perricard avait bouclé la saison précédente sur une dynamique intéressante. 2025, espérions-nous, pouvait être l'année du grand bond en avant ou, a minima, de la confirmation de leur progression. Pour des raisons diverses et variées, ce n'est pas vraiment le cas.
Alors, oui, le tirage, les blessures, les ceci, les cela. Tout ce que vous voulez. Mais si Ugo Humbert veut franchir un cap, il faudra bien qu'il trouve le moyen de gagner des matches comme son premier tour à Wimbledon face à Gaël Monfils. Sa campagne sur gazon aura été décevante au regard de son potentiel et de ses ambitions. Oui, il y a eu de bonnes choses et de belles émotions à Wimbledon ces derniers jours. Rinderknech contre Zverev ou Bonzi face à Medvedev ont signé les plus belles victoires de leur carrière en Grand Chelem. Il faut les saluer et tout le monde l'a fait. Mais le tennis français est-il juste devenu une nation de coups et d'à-coups ?
Nous en sommes réduits à craquer les allumettes pour nous enflammer sur ce type de performances. Jusqu'à des jours meilleurs. Le potentiel de la nouvelle génération reste réel. Des quarts de finale, Arthur Fils en jouera, tôt ou tard. Peut-être même, qui sait, dès le prochain US Open. Pourquoi pas. En attendant les faits, les promesses n'engagent que ceux qui les croient. Le concret, lui, est têtu. Et il n'est pas aimable : c'est un désert que traversent les Français. Jusqu'à preuve du contraire.
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