Wimbledon 2026 | Simple messieurs | Félix Auger-Aliassime doit devenir ce qu'il n'a encore jamais été
Par Laurent Vergne
Mis à jour 07/07/2026 à 18:25 GMT+2
Félix Auger-Aliassime s'attaque à Novak Djokovic mardi à Wimbledon. Un mois après un échec flagrant au même stade de la compétition à Roland-Garros contre Flavio Cobolli, le Canadien est-il vraiment de taille à rivaliser avec le septuple vainqueur du tournoi ? Une chose est sûre, à ce stade de sa carrière, il a besoin de changer de dimension. Pour arrêter de décevoir et surtout de se décevoir.
Félix Auger-Aliassime
Crédit: Getty Images
"Je vais avoir 26 ans cette année, et je ne progresse pas comme je le voulais. J'ai l'impression de ne pas être le joueur que j'aimerais être C'est pour ça que je ne suis pas bien." C'était il y a cinq semaines. Le 3 juin. À Roland-Garros, Félix Auger-Aliassime venait de perdre un match qu'il avait eu en main, contre Flavio Cobolli. C'était un quart de finale et, même s'il ne pouvait encore le savoir, ce match-là lui aurait directement ouvert les portes de sa première finale de Grand Chelem. Touché comme jamais après une défaite, "détruit" même, selon le mot qu'il avait alors utilisé, on l'avait senti au fond d'un gouffre dans lequel il s'était lui-même plongé.
Cette autocritique en public avait surpris, tant pour la démarche elle-même que pour la sévérité du propos. Car après tout, il avance, Félix. Pas aussi vite ni aussi haut qu'il le souhaiterait, mais depuis un an, il a tout de même franchi quelques caps. Un, surtout. Celui de la constance. En Grand Chelem, par exemple, il a acquis une régularité qui lui avait longtemps fait défaut ces dernières années. Il continue, d'ailleurs. À Wimbledon, le voici à nouveau en quarts de finale. Son troisième sur les quatre derniers Majeurs. Soit autant que lors des… quatorze précédents tournois du Grand Chelem.
Mais ce qu'il cherche, ce qui lui manque encore tant, c'est d'en claquer une bonne, une belle, une grosse. Une victoire qui vous propulse dans une autre dimension et change parfois une carrière. Cela tombe bien, mardi, il fera face sur le Centre Court au maitre-étalon absolu, Novak Djokovic. Celui qui est tout ce qu'il n'est pas. S'il sort vainqueur de ce match-là, il tournera en un mois le dos à pas mal de frustrations, et à son constat parisien du mois dernier en mode "je n'avance pas d'un centimètre dans ma carrière."
Nous le croirons quand nous le verrons
Le problème, c'est que pas grand-monde n'y croit. Il faut dire que rien de ce qu'a montré Auger-Aliassime n'incite à l'optimisme pour lui avant une telle confrontation. Sa fébrilité, ses fragilités, ses limitations tennistiques aussi, car elles existent. Un déficit de variations et d'options. Le Canadien a le jeu et les armes de base pour être là où il est aujourd'hui, à savoir dans le Top 5 mondial. C'est déjà beau et enviable. Mais il lui manque dans la raquette et sans doute plus encore dans la caboche tout ce qui pourrait lui permettre d'aller au-delà et vers l'infini.
Peut-il s'affranchir un jour de tous ces freins ? Oui. S'il trouve que le temps presse et regrette de filer déjà sur ses 26 ans, il est encore jeune. Un Stan Wawrinka avait opéré sa mue psychologique deux années plus tard. Il peut devenir ce qu'il n'est pas encore. Mais cet âge des possibles peut-il arriver dès cette semaine ? Dès ce mardi, contre Djokovic ? C'est une autre paire de manches et, pour être honnête, nous le croirons quand nous le verrons. Il est à craindre aussi que Félix Auger-Aliassime lui-même doive s'en persuader. Or, il s'agit d'un préalable indispensable, à défaut d'être suffisant.
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Auger-Aliassime.
Crédit: Getty Images
"C'est une immense opportunité, juge-t-il. C'est un grand honneur pour moi de disputer ce match. Jouer ici, sur ce court... c'est le genre de match qu'on a envie de jouer, celui pour lequel on s'entraîne et on se prépare." Mais est-ce le genre de match qu'il est capable d'assumer ? Voire de gagner ? "Écoutez, c'est simple : je dois jouer mon meilleur tennis, résume le Québécois. Je ne passerai pas le tour si je ne joue pas à mon meilleur niveau. Le plan de jeu est assez simple. Oui, j'espère pouvoir montrer que j'ai progressé en tant que joueur."
Tout ne dépendra pas que de lui. L'essentiel dépendra même de Novak Djokovic. Si le Serbe affiche le visage qui fut le sien lors de son deuxième tour contre Stefanos Tsitsipas, la mission sera complexe, sans doute trop, pour le Montréalais. Mais dans ses autres matches, il a parfois laissé la porte entrouverte. Si tel est le cas, charge à F2A de se montrer à la hauteur. Pour terrasser l'homme aux 24 titres et aux 66 (!) quarts de Grand Chelem, il est probable que Félix Auger-Aliassime doive montrer un visage que nous ne lui avons encore jamais connu. La version connue de lui-même ne suffira pas. Il doit devenir ce qu'il n'a encore jamais été. Il lui faut une métamorphose. Rien de moins.
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