WTA Hambourg - "C’est dingue mais pas tant que ça" : décryptage du phénomène Loïs Boisson après son premier trophée sur le circuit principal
Eurosport sur GooglePauline Parmentier, responsable des jeunes filles à la FFT, a accompagné Loïs Boisson la semaine dernière à Hambourg en l'absence de son coach Florian Reynet. L'ancienne 40e joueuse mondiale suit la Dijonnaise, qui a remporté son premier trophée en Allemagne, depuis de nombreux mois désormais et porte un regard différent sur son explosion très soudaine et spectaculaire au plus haut niveau.
Boisson, un premier titre à Hambourg : les temps forts de sa victoire en finale
Video credit: Eurosport
Pauline, en 45 jours, Loïs Boisson a atteint les demi-finales de Roland-Garros puis remporté son premier tournoi sur le circuit principal ce dimanche à Hambourg. Est-ce que si on vous avait dit ça il y a deux mois vous y auriez cru ?
P.P. : Je ne dirai pas que je tombe de ma chaise. En 2024, elle avait un palmarès énorme avec une vingtaine de victoires d'affilée sur terre. Je ne suis pas étonnée de son niveau de jeu mais, bon, bien sûr, de là à aller chercher une demi-finale en Grand Chelem… Ce n'est pas une surprise car, quand on la voit jouer, il n'y a pas un moment où on se dit "elle est en feu". Donc c'est à la fois dingue et pas tant que ça. Je savais qu'elle était extrêmement dangereuse sur terre.
P.P. : Le niveau qu'elle a eu à Hambourg, c'était le niveau qu'elle avait déjà l'an passé avant de se blesser à un genou. À Roland-Garros, c'était encore autre chose : elle était au-dessus. En Allemagne, là où elle m'a impressionnée, c'est dans l'enchainement des matches pendant la semaine. Elle n'a pas joué son meilleur niveau mais elle a réussi à progresser dans le tableau. Sur les deux premiers tours, elle joue des filles autour de la 130e, 140e place mondiale, elle n'était pas au top mais elle a une marge et ça, c'est vraiment intéressant. Ensuite, elle a élevé son niveau.
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Loïs Boisson a remporté le tournoi d'Hambourg
Crédit: Getty Images
dès l'échauffement en tapant des balles dans l'axe, elle mettait en difficulté les filles
Aujourd'hui, peut-on dire qu'elle est une menace pour toutes les joueuses sur terre ?
P.P. : Oui, elle a un niveau monstrueux sur terre battue. En étant au plus près d'elle la semaine dernière, j'ai vu que, dès l'échauffement en tapant des balles dans l'axe, elle mettait en difficulté les filles. Elles ont l'habitude d'une balle tendue à hauteur de hanche or, celle de Loïs a un rebond qui gicle tellement que même sur un échange dans l'axe, c'est dur à renvoyer. Vont-elles finir par s'y habituer ? Peut-être mais ce n'est pas commun. Elle a un énorme atout. Et le jour où elle exploite moins bien cette balle, elle peut s'en sortir grâce à ses qualités physiques et sa couverture de terrain.
Elle est parfois inconstante dans un même match et, à 22 ans, alors que sa carrière débute, elle donne l'impression d'être encore un work in progress.
P.P. : Ce qui est intéressant, c'est qu'elle a une grosse marge de progression puisqu'elle découvre tout. Elle va vivre sa première tournée américaine, jouer pour la première fois sur dur extérieur, elle va découvrir l'Australie. Tout est nouveau. Elle a à la fois une fraîcheur énorme et déjà un niveau de jeu bien en place. Bien sûr, elle a des axes de progression, notamment côté revers et d'autres choses à améliorer.
Sa victoire à Hambourg prouve aussi qu'elle est costaude dans la tête alors qu'elle aurait pu s'effondrer après sa demi-finale à Roland-Garros ou sa défaite au premier tour des qualifications à Wimbledon.
P.P. : Elle est déjà très mature sur le côté mental avec une exigence importante. Ce qui la frustre, c'est quand elle n'arrive pas à faire ce qu'elle veut. Mais elle ne panique jamais, elle connait ses forces. Elle a bien géré l'après-Roland parce que, mentalement, elle a beaucoup d'armes.
elle a les mêmes qualités sur dur, c'est juste une question d'adaptation
Est-ce qu'elle n'est pas trop négative durant les matches au cours desquels elle a souvent le visage fermé ?
P.P. : Elle bosse dessus mais c'est ce qui fait qu'elle reste très concentrée. Il n'y a pas un moment où elle s'emballe. Il faut qu'elle arrive à prendre du recul sur certains trucs mais elle va se rassurer sur plein de choses en s'installant au classement (ndlr : elle est 44e mondiale désormais). Encore une fois, tout est nouveau pour elle.
Peut-elle exporter sa réussite sur terre sur les autres surfaces et en particulier sur le dur dont la saison démarre ?
P.P. : Les durs ont été ralentis. Aux États-Unis, il est assez poreux, il accroche. Mais elle doit prendre ses marques. Évidemment, elle ne pourra pas dupliquer ses glissades sur terre et devra adapter ses déplacements. Mais elle a les mêmes qualités sur dur, c'est juste une question d'adaptation. Sur le gazon, c'est pareil. C'était sa première fois lors des qualifications de Wimbledon. Elle était déçue mais, comme tout était nouveau, elle n'avait pas d'attente par rapport à ça. Elle a joué une fille qui jouait très bien sur cette surface qui s'est qualifiée pour le tableau final.
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Loïs Boisson après sa victoire en demi-finale du tournoi de Hambourg, le 19 juillet 2025
Crédit: Imago
Malgré tout, avec son décalage coup droit qui est son coup signature, on a l'impression que Boisson est une vraie terrienne.
P.P. : Elle aura moins de temps de préparation, c'est certain. Sur terre, elle va chercher son décalage dans le couloir côté revers. Sur dur, elle ira le chercher moins loin mais elle peut tout à fait prendre le contrôle du point grâce à son gros coup droit. Elle peut avoir des ambitions puisque, déjà, elle ne peut qu'augmenter son classement. En étant 44e aujourd'hui, tout peut arriver et même être tête de série à l'US Open ou à Melbourne. Ses tournées aux Etats-Unis puis en Asie sont longues avec de gros tournois. Il faut la laisser faire son truc tranquillement et voir comment elle gère tout ce qu'elle découvre.
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