De la comète à la haine : Eugenie Bouchard, une carrière à part
Par Glenn Ceillier
Mis à jour 19/07/2025 à 17:35 GMT+2
Eugenie Bouchard a décidé d'arrêter sa carrière chez elle durant ce mois de juillet lors du WTA 1000 de Montréal. Pas vraiment un événement alors que la Canadienne ne brille plus depuis des années sur le circuit. Mais cette annonce permet aussi de se retourner sur son parcours tourmenté alors qu'elle a payé cher son envie d'exister aussi loin des terrains.
Eugenie Bouchard
Crédit: Getty Images
Ses "haters" diront que ce n'est pas vraiment une nouvelle. Qu'elle n'est plus une joueuse pro depuis des années maintenant. Et il est difficile de leur donner tort cette fois-ci alors qu'elle n'a plus gagné un match sur le circuit WTA depuis septembre 2023 et qu'elle a disputé sa dernière rencontre de Grand Chelem à Roland-Garros en 2020. Mais voilà, Eugenie Bouchard, qui s'est mise au pickleball ces dernières années, a bien décidé de raccrocher ses raquettes de tennis. Et de boucler la boucle chez elle à Montréal durant ce mois de juillet. La fin d'une carrière tourmentée. Avec son lot de joies et… ses multiples frustrations.
Dire qu'Eugenie Bouchard n'est pas une joueuse comme les autres ne signifie pas tomber dans la facilité sémantique. La Canadienne peut déjà se targuer d'avoir joué une finale de Grand Chelem, à Wimbledon en 2014. Et de compter deux autres demi-finales en Majeur (ndlr : Open d'Australie et Roland-Garros 2014). D'avoir aussi gagné un titre WTA (ndlr : Nuremberg) et d'avoir atteint le 5e rang mondial toujours lors de cette année 2014 fantastique alors qu'elle n'avait que 20 ans. Mais elle a surtout vite dépassé le cadre du sport. Très vite même.
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"Sa popularité allait bien au-delà de ses performances sur le terrain"
Entre son éclosion en mode comète et son physique avantageux, Eugenie Bouchard cochait en effet de nombreuses cases pour attirer les marques, les organisateurs… mais pas seulement. "Après ses succès en 2014, Eugenie est devenue la coqueluche du tennis féminin et tout le monde se l’arrachait, a rappelé cette semaine Valérie Tétreault, l'ancienne joueuse professionnelle de la WTA devenue directrice de l’Omnium Banque Nationale dans le Journal de Montreal. Sa popularité allait bien au-delà de ses performances sur le terrain. C’était une joueuse très commercialisable. (…) Si on se met dans ses souliers deux minutes, on réalise que c’était spécial, mais aussi que c’était un peu intense à vivre"
Par ses passions diverses, la native de Montreal est notamment devenue une vraie influenceuse avec ses 2.3 millions de followers sur Instagram, n'hésitant pas à surfer sur sa popularité précoce pour faire le buzz en postant des photos de sa vie de tous les jours. Mais voilà, ces "autres activités" étaient trop présentes aux goûts de certains frustrés, qui n'ont pas hésité à l'attaquer régulièrement sur les réseaux où les critiques faciles fusent sous couvert d'anonymat. "La WTA tente de protéger les joueuses, mais tu dois être très solide pour garder le cap quand l’ouragan frappe", a résumé ces derniers jours Sylvain Bruneau, son ancien entraîneur, sur QUB radio.
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Eugenie Bouchard
Crédit: Getty Images
On me détestait tellement…
Bouchard n'y est pas vraiment parvenue. Et à 31 ans et alors que sa carrière est désormais derrière elle, elle n'a d'ailleurs pas caché l'épreuve que cela avait été pour elle. " Je me suis dit que le tennis m'avait donné l'occasion d'explorer le monde de la mode, de la télévision et de toutes sortes d'autres choses. Pourquoi dirais-je non ? (…) Mais je pouvais m'entraîner six heures par jour avant de publier sur les médias sociaux que j'étais au cinéma et je recevais toute sorte de haine, avait confié la Canadienne au Times en 2024. On me détestait tellement si je faisais autre chose que du tennis. C'était un fardeau que je portais sur mes épaules et c'était vraiment difficile."
Eugenie Bouchard l'avoue aujourd'hui sans ciller : elle a subi cette haine gratuite. Sans surprise. A 20 ans, il n'est pas toujours facile de faire la part des choses, de gérer une notoriété grandissante et de se protéger des commentaires négatifs que cela peut engendrer. Et si des blessures ont ensuite également contrarié sa carrière, elle s'est aussi perdue sûrement dans ses à-côtés.
"Ne prends pas ça pour la vérité, a-t-elle d'ailleurs récemment avoué sur ce qu'elle dirait si elle avait l'occasion de donner un conseil à la jeune joueuse de 20 ans qu'elle était. J'ai été propulsée sous les feux de la rampe à 20 ans et vous commencez à voir et à entendre toutes ces choses sur vous. Même si vous essayez de l'éviter en ne lisant pas les commentaires sur les médias sociaux, elles sont toujours portées à votre attention."
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Eugenie Bouchard
Crédit: Getty Images
À l'époque, j'avais l'impression qu'on m'enfermait dans une boîte
Si elle a reçu de plein fouet cette nouvelle donnée qui peut être si pesante dans une carrière avec la nouvelle place prise par les réseaux sociaux, Bouchard en est cependant convaincue : elle a aussi aidé à changer un peu les choses dans le monde du tennis. "Je n'ai pas été la seule pionnière à faire ces choses, mais j'ai l'impression d'avoir rendu cela un peu plus normal, a-t-elle confié au Times, alors qu'elle a toujours reconnu s'être inspirée d'Anna Kournikova. C'est formidable que le monde ait changé au cours des dix dernières années et qu'aujourd'hui, non seulement il est acceptable de faire des activités en dehors du court, mais c'est même encouragé. À l'époque, j'avais l'impression qu'on m'enfermait dans une boîte, que je ne pouvais rien faire d'autre que du tennis. "
Si elle a l'impression d'avoir fait changer un peu les mentalités, Eugenie Bouchard peut aussi se targuer d'avoir été un modèle pour nombre de ses compatriotes. "Tennis Montréal et Tennis Québec voyaient des différences marquées dans les inscriptions chez les jeunes filles. L’impact qu’elle a eu demeure énorme. Et il y a sûrement plusieurs adolescentes qui diraient que si elles jouent au tennis, c’est grâce à Eugenie Bouchard", salue Valérie Tétreault.
"J’ai côtoyé plusieurs entraîneurs dans les clubs, à l’époque, qui me disaient que les inscriptions et la participation des filles avaient augmenté de manière incroyable avec l’effet Eugenie. C’était la Genie-Mania. À Londres, il y avait un côté rock star. Les résultats, l’image. (…) Je pense que ça a eu un effet très positif et que ça a eu des rebondissements sur Bianca (Andreescu), sur Leylah (Annie Fernandez) et Victoria (Mboko). Elle a pavé la voie, c’est certain", conclut Sylvain Bruneau dans La Presse. De quoi se dire que ce n'est pas une joueuse comme les autres qui va raccrocher ses raquettes. Même si ce n'est surement pas l'avis de certains "haters". Mais désormais elle a appris à faire avec.
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