Triathlon - Léon Marchand, Tadej Pogacar ou Eliud Kipchoge : qui gagnerait l'Ironman ?
Par Gabriel Baldi
Mis à jour 08/08/2025 à 10:00 GMT+2
Entre le nageur Léon Marchand, le cycliste Tadej Pogacar et le marathonien Eliud Kipchoge, tous les trois actuels maîtres de chaque discipline qui compose un triathlon, qui serait le meilleurs sur un Ironman, la version long format de la discipline ? Né sur les réseaux sociaux, le débat a suscité de l'intérêt parmi les internautes. Tentative de réponse et explications, avec des spécialistes.
Marchand, Pogacar ou Kipchoge : qui gagnerait l'Ironman ?
Crédit: Quentin Guichard
Cette idée, de comparer trois athlètes maîtres de leurs disciplines (Pogacar encore vainqueur du Tour 2025, Marchand auteur d'une moisson incroyable à Singapour la semaine passée, Kipchoge deuxième meilleur chrono de l'histoire sur un marathon), est née d'un post massivement relayé sur X (anciennement Twitter). Créé à l'initiative du média Kultur (860 000 abonnés), le débat "qui serait le meilleur sur un Ironman entre les trois ?", nous a motivé à tenter de répondre à cette question, dont on n'aura jamais le fin mot, avec des spécialistes. Aussi un peu agacés de constater que de nombreux internautes avaient déjà des avis très tranchés, et pas toujours très argumentés.
Sur les trois personnes que nous avons contactées (trois pratiquants dont un coach de triathlon), deux avaient déjà entendu parler de ce débat. Anthony Roux, champion de France de cyclisme 2018, était resté hors de tout ça avant de donner sa précieuse analyse. "Un athlète que je verrais bien faire ça, c'est Armand Duplantis. Il pourrait bien s'en sortir, parce que c'est un mec élastique, donc dans l'eau il ne doit pas être mauvais, sur le vélo il peut envoyer du pâté et je pense qu'il est capable de bien courir", a même suggéré le désormais triathlète, actuellement en préparation pour l'Embrunman, Ironman mythique des Hautes-Alpes.
Il n'a pas échappé à ces spécialistes que le débat n'est pas totalement sorti de nulle part. "C'est un peu l'histoire de notre sport", rappelle Quentin Misser, entraîneur depuis cinq ans et créateur de la structure Ch'tri Coaching. Pour la petite histoire, en 1977 un commandant de l'US Navy John Collins débat avec d'autres sur les caractéristiques du meilleur athlète du monde (un article de Sport Illustrated donnant Eddy Merckx comme le plus grand serait même à l'origine du débat). Collins décide, pour y répondre, d'organiser un triathlon titanesque selon les caractéristiques de l'île avec un parcours de 3,8 km de nage, 180 km de vélo et de terminer avec le marathon de Honolulu. L'Ironman est créé, lancé un an plus tard.
Pogacar, loin devant : "C'est simplement mathématique"
Pour revenir à notre débat initial, nos trois interlocuteurs misent sur Tadej Pogacar. "Sur un Ironman, le temps que tu passes sur le vélo, c'est la moitié ou les ⅔ de l'épreuve. Et comme c'est là dessus qu'il fera le plus d'écart… C'est juste mathématique", explique Steve Chainel, ancien cycliste pro devenu consultant sur Eurosport. "Pogacar et Kipchoge auraient peut être 30 ou 40 minutes de retard à la sortie de l'eau, mais derrière, le Slovène est capable de rouler 180 bornes à 45 km à l'heure donc il creusera beaucoup trop", confirme Misser.
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Anthony Roux sur l'Ironman de Valence en 2024.
Crédit: Getty Images
Anthony Roux est un peu plus mitigé mais voit un "léger avantage" pour le quadruple vainqueur du Tour, par rapport à Eliud Kipchoge. "Sans préparation, Marchand ne pourra pas le finir, déjà son poids va l'handicaper sur le vélo et la course, argumente l'ancien de la Groupama-FDJ. Peut-être que Kipchoge est un bon grimpeur, il est léger, il a la fibre lente. Donc même s'il a du retard après le vélo, s'il est capable de plier le marathon en 2h30… Mais en même temps je pense que Pogacar pourrait courir en 3h30, voire 3h."
"Plus le parcours de vélo sera dur, plus Pogacar pourra prendre de l'avance", abonde Quentin Misser, 18 ans de triathlon derrière lui. Anthony Roux confirme, lui qui se souvient avoir énormément doublé et rattrapé beaucoup de temps sur la partie vélo ultra-exigeante de Nice lors de son premier Ironman. "A l'inverse, pour Marchand, il faut que ce soit le plus plat possible", ajoute-t-il.
"Marchand est celui qui a le plus de séances..."
Reste aussi la question cruciale des transitions. "L'enchaînement vélo/course est très compliqué, il faut adapter la musculature pour enchaîner les deux, relance Chainel. Même à la sortie de l'eau, je pensais que ça serait plus simple de monter sur le vélo, mais il faut 3-4 kilomètres pour se remettre dedans". "Mentalement, le cycliste aura un frein mental, il va subir la partie natation. Calmejane (Lilian) qui a fait le triathlon de l'Alpe D'huez n'a pas pu développer ce qu'il voulait à pied et à vélo", se rappelle Roux. Pour lui, ces parties n'ont pas été aussi difficiles à surmonter. "Pendant la prépa hivernale (quand il était cycliste pro), je courais et j'aimais nager. Même si quand je faisais du footing, je me faisais engueuler par Marc Madiot, rigole-t-il. Mais un mec comme Wout Van Aert qui fait du cyclo-cross et qui court toute la saison, il pourrait faire du triathlon. Pareil pour Tom Pidcock ou Mathieu Van der Poel, qui est carré comme un nageur. Il ne serait pas ridicule dans l'eau s'il s'y mettait".
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La nage sur le célèbre Ironman d'Hawai en 2024.
Crédit: Getty Images
Si Anthony Roux imagine que Tadej Pogacar pourrait finir un Ironman sans entraînement "après, je ne sais pas dans quel état", Quentin Misser estime qu'il aurait 75% de le terminer, pour 40% du côté de Kipchoge et 20% du côté de Marchand. La morale de tout ça ? Il ne suffit pas seulement d'être un athlète pour devenir un triathlète, surtout sur la distance la plus exigeante. "C'est sûr qu'au niveau préparation, c'est plus compliqué que le vélo", assure Roux. "On est au début de l'ultra-endurance", précise Misser qui répète l'importance d'un gros volume de préparation pour devenir complet sur les trois disciplines. "Je ne fais plus de triathlon parce que ça demande une énergie et un entraînement inconcevable", sourit Chainel, auteur d'un XL en 2018.
Une fois la question du volume d'entraînement posée, Léon Marchand gagne des points. "Par rapport aux autres, c'est lui qui a le plus de séances, et qui répète le mouvement sportif. Les 3,8 km de natation, il doit se les manger quasi quotidiennement jusqu'au triple, ajoute le coach nordiste. Alors que pour un coureur comme Kipchoge, il n'a pas l'habitude de doubler les séances comme c'est un sport de chocs." "La musculature n'est vraiment pas la même en eau libre et sur un 200m. Donc pour Marchand, s'entraîner le ferait évoluer. Courir aussi, ça allongerait ses muscles et comme il est assez jeune, automatiquement il perdrait du poids et gagnerait en performance", ajoute Anthony Roux. L'ancien cycliste tricolore aura le mot de la fin : "La difficulté dans un sport dépend de l'investissement qu'on y met. Si tu veux sortir le meilleur de toi, c'est forcément difficile."
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