Etape 3 : déclarations

Voici ce qu'ont déclaré les protagonistes à l'issue de l'Etape 3 de la Solitaire du Figaro, mercredi à Kinsale.

Eurosport

Crédit: Eurosport

Adrien Hardy (Agir Recouvrement, vainqueur en 2 j 06 h 08 min 45 sec): "Il faut y croire, toujours ! Au départ de Brest je me disais qu’une place dans les 10 premiers ce serait bien… après je me suis dit tiens il y a moyen de jouer dans les cinq… et ce matin je me suis dit que je pouvais faire encore mieux ! C’est super, un peu comme dans un rêve. Je savais que c’était possible, mais vu le niveau qu’il y a sur cette Solitaire… C’est le bonheur. Ça fait évidemment beaucoup de bien au moral. Je pense à mon entraîneur à Lorient, Tanguy Leglatin, à tous ceux qui ont cru en moi, à mon partenaire.  Et oui, ça fait plaisir ! Ça se joue vraiment au mental. Je suis parti de Brest en essayant de ne garder que les bonnes choses dans ma tête, en occultant les mauvaises. J’étais bien en vitesse, en phase avec les bascules. Inspiré et en confiance. J’avais vraiment un bon pressentiment, même s’il y a eu des moments de stress, bien sûr. Quand vous avez un Yann Eliès juste derrière vous…"
Yann Eliès (Generali Europ Assistance, 2e à 1 min 17 sec) : "Je suis content qu’un petit jeune goûte à la victoire d’étape. Je sens bien les coups, j’espère que ça va durer jusqu’au bout et que ça va me permettre de gagner la dernière étape.  Je cherche un peu cette victoire d’étape parce qu’il ne me reste un peu plus que ça à jouer. Mais deuxième, c’est presque une victoire ! Je fais deux fois deuxième et une fois  5e, je crois que je n’ai jamais fait un aussi beau Figaro depuis belle lurette. Donc au final, je suis super content et puis surtout, c’est bien que ce soit un petit jeune qui goutte à la saveur d’une victoire. Adrien a vraiment bien navigué. Quand il fait des coups, il y va à fond. Parfois ça lui joue des tours, mais cette fois-ci, c’était vraiment positif pour lui. Il a pris un l’avantage dès que le vent est rentré. Ensuite j’ai essayé de cravacher pour revenir juste derrière lui et même de le doubler en baie de Kinsale, mais l’écart était trop important. Alors bravo à lui. J’ai pas mal dormi cette nuit. J’ai essayé de garder les idées claires pour la fin, j’essaie de fonctionner comme ça. J’étais remis en selle dès le passage du Fastnet car j’avais bien tricoté toute la nuit. Après, dès qu’on est sur du côtier, j’ai l’impression de savoir faire et ça vient tout seul. L’arrivée en Irlande était magnifique. On a eu la chance de longer toute la côte sud de l’Irlande avec Galley Head, Old Head of Kinsale, toutes ces pointes majestueuses, le faire avec du vent, 20/25 nœuds sous spi et une belle luminosité, c’était sympa. De temps en temps, on avait quelques odeurs de fumier pour nous rappeler qu’effectivement nous étions sous le vent des pâturages irlandais. Tout était réuni pour faire une très très belle arrivée."
Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls, 3e à 11 min 24 sec) : "C’est une belle récompense car cette année, j’ai quand même beaucoup travaillé. Je m’étais planté sur la première étape et il y avait pas mal d’espoir qui s’était effondré. Du coup, j’avais à cœur de faire au moins une belle étape. C’est vrai que celle-là, je me suis bagarré tout le long aux avant-postes et du coup, j’ai pris beaucoup plus de plaisir. C’est un rêve qui se réalise. J’y ai pris goût et j’ai envie de renouveler ça le plus vite possible. J’ai pensé à ma deuxième étape où j’avais déjà mené et j’ai fait attention à ne pas recommencer les mêmes erreurs, c'est-à-dire à vouloir trop attaquer. Cette fois, j’ai essayé d’être patient, d’attendre mon heure, de jouer un peu plus avec les autres et d’attaquer sur la fin. Ce n’était pas évident car je n’avais plus le grand spi (déchiré pendant la montée vers Wolf Rock, ndlr)  j’avais uniquement le petit. J’en suis d’autant plus fier parce que j’avais un souci de performance par rapport aux autres et là, je me suis battu sur la moindre petite bascule de vent. J’ai essayé d’être concentré sur la fin pour bien concrétiser tout ça. C’est une belle récompense. La clé sur cette étape ? Il y a eu plein de choses mais je crois surtout que quand on voit la densité à l’arrivée, il fallait vraiment ne pas perdre le contact avec la tête. Il y a eu beaucoup de coups à faire et j’ai essayé de jouer gagne-petit comme on dit dans le jargon de la voile (…). L’arrivée en Irlande ? C’est toujours magnifique. A chaque fois qu’on y va, je sais qu’on va prendre cher, qu’on va avoir froid, que la mer va être cassante mais à chaque fois, à l’arrivée, c’est toujours magique."
Anthony Marchand (Espoir Région Bretagne, 8e et 1er bizuth à 18 min 32 sec) : "Je ne sais plus prendre les départs ! C’est inconcevable. Pourtant j’ai fait 10 ans d’Optimist, de laser et de 470... tout ça pour passer à chaque fois dernier à la bouée au vent. A chaque fois, je remonte donc, je suis content. Le problème, c’est que ça prend de l’énergie. Mais là, étonnamment, je n’ai fait que dormir sur cette étape. Au moins 4 heures. C’est peut-être la fatigue accumulée sur les deux précédentes étapes. Et puis le près était super long, interminable entre Wolf Rock et Fastnet. Donc j’ai dormi pour que ça passe plus vite ! Quel final avec Francisco. Il est parti chercher le large après le Fastnet. Ca a commencé à bien payer, je l’ai rejoint plus tard et après, avec les jumelles, j’ai vu Adrien le long des côtes qui avait un vent de travers assez fort et donc j’ai recroisé toute la flotte et coup de chance, c’est passé…J’ai été étonné d’arriver à recroiser la flotte sans me faire écraser. Et j’avais peur qu’au milieu (entre la terre et le large) il y ait une transition et que je stagne. Mais non. Je suis heureux d’être arrivé."Armel Le Cléac'h (Brit Air, 6e à 16 min 42 sec, leader au classement général) : "Bravo à Adrien [Hardy] pour sa belle victoire, je suis content pour lui, il a très bien navigué et il la mérite. Pour ma part, j'ai été un peu trop gourmand avant le Fastnet, quand j'étais encore en tête : j'ai voulu faire un petit coup de plus, en rajouter une couche comme on dit... et ça n'a pas marché, cela s'est révélé totalement infructueux. Je me suis fait un peu peur aussi après le Fastnet quand le vent a molli... mais finalement ça va : je suis 6e de l'étape, c'est tout de même une belle place, et je reprends un peu de temps à François (Gabart) et à Thomas (Rouxel)... le bilan est donc très positif puisque je conforte ma place au classement général. Alors, même si j'avoue que j'ai pensé à remporter trois étapes d'affilée, je ne peux qu'être satisfait. La dernière étape vers Cherbourg? Ce qui m'inquiète le plus, c'est le raz Blanchard, évidemment. Tout proche de l'arrivée. Il suffit que trois ou quatre bateaux passent et pas le reste de la flotte pour créer de gros écarts qui peuvent tout remettre en cause. Si le courant est avec nous tous, tout va bien, mais si certains passent et d'autres pas, La Solitaire peut se jouer là."
François Gabart (Skipper Macif 2010, à 29 min 48 sec, 2e au classement général à 1h17) : "Sur cette étape, je prends un bon départ, je pars en tête et je me fais virer mon aérien (lors d'un touche-touche avec Crédit Mutuel de Bretagne, ndr). C'est le truc qui m'a le plus tracassé. Je me posais vraiment la question, quand on sortait de la rade, de comment j'allais me faire exploser sans aérien à traverser la mer Celtique avec le front, le passage de nuit dans la molle, en plus c'est nuit noire, il n'y a pas de lune en ce moment donc tu ne vois rien. C'est là que tu te rends compte qu'on est sacrément aidés avec nos petits instruments. Et puis je me suis dit 'tant pis, t'as pas le choix alors tu te défonces'. Hier soir, j'étais encore dans les cinq. C'est là où je suis super content. Quel que soit le résultat de la dernière manche, quel que soit les résultats tout court. Je suis capable de passer une bouée en tête, de revenir dans le match et ça, on ne me l'enlèvera pas. C'est ce que je retiens : j'ai progressé, je suis dans le coup et je suis capable d'être devant."
Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne, 13e à 22 min 05 sec, 3e au général à 1 h 36 min) : "C'était cool de sortir du goulet de Brest en tête, dans cette furieuse bataille de virements. Ensuite, je trouve que j'ai bien navigué, très souvent en tête. Armel (Le Cléac'h) me passe à Wolf Rock, je le redouble au Fastnet... alors je suis quand même un peu déçu, honnêtement je trouve que ça méritait un podium d'étape ! (Thomas a fini 13e à 22 minutes d'Adrien Hardy, ndr). Je n'ai pas eu beaucoup de chance... mais en même temps j'ai vu que j'étais capable de le faire, de rester en tête longtemps devant la flotte comme cela. La satisfaction, c'est que je reste sur le podium du général... et maintenant que je suis là j'ai envie d'y rester bien sûr ! Je navigue plutôt bien depuis le début de cette Solitaire et ça c'est forcément satisfaisant. Le travail que j'ai fait avec Nicolas Troussel, notamment pendant la Saint-Barth, me sert beaucoup : j'ai appris par exemple à assumer un statut de favori, faire avec sans céder à la pression et aller à fond dans les options, les choix. Maintenant, quand je pars sur une étape de La Solitaire, c'est clairement pour faire dans les 5 premiers et si je ne suis pas dans les 10 je suis mécontent."
Jérémie Beyou (BPI, 11e à 21 min 04 sec) : "C'est déjà arrivé qu'un leader perde deux heures sur la dernière manche... personne n'est à l'abri de faire une bêtise. En ce qui me concerne, l'objectif clair pour moi c'est le podium. Je ne regarde pas trop les 1h48 que je rends à Armel (Le Cléac'h), en revanche bien sûr que je regarde du côté de la demi-heure de retard que j'ai sur François (Gabart, le 2e) et je ne suis après tout qu'à 12 minutes du podium... Maintenant, je pense qu'Armel va devoir faire sa course en fonction aussi de François et Thomas. Moi je suis en position de faire ma course pour tenter d'aller chercher la deuxième ou troisième place. On verra bien..."
Erwan Tabarly (Nacarat, 7e à 18 min 25 sec) : "Armel est un peu seul devant avec 2 heures d'avance. Après, à partir de la 2e place, c'est serré. Pour l'instant, mon objectif c'est d'essayer d'être sur le podium car François n'est qu'à 40 minutes... c'est faisable. Quant à Armel, 2 heures, ça commence à être compliqué. Il faudrait gagner l'étape et que lui se plante. Ca fait beaucoup de circonstances pour pouvoir y arriver. Je suis entouré de bateaux qui sont à 1 minute de moi...Gildas à une minute, Jeanne à 2 minutes. Je voudrais gagner une étape. Je n'en ai pas gagné encore et je reste sur ma faim depuis quelque temps."
Sébastien Josse (Vendée, 12e à 21 min 33 sec) : "Une vraie étape de Figaro au contact avec peu d'écarts à l'arrivée... C'était vraiment une course sympa, intéressante et complète. Tout y était ! La sortie de la rade de Brest, où il a fallu faire attention à ne pas talonner dans la sortie du goulet puis enchainer de belles manœuvres et de beaux virements de bord, la gestion du passage d'un front puis l'approche du Fastnet, et enfin beaucoup de chamboulements sur la fin avec du vent instable le long des côtes irlandaises. Il fallait vraiment rester dessus car ça distribuait pas mal. Le tout étant d e ne pas trop jouer, d'oser sans trop de prise de risque. Je suis globalement satisfait de ma navigation car j'étais vraiment au contact. Et au moins il n'y avait pas de zone de pétole mais du vent, beaucoup de vent ! J‘ai mes marques et suis bien plus à l'aise dans ces conditions. Niveau vitesse, j'étais bien aussi, j'ai pu jouer avec les autres. Même dans la dernière portion du parcours après le Fastnet. J'étais un peu pénalisé sans mon grand spi qui a littéralement explosé la première nuit mais ça aurait pu être pire que ça. Je m'en sors plutôt bien. Une 3e étape intéressante donc mais aussi très fatigante et exigeante. J'ai finalement assez peu dormi, il fallait toujours être à l'affût, à la barre. Mais quel plaisir d'arriver en début de soirée ! Ça fait vraiment du bien de dormir la nuit et non le jour."
Frédéric Rivet (Vendée 1, 16e à 24 min 03 sec) : "Ça fait du bien ! Rien que comptablement déjà, c'est moitié mieux que les 2 premières étapes ! Ensuite si on regarde le déroulé : autant avant je partais bien et je finissais derrière, autant là je suis mal parti et je finis dans le paquet de tête, c'est un signe ! Mentalement, moralement, j'étais bien. Je savais qu'il fallait que je stoppe la spirale négative dans laquelle j'étais. J'ai beaucoup cogité avant le départ. Et puis avec l'aide des gens qui m'entourent, avec tous les messages de soutien que j'ai reçu, j'ai réussi à positiver et à remettre la machine dans le bon sens. Durant la course, j'ai réussi à passer au delà de mes doutes des premières heures un peu ratées, à revenir au contact, à bien jouer les coups, à être dans le match tout simplement. Au final, je m'aperçois que sur les 250 derniers milles, je reprends pas moins de 20 concurrents et je finis au sprint devant des garçons aussi solides que Kito de Pavant ou François Gabart ! Oui je crois que je peux être fier de moi et en tout cas c'est du plaisir et de la confiance qui sont toujours bons à prendre. Maintenant attention, il ne faut pas s'emballer outre mesure non plus. C'est sûr que finir dans le top 20, vu le niveau du plateau, ça fait toujours plaisir, mais après, il faut être régulier car c'est, en course, au contact des meilleurs comme ce fut le cas sur cette étape, que tu progresses. Malgré tout je suis persuadé que j'ai le potentiel de faire mieux encore et en tout cas je n'ai pas envie de me contenter de ça ! Quand je vois Adrien remporter cette étape, ça me donne forcément envie. On s'est un peu entrainé ensemble au printemps et je sais qu'en termes de niveau nous sommes très proches. Ce qu'il a fait, c'est fort et je suis très heureux pour lui. Je me dis juste qu'en continuant à naviguer et s'entrainer intensément auprès de gars comme lui, il y a moyen de passer encore un cran et peut être dans 1 an d'être à sa place..."
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