BPV a encore de la marge

Améliorer le record du trophée Jules-Verne est possible, estime l'architecte naval Vincent Lauriot-Prévost, l'un des "pères" du trimaran géant Banque Populaire V avec lequel Loïck Peyron et ses 13 équipiers se sont appropriés vendredi soir le trophée Jules Verne.

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Crédit: Eurosport

Peyron et les siens ont bouclé leur circumnavigation en 45 jours 13 heures et 42 minutes et 53 secondes, améliorant de 2 jours 18 heures 1 minute et 59 secondes le record établi en mars 2010 par Franck Cammas (48 j 07 h 44 min 52 sec). Peut-on faire mieux ?
Vincent Lauriot-Prévost : Oui, si un certain nombre de critères sont réunis : une bonne météo, un bateau encore plus polyvalent et un équipage capable de le maîtriser.
Comment concevoir un multicoque encore plus rapide, quelle est la recette ?
V.L.P. : Mis à l'eau il y a trois ans (ndlr : en août 2008), Banque Populaire V (40 m) a profité de l'expérience acquise avec d'autres maxi trimarans que nous avons dessinés : Sport-Elec et Geronimo d'Olivier de Kersauson, Groupama 3 de Franck Cammas. Chaque fois, nous avons tiré profit de ce qui avait été fait auparavant, améliorant tout ce qui pouvait l'être : passage d'un seul safran sur la coque centrale à trois (un sur chaque flotteur), adoption d'un mât basculant latéralement pour améliorer le travail des voiles, d'un trimmer (volet orientable) sur la dérive centrale ainsi que de foils (dérives courbes) pour réduire la traînée hydrodynamique des flotteurs.
La taille d'un bateau est-elle déterminante ?
V.L.P. : A priori, un bateau plus long ira plus vite qu'un bateau court mais l'histoire du Jules Verne montre que Groupama 3 (31,50 m) a battu le record établi en 2005 par le catamaran Orange II (37,80 m) de Bruno Peyron (50 j 16 h et 20 min 04 sec). D'autres facteurs entrent en jeu, comme le poids, la polyvalence. Groupama 3 était un peu pénalisé dans de la mer formée. Ça l'empêchait d'aller vite. Banque Pop V est plus long, plus haut sur l'eau et a plus d'inertie. Tout se tient : avec Groupama 3, on essayait d'éviter les vents de plus de 30 noeuds (55 km/h), une mer trop rude. Avec Banque Populaire V, on peut aller chercher un peu plus loin, en tenir compte dans le choix des trajectoires. A l'origine, Banque Pop V ne devait faire que 38 mètres mais nous avons augmenté la longueur pour aller plus vite dans la mer formée.
Peut-on, doit-on faire encore plus long ?
V.L.P. : Oui, mais seulement si on peut maîtriser plusieurs paramètres, dont le plan de voilure et la puissance sur le pont. Les efforts sont déjà énormes, les voiles de plus en plus épaisses et il faut être capable de les fabriquer (ndlr : la grand voile de Banque Populaire V fait 440 m2). L'objectif est plutôt de concevoir un bateau encore plus polyvalent.
Un hydroptère océanique, pour voler au-dessus de l'eau et réduire encore la résistance hydrodynamique ?
V.L.P. : On a fait une étude de faisabilité et conclu que ce serait très difficile. A ce stade, il est impensable de faire voler un bateau autour du globe. Mais sur une transat (ndlr : plus courte, avec moins de risques de gros mauvais temps), pourquoi pas ? On peut néanmoins aller plus vite en faisant travailler mieux les foils. Actuellement, ils soulagent 30 à 40% du poids du bateau. Ce sont des pièces soumises à de très grosses charges, qui permettent aussi d'amortir le tangage et améliorent le passage dans la mer. Sur les trimarans ORMA (18,28 m), ils reprenaient 60 à 70% du poids du bateau. L'idée serait de s'en rapprocher et d'arriver à un hybride de trimaran et d'hydroptère...
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