La donne a changé. L’été dernier, l’équipe de France avait tout emporté sur son passage aux Jeux Olympiques de Tokyo, portée par un sentiment d’immortalité. Les Tricolores avaient frôlé la correctionnelle à plusieurs reprises, ne serait-ce que dans la course à la qualification pour la compétition. Ils s’étaient relevés de tout pour planter le drapeau bleu, blanc, rouge au pinacle du Mont Olympe. Un an plus tard, c’est avec un autre statut qu’ils tentent de conquérir le monde.
Les éternels et imprévisibles outsiders n’en sont plus. Ils sont des favoris, avec tout ce que cela implique. A commencer par une ambition naturellement très élevée. "C'est le seul titre qui nous manque, on a tout gagné avec l'équipe de France. On n’a jamais fait un bon championnat du monde, donc faire un podium serait bien. Mais le vrai objectif c'est d'être champion du monde", résume Earvin Ngapeth, qui sera encore l’un des fers de lance des Bleus, lundi en huitièmes face au Japon.

Défense héroïque de Ngapeth puis bloc parfait : le point de fou des Bleus

Championnat d'Europe
Ils sont devenus les hommes à battre : les Bleus face à une meute revancharde
31/08/2021 À 12:42

Preuve de caractère, mais…

Avant cette première rencontre à élimination directe, à partir de 21h à Ljubljana (Slovénie), la France a disputé trois matches de poule. Trois succès, pas tous limpides. "On a joué tous les matches comme une finale, car on savait avec la formule qu'il fallait être tout de suite dedans, explique Ngapeth. On s'en sort miraculeusement contre l'Allemagne (3-0) et la Slovénie (3-2). On a montré qu'on avait du caractère car on a été menés quasiment tout le temps." Même championne olympique en titre, cette équipe est "à réaction".
Pour le réceptionneur-attaquant de 31 ans, il y a du bon là-dedans : "Ça nous a fait gagner encore plus de confiance : on a pu voir que même menés on est resté sereins, calmes. Et on sait qu'on a une équipe capable de renverser la tendance à chaque match." Il ne veut pas que la pression inhérente au nouveau rang des Bleus les transforme en une pâle copie d’eux-mêmes. Cet effectif doit évoluer sans perdre ce qui fait sa force. D’autant plus compliqué qu’entre le départ de Laurent Tillie, l’intérim de Bernardinho et l’arrivée en tant que sélectionneur d’Andrea Giani, il y a du mouvement sur le banc.
On est une bande de potes et parfois c'est vrai qu'on manque d'exigence envers nous-mêmes
"Andrea (Giani) veut qu'on soit plus agressifs au service, déclare Ngapeth, concernant le déchet français en la matière, depuis le début du tournoi. Il y a aussi une espèce d'envie, avec notre statut, d'exterminer (l'adversaire), de vouloir faire le point tout de suite, au service et en attaque. Résultat : on force un peu, alors que notre jeu est plutôt de faire jouer et d'user l'adversaire." Après le constat, la promesse : "On va retrouver ça (cet aspect de leur jeu, NDLR)."
"Avant, on était beaucoup dans le jeu à l'instinct. Aujourd'hui, tactiquement, on a mis en place quelque chose de plus solide. C'est un peu la culture italienne", poursuit le cadre de l’équipe de France. Un compromis à trouver qui nécessite d’insuffler la bonne dose de sérieux : "Celapasse justement par plus d'entraînement, d'exigence. On est une bande de potes et parfois c'est vrai qu'on manque d'exigence envers nous-mêmes."

La fierté de Ngapeth : "On est des frères, ça fait plus de 10 ans qu'on se connaît"

Titrés il y a un mois

Ngapeth a ainsi la conviction que beaucoup de choses reposent sur lui et ses coéquipiers. Lauréats de la Ligue des Nations en juillet, ils peuvent se montrer confiants, alors que l’Italie les attend (potentiellement) en quarts : "On joue un bon volley, on est prêt. On est nos propres ennemis : si on sort un peu de notre système sur le terrain, on se retrouve en difficulté. Mais si on fait notre jeu et si l'on dégage la même sérénité qu'en phase finale de la Ligue des Nations, on est capables de gagner contre tout le monde."
Pour Earvin Ngapeth, ce match face au Japon revêt un enjeu subsidiaire. Le sélectionneur de la formation nipponne, Philippe Blain, était à la tête des Bleus lors du Mondial 2010. Une compétition que la star du volley français avait quittée prématurément, après une altercation avec son entraîneur. Incident qui a laissé des traces. "On se croise, on ne se dit pas bonjour. Je ne l’aime pas, il ne m’aime pas, et c’est très bien comme ça", conclut Ngapeth, qui a devant lui un défi beaucoup plus grand que cette inimitié.

Earvin Ngapeth avec l'équipe de France lors de la Ligue des Nations

Crédit: Imago

Tokyo 2020
Tillie part sereinement : "Ils vont voyager tout seuls maintenant, comme des grands"
08/08/2021 À 07:33
Tokyo 2020
"Si on doit mourir, on va mourir les armes à la main"
05/08/2021 À 16:47