Jeux Olympiques Paris 2024 - Koretzky: "Pour l'accepter, il aurait peut-être fallu que je finisse 15 secondes derrière"

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Trois mois et demi après avoir laissé filer l'or olympique dans les derniers instants de sa course face à Tom Pidcock, Victor Koretzky a accepté de revenir sur ce final un peu fou qui fut l'un des moments forts des JO de Paris. Le Français n'a toujours pas digéré l'issue et regrette que le grand public n'ait retenu que sa dernière erreur de trajectoire.

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Quand Victor Koreztky s'est installé face à nous sur le fauteuil et qu'on lui a proposé de revivre le final de sa course aux des JO, son rictus disait tout de sa lassitude. Le vice-champion olympique du cross-country en a sans doute un peu ras-le-bol de revivre le 29 juillet dernier où, sur la colline d'Elancourt, le VTTiste a vu l'or olympique lui filer entre les doigts. Trois mois et demi plus tard, la pilule n'est pas passée. Entretien.
Victor, trois mois et demi après un final terrible face à Tom Pidcock aux JO où l'or vous a filé entre les doigts, est-ce que vous avez appris à aimer votre médaille d'argent ?
Victor Koretzky : C'est une question difficile. Je dirais oui…
C'est un oui du bout des lèvres.
V.K. : Oui, parce qu'en tant qu'athlète, ça représente beaucoup, une médaille olympique. Et si je n'avais pas eu cette médaille, je pense que je n'aurais pas vécu tout ce que j'ai vécu ces derniers mois. On a beaucoup d'exemples d'athlètes qui n'ont jamais eu de médaille olympique alors qu'ils ont dominé leur sport. C'est vrai que c'est rageant de passer si proche de l'or dans ces circonstances. En tant qu'athlète de haut niveau, dans tous les cas, c'est quelque chose qui est difficile à accepter. J'ai mon entourage aussi qui m'aide à l'apprécier mais au fond de moi, j'ai quand même toujours cette frustration. C'est aussi ce qui me donne envie de me dépasser aujourd'hui. J'ai une motivation supplémentaire.
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C'est donc un sentiment toujours très ambivalent.
V.K. : Si on s'entraîne au quotidien comme ça, et qu'on met autant d'implication dans notre sport, c'est pour performer vraiment au très haut niveau. Je ne vais pas dire aujourd'hui que je suis 100% comblé. Mais je ne peux pas dire non plus que je ne l'apprécie pas...
Je reste persuadé que j'étais plus fort que lui
Est-ce que vous avez revu cette fameuse fin de course ou vous l'occultez complètement ?
V.K. : Je l'ai revue. Mais ce que j'ai revu surtout c'est ce dont les gens ne se souviennent pas : l'erreur que j'ai faite avant. Alors que j'avais quand même de l'avance et que j'étais quasiment assuré de gagner, je fais une première faute (ndlr : mauvaise trajectoire à la sortie d'un virage). Les deux dernières minutes de course se sont alors enchaîné super vite. Sans cette erreur initiale, j'étais en tête avec quelques secondes d'avance. Il me double, je le redouble vraiment dans la foulée. Et je sens que je suis plus fort que lui encore. Au moment où j'ai une faille, il se jette dedans. Alors c'est vrai que sur l'image télé, on se dit : 'à gauche c'est plus rapide.' Les spectateurs se disent : 'Pourquoi il n'a pas pris à gauche ?' Mais en fait, on voit qu'il se décolle et qu'il fait un sprint. Si j'avais pris à gauche, il serait parti à droite et il aurait tenté la même chose.
Avec du recul, qu'est-ce que vous regrettez le plus ?
V.K. : J'ai beau me refaire le scénario plusieurs fois dans ma tête, ça ne changera jamais. Je reste persuadé, et ça c'est ma conviction personnelle, que j'étais plus fort ce jour-là. Je reste concentré là-dessus et ça me motive pour les prochains Jeux. Il faut que je m'en nourrisse pour être plus fort dans quatre ans.  Mais ce jour-là, c'est une course d'une heure et demie. Ça se joue sur des fractions de seconde. Pour en arriver là sur le final, il faut avoir fait tout parfaitement avant. Les gens oublient tout ce qui se passe avant, la préparation, l'entraînement. Pour en être là, à ce moment-là de la course, ce sont des années de travail, des moments difficiles, des choix forts. On voit l'erreur, c'est ce qu'on retient, mais en fait, ce n'est pas le plus important.
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Je ne suis pas champion olympique et ça reste en travers
Le plus dur à digérer pour vous finalement, ce n'est pas cette médaille d'argent mais le public qui n'a retenu que votre erreur.
V.K. : Oui, c'est ça. En fait, j'aurais préféré que ça se fasse différemment. Pour l'accepter plus facilement, il aurait peut-être fallu que ça se fasse plus naturellement et que je termine deuxième à la pédale. Ou finir quinze secondes derrière... Mais pas de cette manière, parce que les gens n'ont que cette fin. Et c'est ça qui est frustrant.
Est-ce que toutes les célébrations qui ont suivi vous ont aidé à savourer cette médaille et vous faire prendre conscience de votre privilège d'être aujourd'hui médaillé olympique ?
V.K. : Oui et non, parce que quand on est médaille olympique, on voit aussi vraiment la différence entre les médaillés d'or et les autres. Et même si tu passes un step en tant que médaillé olympique, je ne suis quand même pas champion olympique. Et ça, ça reste en travers...
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