Champion du monde pour la sixième fois, Sébastien Ogier est un géant

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RALLYE D'AUSTRALIE - A 34 ans, Sébastien Ogier est devenu dimanche champion du monde pour la sixième fois de suite. Pour la deuxième fois d'affilée avec une Ford qui n'était certainement pas la meilleure voiture du plateau. Une performance dantesque qui confirme l'excellence de l'école française du rallye et au rang des plus beaux exploits du sport français.

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Sébastien Ogier est un géant capable de répondre devant les plus grands de l'Histoire des rallyes. Dimanche en Australie, le Gapençais de 34 ans est monté une fois de plus sur le toit de sa voiture - une Ford Fiesta - comme on monte sur le toit du monde. Lauréat d'une bataille à trois qui l'avait convoqué avec Thierry Neuville (Hyundai) et Ott Tänak (Toyota) pour conclure le championnat du monde Pilotes 2018. Au bout d'un week-end sans faute, le Français a encore une fois trouvé le juste milieu entre assauts au chrono et méfiance vis-à-vis d'un terrain dont les pièges se seront finalement refermés sur le Belge de Hyundai et l'Estonien de Toyota. Neuville devait le devancer et Tänak gagner pour espérer. Tout s'est terminé par une course à élimination : dans l'ES22, Neuville a arraché la roue arrière gauche de sa i20 contre un talus et dans l'ES23, l'avant dernière spéciale, Tänak a tapé un arbre et aussi abandonné.
"Quelle saison incroyable ! Ça a été très serré, avec des hauts et des bas", s'est exclamé Ogier, vainqueur de quatre rallyes cette année. "Il n'y a pas si longtemps on se disait que le titre serait dur à remporter mais on n'a jamais baissé les bras", a ajouté son copilote, Julien Ingrassia. Au soir de leur abandon en Turquie, 10e des 13 manches de 2018, l'équipage accusait 23 points de retard sur celui de Neuville et Gilsoul.
Le Français, n°1 mondial avant cette ultime levée antipode, n'occupait pourtant pas la meilleure place au départ de ce Rallye d'Australie. Il avait le premier rôle sur des chemins de terre à balayer pour ses suivants toute la journée de vendredi. Une primeur, un cadeau empoisonné. Un handicap voulu pour un équilibre des forces qu'il n'était pas nécessaire d'entretenir cette saison à coups d'injonction règlementaires. Ce nivellement fédéral, au demeurant néfaste pour l'équité sinon contestable pour une discipline en mal de popularité, aurait pu le dépouiller du n°1 qu'il arborera en janvier sur le capot de sa Citroën pour son retour au bercail.

15 titres français de suite

En 2016 et 2017, il avait surmonté cette déloyauté australe, victorieusement. Cette année, il n'en demandait pas tant. Juste redorer son blason de champion, ce qui supposait se sortir grandi de ce traquenard. Avec son rival belge sous contrôle, un accessit lui suffisait. Vendredi, on a reconnu le pilote hors pair, intangible dans ses trajectoires, infaillible au défi mental. A l'opposé d'un Thierry Neuville à la dérive dans une chicane, moteur calé, pneu arrière gauche déchiqueté. Assommé par 45 secondes données au chrono. Un abime dressé entre un rêve et la réalité, l'excellence et la normalité. Et soumis à l'obligation d'attaquer encore plus...
Cette première journée avait rejoint la liste des performances hors normes du Tricolore mais l'exploit n'avait rien d'évident jusqu'à cette fameuse spéciale n°6. Neuville et Tänak out, Sébastien Ogier, finalement cinquième, est parvenu à prolonger l'histoire démarrée par Sébastien Loeb en 2004. La tradition a du bon. Ça fait 15 ans qu'elle associe fidèlement le WRC à l'école française. Une épopée qui n'existe dans aucune autre discipline majeure des sports mécaniques. Mais c'est une habitude qui dérange aussi, jusqu'à la caricature. Cette invincibilité suspecte serait la preuve d'une baisse de niveau du sport. Un mauvais procès fait en son temps à Sébastien Loeb au départ de Colin McRae et Carlos Sainz, au retrait de Mitsubishi, Peugeot, Subaru. La roue tourne, et rares sont les championnats capables d'aligner quatre grands constructeurs comme Toyota, Citroën, Ford et Hyundai, tous victorieux cette année.

Pas vraiment à la fête avec la Fiesta

Ogier nous maintient avec enchantement dans cette époque dorée que l'on croyait parvenue à sa fin avec la retraite de Sébastien Loeb, fin 2012. Dans une transition à la fois parfaite et douloureuse. Ogier trop encombrant chez Citroën, l'Alsacien avait eu la route dégagée pour son neuvième titre pendant que l'espoir gardait la main au volant d'une petite Skoda S2000 en parallèle dans son année de développement de la Polo chez Volkswagen. Comme une cause entendue, le semi-retraité Loeb lui avait rendu la politesse en 2013. Non sans commencer par le priver d'une précieuse victoire au Monte-Carlo. Etrangement, le Rallye d'Espagne avait fait réapparaître il y a deux semaines la crainte de ce préjudice. Sept points encore envolés, pour 2"4, qui n'auront pas pesé à l'heure des comptes.
Encore une fois, il faut réaliser ce que ce sixième titre signifie pour le sport français. Le rallye était finlandais avec Ari Vatanen, Timo Salonen, Juha Kankkünen, Tommi Mäkinen, Marcus Grönholm, et il est plus français que jamais. Loeb avait posé sa statue, Ogier construit la sienne. Et il ne faut pas s'y tromper : Loeb et Ogier sont à considérer d'égal à égal. Le temps a tout donné au premier, le second en a encore et tout n'est pas non plus qu'une question de chiffres.
D'ailleurs, sans faire offense à l'icône de Citroën, on peut souligner qu'Ogier vient de gagner deux championnats du monde avec une voiture qui n'était pas la meilleure, et de loin. L'an dernier, Sébastien Ogier était devenu le second pilote champion du monde au volant d'une Ford depuis Ari Vatanen en 1981, face à la puissante Hyundai de Thierry Neuville. Cette année, son boss Malcolm Wilson lui avait arraché une prolongation contre la promesse des progrès réalisés avec le soutien officiel de Ford Performance aux Etats-Unis d'Amérique. Il n'a rien vu de tout ça. Pire : s'il s'est senti à la traîne au niveau du moteur, il a constaté sur les toboggans finlandais que sa Fiesta était larguée en aéro par rapport à la Toyota Yaris, devenu bolide le plus enviable du plateau. Non seulement le kit made in USA ne générait pas plus d'appui à l'arrière, ni de traction, et ne réduisait pas le survirage dans les rapides, mais l'instabilité qu'il créait sur les sauts était dangereuse…

Chez Citroën, l'Histoire l'attend déjà

Seb Ogier aura ainsi battu en brèche l'idée selon laquelle on ne devient champion qu'avec une mécanique supérieure. Et sans prendre de risques, on peut affirmer que sa Ford a fini dépassée non seulement par la Hyundai et la Toyota, mais également par la Citroën, bête de course quand elle est bien pilotée.
Mais cette année, Seb Ogier aura aussi prouvé que l'erreur est facile, dans une sortie de route digne de la quatrième dimension, en Turquie. Dans un temps presque arrêté, il avait garé sa Ford contre un arbre, sur une annonce de son copilote qu'il n'avait pas captée. "La seule explication que j'ai, c'est que mon cerveau n'a pas bien fonctionné pendant un court instant", avait-il dit…
Après ses quatre titres impressionnants avec VW, Ogier aura donc réussi l'impossible pour l'équipe M-Sport de Malcolm Wilson, qui avait saisi dès les premiers échanges l'envergure du garçon, fin 2016. "Il nous a posé des questions qu'aucun autre pilote ne nous avait posées", s'était-il étonné. Pendant deux ans, un profond respect mutuel aura liés le patron british et le pilote le plus pro qu'il ait connu en trente ans d'activité.
Cette belle parenthèse refermée, Sébastien Ogier va pouvoir se consacrer à d'autres objectifs avec Citroën, pendant deux ans. Reprendre le fil d'une histoire interrompue sans penser aux neuf titres ou aux 79 victoires de Sébastien Loeb mais juste à la centième de la marque qui surviendra peut-être dès le prochain Rallye Monte-Carlo. Pour faire un pas de plus dans la légende.
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