Citroën Racing

Sébastien Loeb raconté par ses proches et ses rivaux : "C'est un avion comme on dit"

Loeb raconté : "C'est un avion comme on dit"
Par Eurosport

Le 06/10/2013 à 11:17Mis à jour Le 07/10/2013 à 08:52

Les proches de Sébastien Loeb décrivent un garçon authentique, les acteurs du monde du rallye parlent d'un pilote surdoué et tenace. Voici comment ils racontent le nonuple champion du monde.

Jeunesse

Son père, Guy : "La passion des sports mécaniques lui est venue quand il a pu s'offrir une mobylette qu'il a trafiquée. Je ne sais pas où il était allé la chercher. Sans doute à la ferraille."

"Tout ce qu'il aime, il le fait bien. L'école ? Ce n'est pas tellement ça qui le gênait, c'était peut-être sa mère. Elle était prof de maths et il l'a eue en troisième. Ça l'a peut-être découragé de faire des maths."

"Adolescent, il m'en a fait baver à partir du moment où, à onze heures le soir, minuit, il n'était pas rentré avec une vieille 206 dont le moteur tenait avec un bout de ficelle. Oui, j'en ai beaucoup bavé."

"Il en a usé des pneus, des plaquettes de freins. Heureusement que les garagistes étaient sympas avec lui. Seb a passé une période difficile, il ne gagnait pas d'argent. Il avait des notes de téléphone astronomiques." - AFP

" Il m'en a fait baver"

1996

Dominique Heintz, premier copilote et soutien financier : "Ce qui m'a surpris le plus quand je l'ai vu, c'était sa détermination. Il savait ce qu'il avait envie de faire et était prêt à tous les sacrifices du monde. J'ai toujours remarqué chez lui sa faculté de donner envie aux autres de se surpasser. Ça a été le fil conducteur de toute sa carrière." - Eurosport.fr

" Il était prêt à tous les sacrifices du monde"

1997

Dominique Heintz : "Du jour au lendemain, je me retrouve copilote d'un jeune qui n'avait jamais rien fait. Les deux premières spéciales, j'ai vraiment eu peur. On a rejoint l'arrivée de la spéciale mais je me disais qu'on avait eu de la chance et que ça allait finir par s'arrêter. J'étais très inquiet. Je suis sorti de la voiture et j'ai dit à mon pote : 'tu prends la combinaison, moi je ne remonte plus avec lui. Soit il est complètement fou, soit c'est un génie.' J'ai tout de même du remonter pour la fin de rallye parce que le règlement interdisait de changer de copilote en cours de rallye. J'ai continué et ça n'a été que du bonheur." - Eurosport.fr

" Soit il est complètement fou, soit c'est un génie"

From Official Website

1998

Daniel Elena, son copilote : "De la fin 1998 à juillet 1999, j'ai squatté le canapé de la mère de Seb pour ne pas multiplier les aller-retour entre Monaco et l'Alsace et faire des économies. C'est évident que cela nous a beaucoup soudés. Nous n'avions pas d'argent pour changer notre mulet, qui était presque foutu, alors je devais le pousser tous les matins pour qu'il démarre. Des fois, nous n'avions même pas de quoi nous payer un sandwich ou un café pendant les reconnaissances. Nous dormions dans la voiture au départ des spéciales pour économiser une nuit d'hôtel. Nous étions dans la galère mais nous étions motivés à bloc pour nous en sortir ensemble." - L'Equipe

" Nous dormions dans la voiture au départ des spéciales"

1999

Séverine, sa femme: "La première fois que j'ai vu Sébastien, c'était en 1996 à Nancy. Nous étions tous les deux en finale du concours "Rallye Jeunes" de la fédération. Il m'a tout de suite plu. Il portait une boucle d'oreille, c'est la première chose qui m'a frappée. La deuxième, c'est qu'il faisait le fou sur le parking avec sa voiture après l'épreuve. Mais on n'a pas discuté cette fois-là. Il est revenu au Rallye Jeunes 1999 pour soutenir un de ses copains et là, on a été présenté par un ami commun. Est arrivé ce qui devait arriver. Il n'avait plus sa boucle d'oreille. Sinon je la lui aurais fait enlever, c'est clair!" - Journal du dimanche

" Il faisait le fou sur le parking avec sa voiture"

2000

Guy Fréquelin, son directeur chez Citroën Sport : "Lorsque j'ai découvert Sébastien, j'ai découvert un talent. Je lui ai donné des voitures et, aussitôt, il m'a démontré qu'il avait un énorme potentiel. J'avais placé la barre tellement haut en ce qui concerne mes ambitions sur Seb que je n'ai jamais été étonné ensuite. Avant de l'avoir vu personnellement, ce qui m'avait frappé, c'était ses temps en 1600 sur un terrain très difficile face à Bérengué qui était la référence dans la discipline. Ensuite quand je l'ai vu pour la première fois, j'ai compris que j'avais en face de moi un garçon intelligent. Qui a, sous des airs presque timides, son franc-parler. Quelque fois, il peut même être un peu provocateur." - AFP

" Il peut même être un peu provocateur"

2001

Gilles Panizzi, vainqueur des Tour de Corse 2000 et 2002 : "Avec Sébastien, nous nous sommes finalement peu battus l'un contre l'autre car j'étais à la fin de ma grande période lorsqu'il est arrivé. Je me souviens du Rallye de Sanremo 2001, son premier en Mondial avec Citroën, où je l'avais battu pour la victoire. Je savais d'où il venait, et qu'il allait très vite nous faire 'chier' !" - Eurosport.fr

" Je savais d'où il venait, et qu'il allait très vite nous faire 'chier'"

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2002

Bruno Saby, vainqueur Rallye de France 1986 et du Monte-Carlo 1988 : "J'ai vu pas mal de pilotes de rallyes, des Vatanen, Salonen, Kankkunen, Biaison et autres Sainz... Je me souviens que Kankkunen faisait très peu de reconnaissances en spéciales par rapport à ce qui lui était permis et qu'il arrivait toujours à sortir des super chronos tout de suite. Sébastien lui ressemble dans cette capacité à intégrer très vite toutes les contraintes et caractéristiques d'un terrain nouveau pour aller immédiatement très vite. Mais de tous les pilotes que j'ai vus, je trouve que c'est Henri Toivonen qui lui ressemble le plus. Toivonen était fascinant sur le goudron, le plus redoutable de tous les Finlandais. Je rapprocherais aussi Sébastien de Walter Rörhl, un surdoué parmi les surdoués. Avec un plus pour Sébastien : le sérieux. La compétence en mise au point aussi, et le côté travailleur. Sébastien est LE phénomène des rallyes, et il faut se rendre compte qu'on vit un truc assez unique. J'ai en particulier été fasciné par son premier Monte Carlo, perdu en 2002 à cause d'une très vilaine réclamation d'une équipe concurrente. Pendant trois jours, il avait fait une démonstration sur le terrain le plus piégeur que l'on puisse trouver en rallye. Parce qu'au Monte Carlo, on n'a jamais les bons pneus ! C'est toujours un compromis, quand c'est un compromis... Dans ce cas, l'expérience compense. Sauf qu'il n'en avait pas ! Sébastien est quelqu'un de vraiment très charmant. Il a un regard lucide, humble. Il n'a jamais pété les plombs, jamais pris la grosse tête." - Eurosport.fr

" Il n'a jamais pété les plombs, jamais pris la grosse tête"

2003

Guy Fréquelin, directeur chez Citroën Sport : "Je mettais sans cesse en exergue les partiels, que je prenais dans chaque spéciale où je me rendais, de Marko Märtin (pilote Ford) pour lui faire absolument comprendre qu'il devait affiner son pilotage. Les trajectoires de Märtin étaient, pour moi, la perfection totale, impensables même en rallye. Je n'ai pas cessé de le dire à Seb et il a intégré ce paramètre magistralement tout en conservant son propre style." - Auto-Hebdo

Jean-Claude Vaucard, directeur technique : "On a fait une expérience en rendant la Xsara de Seb sous-vireuse, très difficile à faire pivoter dans les virages. En revenant du test, il ne s'est plaint de rien et son chrono était excellent. On a regardé les datas et on a compris. Il avait corrigé de façon inconsciente en jouant sur le pédalier, sans que l'information passe par le cerveau. Savoir conduire différemment une auto pas facile pour rester 'vite', c'est sa grande force." - Eurosport.fr

" Savoir conduire différemment une auto pas facile pour rester 'vite', c'est sa grande force."

2004

Carlos Sainz, son coéquipier : "J'avais prédit en juin de l'an dernier que Sébastien serait champion. Il conduit merveilleusement bien et il mérite ce titre."

2005

Guy Fréquelin : "Ce qui me plaît, c'est qu'il va à l'essentiel. Il ne parle pas pour ne rien dire et, surtout, ne cherche jamais d'excuses. L'honnêteté est quelque chose d'indispensable. Il ne me viendrait pas à l'idée de ne pas lui faire confiance. C'est un bonheur de travailler avec un mec comme ça. Avec lui, je n'ai jamais eu à hausser le ton." - L'Equipe

" Il ne parle pas pour ne rien dire et, surtout, ne cherche jamais d'excuses"

2006

Guy Fréquelin, à propos de l'accident de moto qui l'a privé de quatre rallyes en fin de saison : "Je lui ai tout de suite dit, quand il m'a annoncé la nouvelle et parlé de VTT : "Seb, te fous pas de ma gueule." (…) J'ai dit à l'équipe et à Claude Satinet que c'était un accident de vélo tout en sachant pertinemment que ce n'en était pas un… Mais je n'ai pas eu envie non plus que Seb me confirme que ça lui était arrivé alors qu'il était au guidon d'une moto d'enduro." - Auto-Hebdo

" Seb, te fous pas de ma gueule"

2007

Gilles Panizzi : "Je n'ai que des compliments à l'égard de Sébastien. C'est peut-être le meilleur pilote de tous les temps. Il roule à 100%. Un seul pilote pouvait le battre cette année, Marcus [Grönholm], qui a essayé d'aller plus vite mais qui a commis des erreurs.

En quoi a-t-il le plus évolué ? Difficile à dire mais Sebastien n'a copié personne, contrairement à beaucoup. Solberg, par exemple, n'était pas bien sur l'asphalte et a commencé à me regarder pour piger. Il a fini par moins glisser, suivre des trajectoires plus tendues. Chez Peugeot, Grönholm ne captait pas non plus le pilotage sur le tarmac et n'arrêtait pas de demander des vidéos embarquées de moi, en 1999-2000. Il voulait tout le temps monter en passager pour regarder comme je faisais. Il sortait souvent blême de la voiture mais revenait toujours pour monter. Un jour, il est même descendu pour vomir. Il demandait aussi mes relevés télémétriques pour superposer les courbes.

En fait, Sébastien s'est bien mieux adapté à la terre que les Scandinaves au goudron. En 2003, il en a mis un sacré coup à McRae et Sainz chez Citroën ! Je peux même vous dire qu'ils ne savaient pas ce qui leur arrivait ! Sébastien, c'est le genre de "monstre" que l'on voit tous les trente ans !, LE pilote que le rallye n'a jamais connu. A l'époque, on citait Walter Rorhl mais Sébastien aurait pu faire carrière dans les années 70, 80 ou 90 avec le même succès. Personne n'aurait pu aller le chercher. Personne. Sébastien est battable sur deux-trois courses mais pas sur un championnat. Sébastien a un parcours hallucinant, c'est un "avion" comme on dit dans le jargon." - Eurosport.fr

Marcus Grönholm, son plus grand adversaire : "La première année, il n'était pas très bien sur la terre mais il a rapidement appris à l'être. Carlos Sainz et Colin McRae l'ont bien vu (en 2003). Sur l'asphalte, il était d'emblée au top." - Eurosport.fr

" Il en a mis un sacré coup à McRae et Sainz chez Citroën"

2008

Mikko Hirvonen (Ford), deuxième en Finlande, sur la première victoire de Sébastien Loeb : "Il a gagné, j'ai perdu. On a joué au chat et à la souris tout le week-end et ça a été un rallye fantastique jusqu'à la fin. On se rendait coup pour coup. C'était de la surenchère permanente. On a fait ces trois jours de course à des vitesses complètement dingues et, très honnêtement, je peux vous affirmer que ça allait encore plus vite que l'année dernière, lorsque je me battais contre Marcus (Grönholm, considéré comme le spécialiste ès-Rallye de Finlande)." - L'Equipe

" Trois jours de course à des vitesses complètement dingues"

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2009

Christian Loriaux, directeur technique de Ford, après la victoire de Sébastien Loeb en Norvège : "Pour moi, c'est sûr que le titre Pilotes contre Sébastien… pfff… ; même si on a un hélicoptère et lui une 2cv, on n'ira pas le chercher. Il faut donc viser le titre Constructeurs et le laisser partir avec le titre Pilotes… De toute façon, on a l'habitude" - TF1

" Même si on a un hélicoptère et lui une 2cv, on n'ira pas le chercher"

2010

Olivier Quesnel, directeur de Citroën WRT : "Ce qu’a réalisé Sébastien Loeb ce week-end est exceptionnel. Personne ne peut imaginer la pression qu’il avait sur les épaules. Il a su la mettre de côté quand il fallait se concentrer pour aller chercher les meilleurs temps. Il n’avait pas forcément besoin de remporter ce rallye (de France) pour être titré, mais son tempérament de gagneur est tel qu’il ne pouvait pas assurer. Il a une nouvelle fois prouvé qu’il est le meilleur pilote actuel." - Citroën Racing

" Son tempérament de gagneur est tel qu’il ne pouvait pas assurer"

2011

Guy Fréquelin : "S'il (Olivier Quesnel) avait eu l'intelligence de continuer à faire appel à mes services, je pense que j'aurais été capable de gérer les problèmes entre Seb et Ogier, avant que la situation ne dégénère. J'aurais tout de suite mis les choses au point avec Ogier. Il était là pour apprendre, pour acquérir de l'expérience, pour grandir en somme. Mais plutôt que de dire ça, Quesnel a vu en lui un pilote qui était capable de battre Seb. En réalité, il voulait avoir son propre Seb qui allait enfin pouvoir battre Sébastien. C'était n'importe quoi. Et c'est allé jusqu'au conflit que j'ai été obligé de gérer à distance, en 2011. Si je n'interviens pas durant l'été, auprès de Jean-Marc Galles (alors directeur général des deux marques de PSA), Seb s'en va aussitôt chez Volskwagen. A mes yeux, et vu ce qu'il représentait pour la marque Citroën, avec toutes ses victoires et ses titres obtenus depuis 2003, c'était inenvisageable. Dans la foulée, pour sortir l'équipe de cet imbroglio, j'ai fait remplacer Olivier Quesnel par Yves Matton." - Auto-Hebdo

" Si je n'interviens pas durant l'été, Seb s'en va aussitôt chez Volkswagen"

2012

Daniel Elena : "On ne fait pas du rallye pour se traîner et faire les épiciers. En plus, même quand on attaque, on ne fait pas n'importe quoi. C'est tout le problème de nos adversaires : quand nous roulons à 95% de nos possibilités, eux doivent être à la limite pour faire les mêmes chronos que nous. Et quand Seb décide de rouler au maxi, ils doivent se mettre dans le rouge pour suivre et finissent par faire des erreurs." - L'Equipe

" On ne fait pas du rallye pour se traîner et faire les épiciers"

2013

Sébastien Ogier (VW), deuxième du Rallye Monte-Carlo : "Une fois de plus, Loeb a fait une grande performance, il a été irréprochable."

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