Avec seulement 14 jours de course dans les pattes à un mois du Tour de France, Lance Armstrong est le favori de la Grande Boucle ayant le plus caché son jeu depuis le début de la saison. Même son grand ami Jan Ullrich s'est davantage dévoilé (17 jours). Du coup, jamais le sextuple maillot jaune n'avait présenté si peu de garanties. D'où son extrême prudence à l'heure d'affronter un Dauphiné estampillé Pro Tour et au menu plutôt corsé.
Armstrong n'est pas vraiment venu pour briller. "Je ne veux pas trop m'avancer et voir au jour le jour. Cette année, je ne sais pas encore exactement où j'en suis, avoue le Texan. Je compte bien sur cette semaine de course pour le savoir." Nous aussi. Mais la perspective d'aborder le Tour sans victoire au compteur pour la première fois depuis 1999 ne l'effraie pas. "J'imagine qu'il est possible que je me présente au départ du Tour sans la moindre victoire, mais j'espère gagner une fois l'un de ces huit prochains jours", promet Armstrong.
La peur du Ventoux
Reste à savoir où. Probablement pas dans le prologue d'Aix-les-Bains, où son manque de fond risque de s'avérer rédhibitoire. Le champion d'Austin compte sur une progressive montée en puissance pour tirer son épingle du jeu en fin de semaine. "Je vais escalader le Mont Ventoux (NDLR: jeudi) une dernière fois et je me dis que ce serait bien de m'y imposer avant la fin de ma carrière, mais je dois dire que cette montagne continue de me faire peur. Entre lui et moi, c'est une relation d'amour-haine", confesse-t-il.
Il retrouvera également samedi prochain le col de Joux-Plane, qui ne lui laisse pas forcément que des bons souvenirs. "Je me souviens y avoir beaucoup souffert dans le Tour de France 2000", rappelle l'homme fort de l'équipe Discovery. Ce jour-là, Armstrong avait coincé pour la première fois depuis le début de son règne, laissant partir Ullrich, Virenque et les autres, pour concéder deux minutes à l'arrivée à Morzine. Depuis, il n'a plus remis les pieds sur ce col.
"Je suis capable de souffrir comme avant"
Dans sa tête, son grand rendez-vous se situe plutôt du côté de Roanne, lieu du contre-la-montre de 46 kilomètres, vendredi, qui lui permettra d'en savoir davantage sur ses possibilités actuelles. "J'aimerai faire un grand chrono là-bas. Je veux faire des efforts violents dans le contre-la-montre parce que cette année, j'ai besoin de travailler dans ce domaine", explique Armstrong.
Mais quoi qu'il arrive dans les huit jours à venir, Lance Armstrong restera serein. Son horizon, comme toujours, se trouve au mois de juillet. Pas avant. Plus décontracté que jamais, il prend d'ailleurs soin d'associer les notions de victoire et de plaisir. " Gagner le Tour en se faisant plaisir et en passant un bon moment, je sais que les deux sont possibles", assure-t-il. A ceux qui doutent de sa motivation, il répond sans détours: " Je suis capable de souffrir comme avant et j'ai toujours la même approche professionnelle de mon travail alors, j'ai bien encore envie d'en profiter." Dont acte.
"J'ai besoin de défis"
Reste que son manque de références si près de l'échéance, et de sa future retraite, ne peut que susciter le scepticisme. Armstrong le sait, et veut s'en servir. "L'important sera de se retirer sur une victoire. C'est quelque chose de très motivant car les gens me prennent déjà pour un retraité. Ils sont prêts à penser que je vais perdre. J'espère les faire mentir", dit-il en souriant. Faire mentir Ullrich, notamment, "le plus dangereux de tous", selon Armstrong.
Vainqueur ou vaincu, dans sept semaines, Lance Armstrong appartiendra aux livres d'histoire. Sa vie d'après, sa vie de demain, il l'a déjà en tête. "Je suis assez excité par cette nouvelle vie, souffle l'Américain. J'ai envie, besoin même, de faire pas mal de choses. La première sera de m'occuper de mes enfants et de ma Fondation. De toutes façons, la bicyclette fera toujours partie de ma vie dans la mesure où c'est le meilleur moyen de se détendre et de rester en forme. Je me vois mal jouer au golf jusqu'à la fin de mes jours. J'ai besoin de défis." Armstrong sera toujours Armstrong.
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