Trois ans déjà. Trois ans que Damiano Cunego a surpris l'Italie du cyclisme en ramenant le maillot rose à Milan. Il avait tout juste 22 ans. Un vrai triomphe, qui l'avait propulsé au sommet de la sphère sportive et médiatique. Un prélude à une saison de rêve, marquée par une première place au feu classement UCI et surtout par une autre victoire marquante, lors du Tour de Lombardie. Beaucoup imaginaient alors que cette très précoce consécration était annonciatrice d'une dynastie Cunego sur le Giro. Ce n'est pas encore le cas.
Cunego l'insouciant a d'abord dû apprendre à grandir. Pour cela, rien de tel que l'échec. Lors des deux dernières éditions du Giro, le Véronais, attendu au tournant, en a bavé. Fantomatique en 2005 (18e), l'année de la défense de son titre, il a davantage tiré son épingle du jeu l'an passé (4e), sans jamais toutefois pouvoir lutter pour la gagne. "Basso avait gagné l'an dernier, il était positionné à un niveau supérieur. Il n'y avait pas photo ", explique le Petit prince.
"J'ai gagné en expérience"
Seulement voilà, Basso, ange déchu après avoir admis son implication dans l'affaire Puerto, est aujourd'hui hors jeu. Du coup, du statut d'outsider dangereux, Cunego est passé à celui de favori numéro un, donné gagnant à 3/4 en Italie. Il s'en serait sans doute dispensé, mais les faits sont là. Refusant de se mettre la pression, le leader de l'équipe Lampre-Fondital doit également cette étiquette à ses récents résultats. Vainqueur du Tour du Trentin, il a enchainé avec un bon Liège-Bastogne-Liège. "J'ai eu la confirmation en course de mes bonnes sensations à l'entraînement , confirme-t-il. C'est bon pour le moral."
En 2006, il avait cependant abordé le Giro dans des dispositions similaires, avec une victoire dans le Trentin et un podium sur la Doyenne. Cela n'avait pas suffi. Damiano Cunego veut croire que certaines choses ont changé en un an. "D'abord, j'ai gagné en expérience", estime-t-il en évoquant aussi les changements intervenus dans sa vie privée: "Le mariage et la paternité m'ont rendu plus serein." L'homme a changé, le champion aussi. Meilleur jeune du Tour de France l'été dernier, il y a gagné une confiance énorme, surtout dans le domaine du contre-la-montre, son gros point faible en début de carrière.
La tête et les jambes
Cunego ne manque donc pas d'atouts. Plutôt bien épaulé (Avec Bruseghin, Stangelj, Tiralongo, Vila), notamment en montagne, il sera probablement favorisé par l'aspect très montagneux du parcours. Avantage supplémentaire pour lui, l'étape chronométrée, d'une distance limitée (43 km), est prévue autour de Vérone, dans sa région de naissance et de résidence. Autant de raisons de croire que, trois ans après, l'édition 2007 sera peut-être celle de la confirmation. Mais plus que dans les jambes, c'est dans sa tête que réside la clé de son succès, ou de son échec.
On songe notamment à un éventuel bras de fer avec Gilberto Simoni, son ancien coéquipier, qui n'a toujours pas digéré le Giro 2004, où Cunego l'avait attaqué, lui, le leader, le patron. Frustrée par l'absence de Basso, la presse italienne espère une guerre ouverte entre les deux anciens colocataires chez Saeco pour pimenter ce Giro. Pour cela, elle peut compter sur l'ami Gibo, toujours prêt à allumer son jeune compatriote. Les oreilles de Cunego ont dû siffler ces derniers jours, et ce n'est sans doute qu'un début. A lui de rester tranquille et de répondre sur le vélo. C'est aussi cela, la maturité.
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