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Paris-Roubaix : Merci Tommeke pour ces derniers moments

Merci Tommeke pour ces derniers moments

Le 10/04/2017 à 17:28

PARIS-ROUBAIX - Treizième pour sa dernière participation à l'Enfer du Nord, Tom Boonen (Quick-Step Floors) n'en a pas moins offert un week-end de rêve à ses supporters. Un géant s'en est allé, après nous avoir laissé savourer sa grandeur une dernière fois dans un week-end particulier.

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Dimanche, la magie de Tom Boonen a magnifié l’Enfer du Nord une dernière fois. Équipiers, amis, adversaires, journalistes ou supporters… Pour ce Paris-Roubaix si particulier, nos élans se portaient naturellement vers le roi des pavés, quadruple vainqueur de la reine des classiques et désormais tout frais retraité. Si une victoire n’est pas venue propulser ces célébrations dans la légende, le grand Tommeke nous a bien rendu tout l’amour qui lui a été donné ce week-end.

Très tôt, le secteur d’Haveluy a donné le ton de l'après-midi. Boonen y place la première accélération de sa der'. À 36 ans, son élégance fascine le regard, comme si le pavé ne parvenait toujours pas à le dévier de sa trajectoire conquérante. À 150 kilomètres de là, première ovation dans le Vélodrome de Roubaix. Elles se multiplieront au fil de l'après-midi et des coups d’éclat du vétéran, très offensif pour sa 14e et dernière participation dans l’Enfer du Nord. Celle que tout le monde attendait, certainement enivré par un fantasme : voir “monsieur Paris-Roubaix” s’imposer définitivement comme le plus grand coureur de l’histoire moderne des classiques.

"À chaque attaque de Tom, ça gueulait, on montait sur les tables..."

"Le monde entier va regarder ça”, annonçait Greg Van Avermaet samedi. Certains s'étaient donnés rendez-vous à Templeuve, à la sortie d'un des derniers secteurs pavés de la course, à une trentaine de kilomètres du vélodrome. Louis Cousaert, président de l'Eurométropole Tour (ex-Circuit Franco-Belge), y organisait "la Fête à Tom". "Je n'ai jamais vu autant de monde à Templeuve, on était des milliers", se réjouissait-il dimanche soir. L'excitation peinait encore à retomber. Elle avait atteint des sommets dans l'après-midi : "À chaque attaque de Tom, c'était tout le monde les bras en l'air, ça gueulait, on montait sur les tables... J'emporterai ces souvenirs sur mon lit de mort."

Les compatriotes de Tornado Tom n'étaient pas les seuls à suivre avec émotion le dernier rendez-vous entre la Reine des classiques et l’un de ses plus grands champions. Depuis plusieurs semaines déjà, l’excitation bouillonnait. Elle était évidemment nourrie par l'aura du vétéran, star parmi les stars depuis 15 ans en Belgique (avec le strass, les paillettes et les frasques), mais aussi par les éclairs qu’il nous a laissé entrevoir cette saison. Boonen qui emmène au pied du Poggio, Boonen qui fait le Mur de Grammont, Boonen en jambes sur les semi-classiques… Autant de teasers suggérant par petites touches que la tornade pouvait voler sur les pavés menant à Roubaix, en quête d’un dernier triomphe à la portée historique et médiatique exceptionnelle.

Un rugissement populaire

Après l'espoir grisant, la réalité sportive s'est imposée, avec cette 13e place finale au sein du premier groupe de poursuivants. Mais dimanche soir, personne n’avait rien à reprocher à Boonen. Surtout pas les dizaines de supporters qui ont longuement attendu pour lui réserver une ovation devant le bus de son équipe.

À cet instant, l’euphorie est à son paroxysme. Un rugissement jaillit de la foule pour ne retomber qu’après plusieurs minutes où les “merci Tom” et “bedankt Tommeke” se mêlent en une drôle d’harmonie, cacophonique mais tout de même délicieuse. Tom Boonen, qui a pris le temps de se doucher et de digérer la déception du jour avec sa compagne et ses filles, est peut-être le seul à véritablement réaliser que c’est fini. Lundi, la gueule de bois ne sera peut-être pas encore trop sévère. Mais petit à petit, l’absence s’installera.

À Compiègne, le temps s'est arrêté

Tous, jusqu'au vainqueur, ont eu un mot pour Boonen à l'arrivée. “Je suis heureux d’avoir remporté la dernière course de Tom”, s'est réjoui Greg Van Avermaet devant des journalistes autant intéressés par son premier succès sur un Monument que par le départ de celui qui a triomphé sept fois sur ces classiques majeures (4 fois à Roubaix, 3 fois sur le Tour des Flandres). La veille, GVA se disait “grand fan” de son aîné. “J’espère qu’il gagnera mais j’ai moi aussi cet objectif. Ce sera chacun pour soi”, annonçait-il. Zdenek Stybar, lui, "rêvai(t) d'entrer sur le Vélodrome avec Tom". Au point qu'il a fallu attendre les quatre derniers kilomètres de la course pour que le Tchèque se concentre sur ses chances de victoire plutôt que celles de son leader.

Vidéo - Van Avermaet : "J'espère pouvoir faire quelque chose de grand avec Boonen"

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Ses rivaux ne lui ont pas fait de cadeaux, ses équipiers n'ont pas pu lui offrir la sortie rêvée, mais Tom Boonen ne repartira pas tout à fait les mains vides. Samedi, lors de la présentation des équipes, les organisateurs rendent un premier hommage à la star de l'événement. Au bout de l'avenue royale de Compiègne, le temps semble suspendu, pour mieux nous permettre de profiter des derniers moments de la vie de coureur de Tom Boonen. Il est 16h, le soleil brille. Tout le monde est captivé, à l'exception d'Alexander Kristoff, qui continue de répondre aux questions de la télévision norvégienne.

Parmi les spectateurs, Dirk De Mol, directeur sportif de la Trek-Segafredo après avoir grandement participé à lancer la carrière de Boonen, est visiblement ému. Christian Prudhomme salue "un champion d'exception qui fait honneur à son sport". Et, en compagnie de Bernard Hinault, Jean-Marie Leblanc et Thierry Gouvenou, offre à "Tom" une boîte de chocolats en forme de pavés et quatre bouteilles de vin millésimées, une pour chacune de ses victoires à Roubaix. Il peut désormais en profiter sans craindre de répercussions sur sa carrière sportive. Santé, Tom !

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