Les compères

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Le dimanche de tous les bonheurs. Non content de conforter son maillot jaune, Lance Armstrong, heureux comme un gosse, a assisté au premier succès sur le Tour de son lieutenant et ami, George Hincapie. Une histoire d'amitié qui dépasse largement le cadre

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Rompu aux honneurs du podium, Lance Armstrong semblait pourtant encore plus heureux que d'habitude, dimanche à Saint-Lary Soulan. Heureux comme un jour de victoire. Pour une fois, ce triomphe n'était pourtant pas le sien, mais celui de son coéquipier, son pote, son double, son soutien depuis toujours, George Hincapie.
"C'est sa première victoire d'étape et qui plus est, dans la montagne. C'est incroyable!", clamait Armstrong dans l'aire d'arrivée. Une joie relayée par l'intéressée lui-même: "Il m'a mis une bonne claque dans le dos et dit que c'est incroyable. Ça se voyait, il était super heureux pour moi." Un sacré passage de témoin entre le dernier vainqueur au Pla d'Adet et son successeur, quatre ans après...
"Encore potes dans 30 ans"
Le destin des deux Américains est lié bien au-delà de ce podium pyrénéen. "Je connais George depuis longtemps, lorsque nous étions en juniors puis en équipe espoirs, raconte le Texan. Nous sommes amis depuis très longtemps et je crois que dans 20 ou 30 ans, nous serons toujours potes." Il est vrai qu'Hincapie, 32 printemps, soit deux de moins qu'Armstrong, a toujours été là pour son leader depuis que les deux hommes ont débuté leur carrière ensemble chez Motorola au début des années 90.
En bon lieutenant, le New Yorkais a épaulé Armstrong lors de toutes ses campagnes victorieuses sur le Tour. "J'ai travaillé dur, j'étais avec Lance toutes ces dernières années. Nous avons la meilleure équipe. Lance a repris du temps à tous ses rivaux. C'est un jour fabuleux pour nous." Ne manquait plus à la fête que Viatcheslav Ekimov, absent pour cause de blessure, et autre soutien de marque d'Armstrong depuis 1999.
L'hommage d'Armstrong
Mais la sympathie réciproque des deux hommes dépassent le cadre purement professionnel. "George est un grand ami, mon meilleur ami dans le cyclisme, dans l'équipe et dans la vie, confie le Texan qui sait la dévotion, corps et âme, que son ami lui voue l'été venu. Au point d'en oublier toute ambition personnelle jusqu'à ce jour, et l'autorisation du maître Armstrong et de Johann Bruyneel. "Aujourd'hui, je voulais juste aller dans une échappée et attendre Lance à la fin. Mais Johann m'a dit d'y aller, que le peloton ne reviendrait pas. Et puis voilà, six heures après, je gagne... C'est incroyable"
Armstrong ne tarit pas d'éloges sur son compère. "On a vu George devant dans Paris-Roubaix, puis on l'a vu devant dans les Alpes et là, il remporte une étape de montagne. C'est un coureur particulier. Vous en connaissez beaucoup des coureurs comme lui ? Moi, non. A part peut-être Bernard Hinault, qui était lui aussi un coureur atypique." L'intéressé appréciera sans doute le compliment du boss.
Evoluer aux côtés d'un monument comme Armstrong ne laisse visiblement pas indifférent et Hincapie sait qu'il y a appris la gagne. "Dans le Tour de France en 1997, j'étais tout sauf un bon grimpeur. J'ai énormément travaillé et le fait de devoir toujours être meilleur pour Lance en montagne m'a incité à le faire toujours plus, confie le vainqueur du jour. Après les classiques du printemps, je suis venu passer beaucoup de temps dans ces montagnes pour être à la hauteur. J'avais même fait le parcours il y a un mois et j'avais fini complètement mort. "
Deux amoureux de la France
Les deux hommes partagent d'autres points communs en dehors de la Petite Reine. S'ils déclarent aimer la France, Hincapie a poussé le vice jusqu'à épouser une Française. "Je suis vraiment heureux car ma femme est Française et pour moi, la France est comme une deuxième patrie", déclare l'amoureux des Pavés du Nord.
Car si c'est bien de l'Enfer du Nord dont il rêve, c'est à l'autre bout de l'Hexagone qu'il a découvert le Paradis. "Je viens juste de terminer la meilleure course de ma vie, je ne veux pas penser au futur. Je ne veux penser à rien d'autre. Je suis aussi heureux que si j'avais gagné Paris-Roubaix."
S'il savourera sans doute longtemps ce soir son succès, le bras droit d'Armstrong garde toutefois les pieds sur terre. "La dernière semaine a été très difficile pour nous, lâche Hincapie. Aujourd'hui, c'est le rêve qui devient réalité. Je vais maintenant savourer ma victoire, je la mérite. On verra demain pour le reste."
Ironie du sort, si Hincapie n'aura jamais le palmarès de son sextuple vainqueur d'ami, il possède pour le moment un avantage sur lui: il a déjà signé une victoire sur le Tour 2005, ce après quoi court toujours le champion d'Austin. Mais d'ici une semaine, cela restera sans doute du domaine de la taquinerie... entre amis.
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